Née en 1939, Adrienne Larue ne vit que par les arts du cirque, pleine de vie et humble, son curriculum vitae dépasse trois pages d’expériences nationales et internationales. Adrienne effectue ses études secondaires à l’école alsacienne de Paris, avant d’étudier par la suite la philosophie et les langues à la Sorbonne. La circassienne passe un long moment en Angleterre, aux Etats-Unis puis au Japon et revient finalement à Paris pour enseigner l’anglais. Depuis 2009, Adrienne Larue a planté son chapiteau à Ris-Orangis, ville dans laquelle elle a su trouver sa place, pour initier petits comme grands aux arts du cirque.

Au début de sa carrière, Adrienne Larue détenait une compagnie de théâtre d’improvisation et acrobatique avec ses deux enfants. Elle s’inscrit avec sa troupe ainsi que ses deux enfants à la grande école d’Annie Fratellini, « Avant, on faisait du cirque seulement si on était fille ou fils de circassien » nous raconte Adrienne. Annie Fratellini, de la grande famille du Cirque éponyme ouvre à l’époque, une école de cirque pour démocratiser en quelque sorte les traditions des arts du cirque. Adrienne apprend l’acrobatie en tant que porteur et le cursus de magicienne. « Au conservatoire où j’enseigne aujourd’hui, les femmes disent porteuse, mais je n’aime pas, ça fait porteuse de discussion. » Adrienne est calme, c’est d’ailleurs la première qualité d’un porteur pour bien réceptionner le voltigeur nous raconte la circassienne. Après un an chez les Fratellini, Adrienne et sa famille achètent un chapiteau, au même moment où le gouvernement commençait à soutenir financièrement et à développer l’univers des arts du cirque actuel, « ça a été un tournant important », confie cette dernière. Adrienne Larue a toujours implanté son chapiteau dans des quartiers où les habitants n’ont pas accès à la culture. Grâce au cirque, les enfants un peu perdus dans leur vie apprennent la discipline. « Pour certains, ça leur fait juste plaisir d’apprendre, pour d’autres ça change leur comportement », explique Adrienne.

Atelier d'initiation aux arts du Cirque (SH/EI).

Atelier d’initiation aux arts du Cirque (SH/EI).

Au sein de son chapiteau, Adrienne et sa troupe proposent des cours le mercredi pour les enfants, le mardi elle enseigne le cirque adapté, un cours consacré aux personnes à mobilité réduite. « Les circassiens s’adaptent à leurs capacités corporelles, il y a des lancers de balles, des roulades. C’est vraiment un travail passionnant », poursuit le maître des lieux. Le chapiteau d’Adrienne propose un cursus commun qui est enseigné aux petits comme aux grands, les bases leurs sont apprises, un travail sur leurs morphologies est également réalisé, puis pour finir, on passe à l’aérien, trapèzes, tissu etc … La différence avec les autres écoles de cirque, c’est qu’Adrienne et sa troupe sont des artistes, ils proposent régulièrement des spectacles et en même temps enseignent. « Les élèves aiment bien, ils le sentent. Ils prennent des cours avec des artistes, ce n’est pas juste une école de gymnastique », nous confie Adrienne.

Du cirque pour tous

Adrienne Larue prône le cirque pour tous. Sa mission, qui est soutenue par le ministère de la santé, est de favoriser la venue d’artistes de cirque en Essonne, leur faciliter le contact avec le public et qu’ils puissent s’entraîner. « La seule chose que je regrette c’est que l’espace est très petit, je ne peux plus accueillir d’artistes avec des caravanes. On a accueilli un cabanon pour une résidence tout de même. » En effet le chapiteau fixe d’Adrienne était situé à la place des fameux bâtiments bioécologique (le plus grand bâtiment écolo d’Europe). « Ils ont pris beaucoup de place, mais au moins personne ne peut nous bouger puisque c’est un terrain inondable donc non constructible ». Adrienne Larue s’est implantée à Ris-Orangis en 2009 après une rencontre avec Thierry Mandon quand à l’époque, le CAES était rénové. Adrienne a besoin de cet équilibre. « On a avait besoin de reconnaissance, ou une dimension internationale, nos spectacles sont aussi bien achetés par la fondation Vuitton, Singapour etc … Mais on a aussi notre côté arrimé aux familles du coin. »

Cet « équilibre » se traduit aussi par l’aide à ceux qu’on appelle « les décrocheurs », des jeunes entre 16 et 18 ans qui ont des difficultés avec la langue française, qui n’étudient plus. Jusqu’au mois de juin, la troupe d’Adrienne Larue, leur donne des cours des arts du cirque. « Ce sont des gars en général qui ne connaissent que le foot, mais au bout de trois/quatre mois, ils deviennent de vrais artistes », indique Adrienne. Ces jeunes restent un an et viennent deux fois par semaine, ils apprennent la discipline et apprennent à avoir confiance en eux.