« Trois critères sont essentiels à nos yeux : l’accueil, la programmation et la technique ». Tel est le credo que Claire Leluc-Derouin et son équipe se sont jurés de respecter durant les 29 ans passés entre ces différentes salles de ciné de la région qui ont marqué les esprits du public.
Cette marque d’affection du public se trouve matérialisée dans un livre. À travers ces 200 pages, où se mêlent témoignages, anecdotes, rencontres, coulisses, mémoires du lieu, équipes ayant participé à l’aventure, vous pourrez découvrir un objet éducatif et un témoignage fort sur des amoureux inconditionnels du 7e art.

Tout commence en 1988, après avoir quitté son travail d’éducatrice spécialisée, Claire Leluc-Derouin fait la rencontre de Patrick Chaperon, membre de l’association Département cinéma. Dynamique et au contact des autres, c’est tout naturellement que celui-ci lui propose de reprendre la direction du cinéma le Vox à Rambouillet. Avec l’arrivée de Didier Derouin, ex contremaître à la RATP, pour le poste de projectionniste, le trio fraîchement aux commandes va pouvoir prendre des décisions ambitieuses : rénovation du bâtiment, association avec l’exploitant UGC pour une programmation inédite, tenue de soirée à thème en lien avec le film choisi…

Encouragé par le succès, la société Les Vrais Instants de l’Image (V.I.I) sera créée un an plus tard. L’objectif : faire vivre une expérience collective créatrice de lien social par rapport aux autres lieux de diffusions cinématographiques.

Une société qui procédera au rachat d’autres salles : du Central (Gif-sur-Yvette) et du Normandy (Vaucresson) avec la même recette appliquée. Résultat: un public fidèle est au rendez-vous venant récompenser un long investissement humain en semaine. « Les gens pensent que tenir un cinéma se résume à voir des films pendant toute la journée. C’est faux, c’est beaucoup de travail et d’organisation à effectuer tout au long de la semaine », défend Martine Debiesse.

Des visiteurs de prestige

Du monde, ces salles en ont accueilli. De Lambert Wilson à Antoine De Caunes en passant par Juliette Binoche, Claire aura sans doute été plus, particulièrement, marquée par la rencontre de deux d’entre eux : les regrettés Jean Rochefort et Johnny Hallyday. « Jean Rochefort est venu dans notre cinéma à Rambouillet, il descendait nous voir pour parler du film qu’il avait vu. On voulait le traiter comme n’importe quel spectateur et non lui sauter dessus. Au fur et à mesure, il nous a entouré et nous appelait affectueusement « nos enfants de cinéma ». Il avait, même, accepté d’écrire un mot pour ce livre, mais la mort en a décidé autrement », raconte-t-elle.
« Quant à Johnny Hallyday, il était venu en voisin (Ndlr : il habitait Marnes-la-Coquette) pour la sortie du film « Jean-Philippe » au Normandy. C’était quelqu’un de très timide et il se demandait comment les gens allaient l’accueillir. De même, il était très proche de son public, il allait à la rencontre de tous ses fans qui avaient fait le déplacement, il prenait le temps de serrer des mains et d’échanger des mots avec eux. C’était hyper touchant », poursuit Claire Leluc-Derouin.

La salle du cinéma La Central de Gif-sur-Yvette (PB/EI)

La salle du cinéma La Central de Gif-sur-Yvette (PB/EI)

Au-delà des têtes d’affiche, ce sont d’autres visiteurs de prestige qui ont foulé les lieux. Grâce au travail de plusieurs associations, des personnalités ont pu venir et échanger avec le public sur un thème en lien avec le film diffusé. Sont même venus, Stéphane Hessel pour témoigner de la résistance pendant la seconde guerre mondiale et Françoise Le Bihannic pour rappeler le génocide au Rwanda. « J’ai voulu donner du sens à ce travail,être en lien avec des associations, organiser des manifestations pour permettre des rencontres riches en émotion », précise Claire.

Un retour aux sources

Ce n’est pas un simple ouvrage historique, la biographe nous interpelle sur notre rapport à l’image. En effet, à l’heure où le cinéma n’est plus vu, mais consommé via le streaming ou la vidéo à la demande,  Martine Debiesse tient à nous rappeler les fondamentaux de la source du visionnage d’un film : une salle de cinéma. « Le but d’un cinéma de proximité, c’est que le côté humain puisse être conservé et qu’un état d’esprit général puisse naître autour d’un film » rappelle-t-elle.

De même, comme l’indique le titre, »le rideau rouge » est bien plus qu’un accessoire, c’est un élément indissociable de la conscience collective qui va attiser la curiosité des spectateurs et leur faire apprécier le spectacle.

Derrière le rideau rouge de Martine Debiesse et Claire Leluc-Derouin.
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