Construire 200 kilomètres de voies, 68 nouvelles gares, avec 4 lignes en projet (15, 16, 17 et 18), ainsi que le prolongement de la 14 jusqu’à Orly : voilà en résumé la mission confiée à la Société du Grand Paris (SGP) par l’Etat. Les chantiers prévus pour constituer la future « double-boucle » du Grand Paris express constituent la pierre angulaire du développement de la région métropole, tel que voulu par les gouvernements successifs. Des travaux d’ampleur qui pourraient bien avoir du plomb dans l’aile, avec la publication d’un rapport alarmant de la Cour des comptes ce mercredi, et dans l’attente d’annonces du président Macron sur le sujet.

Un an après un rapport au vitriol sur le cluster de Saclay, la Cour égratigne une nouvelle fois un projet majeur pour le département de l’Essonne, en plein débat sur le projet de ligne 18 (lire notre articleabonnés). Dans son discours de présentation du rapport sur la Société du Grand Paris, le président Didier Migaud a annoncé d’entrée qu’il ne s’agissait pas « d’effectuer ‎l’examen critique du projet lui-même », mais d’effectuer un bilan de l’action de la SGP depuis 2010, l’année de sa création sous la forme d’un Établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC). Et surtout, sur sa manière de conduire le projet d’ensemble et sa « soutenabilité financière ».

Le projet de nouveau métro, d’abord estimé à 25,5 milliards d’euros, en 2013, n’a pas cessé de voir son chiffrage gonfler, relève la Cour. En mars 2017, la SGP publie une nouvelle prévision du coût total de l’édification de son métro, s’établissant cette fois à 28,9 milliards d’euros. Nouvelle flambée en juillet dernier, lorsque les magistrats de la rue Cambon demandent des détails de la part des cadres de la SGP. Le chiffrage du projet grimpe alors à 38,5 milliards d’euros.

Construire moins de lignes que prévu?

En cause, les délais d’études avant de creuser les tunnels, plus longs et complexes que prévu, mais aussi l’ajout de provisions pour les risques déjà identifiés et les aléas et imprévus des chantiers. Le calendrier contraint est aussi en cause, puisque plusieurs tracés doivent être opérationnels dès 2024 et les JO à Paris.

La Cour des comptes craint une dérive de l'encours de la dette de la SGP et une envolée des frais financiers (DR/CC)

La Cour des comptes craint une dérive de l’encours de la dette de la SGP et une envolée des frais financiers (DR/CC)

Le risque pointé par la Cour est celui d’une dérive complète du modèle de la SGP, qui consiste à lever des emprunts, remboursables sous 40 ans avec les redevances sur l’exploitation des nouveaux tracés. Les magistrats ont ainsi revu à la hausse les hypothèses de l’encours de la dette, et des frais financiers afférents. A ce rythme, la SGP ne finirait de rembourser ses dettes qu’en 2084, soit une période rallongée de 25 ans, voire après 2100 si le coût du projet continue de grimper. Quant aux frais financiers liés à l’emprunt, ceux-ci pourraient quadrupler suite aux dernières estimations et atteindre la bagatelle de 134 milliards d’euros courant.

Cela produirait également un effet « significatif » sur la dette publique totale du pays, dans le sens des critères de Maastricht, jusqu’à 1,2 points de PIB en 2027 selon les estimations de la Cour. Les magistrats de la Cour des comptes formulent ainsi plusieurs recommandations au gouvernement, à commencer par une révision du « périmètre d’ensemble » du projet de métro. Autrement dit, toutes les lignes annoncées ne pourraient être baties selon eux. L’Etat devrait aussi selon le rapport cadrer les dépenses par objectif clair, assurer des recettes permettant de donner de la « visibilité » à la SGP, et enfin, « mettre en place un contrôle renforcé de la SGP par les tutelles, de façon à s’assurer du pilotage rigoureux du projet ». Le président de la SGP Philippe Yvin est donné sur le départ.