Ce lundi matin, la Croix-Rouge a planté sa tente dans l’un des nombreux bidonvilles de Ris-Orangis et des alentours, qui sont sortis de terre ces dernières semaines. Les bénévoles engagés auprès des populations roms accueillent l’initiative à bras ouverts. « L’opportunité de la Croix Rouge est vraiment extraordinaire » s’exclame Daniel Rouiller, de l’association Colib’Ris. Il poursuit : « l’épidémie générale de rougeole en France, qui se déplace, a permis une prise de conscience de la part de ces services ». Les bénévoles de Colib’Ris et de l’ASEFRR (Association de Solidarité en Essonne avec les Familles Roumaines et Roms) saluent également les mécanismes de coopération établis. En effet les intervenants de la Croix Rouge avaient directement contacté les bénévoles afin d’instaurer une médiation et expliquer au préalable la démarche aux habitants du bidonville. Il s’agit de créer un lien de confiance pour que l’action de la Croix Rouge se pérennise dans le temps. L’expérience se doit d’être positive afin de familiariser les habitants du bidonville à une dynamique de soins classiques.

Entre 350 et 500 personnes à vacciner.

Les infirmiers et les médecins de la Croix-Rouge sont bien souvent confrontés à une absence totale de suivi médical. Enfants comme adultes ne possèdent pas nécessairement de carnet de santé. Sur les habitants des cent-dix « baraques » du bidonville situé en bordure de l’A6 et de l’ancien hippodrome, une vingtaine a pu être vaccinée lors de la première journée. Les intervenants, attendus à l’autre bout de l’Ile-de-France en début d’après-midi, ont affirmé que la campagne se poursuivrait dès le lundi suivant jusqu’à ce que le risque de rougeole se résorbe totalement dans le camp.

Si les populations précaires sont largement concernées par la rougeole, le risque est décuplé au sein de la population roms, la pathologie trouvant son foyer en Roumanie. En effet, depuis le 1er janvier 2016, le pays a notifié plus de 6 600 cas de rougeole. C’est la proportion la plus importante existant en Union européenne. Au gré des allers-retours qui peuvent se produire entre les bidonvilles français et l’Europe de l’Est, le virus prend part au voyage. Les individus des camps non-immunisés sont alors gravement exposés. Bien que les nourrissons et les jeunes enfants soient les plus atteints, la campagne de vaccination lancée en Ile-de-France concerne tout autant les adultes.

« C’est un abandon total ! »

Outre les conditions sanitaires déplorables, les habitants du bidonville n’ont un accès que très limité à la nourriture. Daniel Rouiller s’exclame : « Ces familles ont faim ! ». Nicole Brulais, de l’ASEFRR, fait également part du manque cruel de scolarisation dans ce camp. « Seuls un ou deux enfants sont scolarisés. Pourtant en France, l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans », glisse le membre des Colib’Ris au détour d’une phrase.
La localisation changeante de ces populations n’arrange rien aux conditions de vie déjà rudes. Bien que depuis un an, les bidonvilles soient soumis au système de la trêve hivernale, la réalité est bien plus complexe. « Les autorités arrivent à contourner cela en faisant des arrêtés préfectoraux, s’indigne M. Rouiller. Quelque soit le temps et la période, les juges sont alors obligés d’appliquer l’expulsion ».