« Carrefour 2022 : une nouvelle ambition pour le groupe » : voici le titre des annonces faites autour du Plan de transformation du groupe Carrefour, ce mardi 23 janvier. La direction de l’enseigne de grande distribution y dévoile les grandes lignes de sa réorganisation interne, et sa stratégie tournée vers le digital (le communiqué sur le site du groupe). Comme attendu, ce plan comprend de larges coupes dans les effectifs en France, notamment un quart des effectifs dans les sièges d’Evry, Massy, Boulogne, et de Mondeville (lire notre enquête). Les 7 hypermarchés essonniens, ainsi que les multiples supermarchés et supérettes de l’enseigne situés sur le territoire attendent pour le moment les conséquences concrètes du plan annoncé.

Dans le but de « déployer une organisation simplifiée et ouverte », Carrefour annonce vouloir réduire « le poids et la complexité des sièges dans l’organisation du groupe ». C’est ainsi que les salariés du site de Boulogne vont être rapatriés sur le site de Massy, qui accueillera par ailleurs le siège mondial du groupe au plus tard au 1er janvier 2019. « Pour la première fois, un PDG d’une entreprise du CAC 40 s’installe en Grande Couronne », se réjouit ainsi le maire de la commune Nicolas Samsoen.  Selon lui, il s’agit alors d’un signe « à la fois de la Métropolisation de l’Ile-de-France et du dynamisme de notre territoire ». La municipalité qui s’engage également à ce que « les employés venant de Boulogne-Billancourt soient accueillis dans les meilleures conditions possibles ».

Autre annonce inclue dans cette réorganisation : « l’abandon du projet de construction d’un nouveau siège de 30 000 mètres carrés en Essonne », indique le communiqué du groupe. Cette information passée quelque peu inaperçue n’est pas sans conséquence pour un autre site important de Carrefour, les sièges d’Evry-Courcouronnes. Les « Mermoz » et « Copernic » sont les sièges annexes dédiés à la banque, les assurances, la logistique (Supply chain) ainsi que l’agence de voyages. Restés à Evry après le départ de la direction France à Massy en 2014, ces quelques 1800 salariés devaient être regroupés au sein d’un édifice flambant neuf, le ‘Campus Carrefour Evry 2020’, jouxtant la future station du Tram train (T12) en construction. Il s’agissait de bâtir à l’endroit de l’actuel parking dit des ‘Amandiers’, sur une surface de 4,3 hectares, un complexe de cinq étages, pouvant accueillir 2000 postes de travail. « Pour le projet de nouvel immeuble, on a décidé de stopper le projet », commente simplement la direction du groupe Carrefour, sans donner plus de détails. Pas de précision pour le moment sur le devenir de ces sites, et si une partie des salariés sera, ou non, rapatriée à terme vers Massy, « dans la perspective de rationalisation et de regroupement » des sièges. Du côté des élus locaux, on ne commente pas encore la décision prise. « On a besoin d’éléments fiables pour savoir les conséquences sur le territoire », indique Francis Chouat, maire d’Evry et président de l’agglo, « ce qui nous importe, ce sont les emplois et l’avenir des sites d’Evry-Courcouronnes ». Avec son collègue Stéphane Beaudet, ils ont ainsi sollicité la direction du groupe afin d’obtenir un rendez-vous « rapidement ».

Combien de salariés concernés?

« Plus de 10 000 postes seront possiblement impactés par ce plan », sur un total de quelques 117 000 employés dans l’hexagone. C’est ce qu’avance Michel Enguelz, délégué central Force Ouvrière de Carrefour, appuyé par Philippe Allard, délégué CGT de l’entreprise. Les chiffres fusent depuis ce mardi et l’annonce d’Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, de son ‘plan de transformation’ du groupe (lire notre article). Cette réorganisation ne sera néanmoins pas sans conséquences, et les syndicalistes craignent le pire. Si un chiffre de 2 400 départs volontaires a été annoncé (sur les 10 500 salariés des différents sièges), l’addition pourrait être bien plus salée que prévue. « Ils ont lâché des chiffres ce mardi pour que tout le monde se concentre sur là-dessus, mais c’est un trompe l’œil », assure Michel Enguelz, sans pouvoir donner d’indications plus précises pour le moment. « On ne connaît pas encore l’impact réel que ça aura ».

Et alors que la question des 2 400 « départs volontaires » n’est elle-même pas encore entérinée, les rumeurs d’un plan social maquillé se font de plus en plus pressantes chez les représentants du personnel. Après la CGT en décembre, qui manifestait sous les fenêtres du siège massicois, c’est au tour de FO de rentrer dans la danse. Le premier syndicat du groupe appelle à une journée de mobilisation contre le plan Bompard le 8 février prochain à partir de 11h devant le siège de Massy. En attendant, ses délégués arpentent les sièges du groupe pour sensibiliser les salariés. Ce mercredi midi, c’est à l’entrée du site Mermoz de Courcouronnes, que les tracts étaient de sortie.

Outre ces 2 400 suppressions d’emploi, 273 magasins de proximité (ex-Dia) seront aussi concernés par ces grandes manœuvres. « En cas d’absence de repreneurs, ces magasins seront fermés », indique clairement le communiqué du groupe. On parle alors de 2 100 salariés concernés, qui pourraient ensuite être reclassés par le biais d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). « La direction va leur proposer des reclassements, mais par expérience on sait que ces postes ne seront pas dans les mêmes zones géographiques. Il sera donc difficile pour les salariés d’accepter ce reclassement. Sur les 2 100 personnes concernées, nombre d’entre elles n’auront d’autres choix que de partir », affirme Philippe Allard.

Autres postes menacés, quelques 1400 salariés qui seraient prochainement impactés par le renforcement des partenariats au sein des hypermarchés. L’enseigne qui souhaite « se structurer d’avantage autour des partenariats », déléguera à l’avenir certains services comme ceux de l’électronique grand public, l’accord signé entre le Groupe Carrefour et Fnac Darty allant d’ailleurs dans ce sens. Autant dire que si Carrefour continuera de proposer ces services, ces derniers pourraient, à terme, ne plus être assurés par des salariés du Groupe.

Point le plus incertain de ce plan, celui concernant la rationalisation de la logistique. Une automatisation des entrepôts est programmée, et pourrait faire bon nombre de dégâts. « 7 500 emplois pourraient être concernés », lâche ainsi le délégué CGT . « C’est une annonce globale avec beaucoup de choses cachées », confirme Daniel Joly, délégué syndical central FO, présent, ce mercredi devant le siège Mermoz. « Pour l’instant on nous a dit qu’on restait sur Evry. Mais on ne sait pas pour combien de temps, on ne sait rien », poursuit-il alors qu’un Comité de groupe ce vendredi 26 janvier pourrait leur donner un peu plus d’informations.

Notre dossier sur le Plan Carrefour (abonnés)

Vu du projet du T12 express et la station Delouvrier, qui incluait la perspective du futur 'Campus Carrefour', finalement abandonné (DR/IDF Mobilités)

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