« Nous ne pouvons pas rester là sans rien faire. Il faut être capable de prendre son courage à deux mains et dénoncer les dysfonctionnements et irrégularités au sein de la FCPE 91 ». Ce sont par ces mots, que onze anciens administrateurs de la fédération des conseils de parents d’élèves essonnienne (FCPE 91), démissionnaires en juillet dernier ont décidé de saisir la justice. Réunis au sein d’un collectif, ces derniers qui ont préféré conserver l’anonymat, ont ainsi porté plainte contre l’ancienne présidente de l’association Carla Dugault et la secrétaire générale qui assure aujourd’hui la présidence par intérim, Cécile Riva, respectivement pour abus de confiance et complicité d’abus de confiance. Explications.

7 000 euros de factures dites « injustifiées » ?

Tout remonte à l’été 2017. A cette époque, Carla Dugault, alors présidente de la fédération essonnienne depuis 2012 prend ses distances avec cette dernière afin d’intégrer les instances nationales de la FCPE pour en devenir « la numéro 2 ». Conséquence de cette nomination, la FCPE 91 doit se chercher un nouveau président. Un nouvel exécutif est alors élu le 20 juin dernier lors d’un congrès départemental. Durant les premiers jours de leur nouveau mandat, les administrateurs de la fédération traitent notamment les problèmes d’orientation post-bac, mais finissent par faire une « inquiétante » découverte, comme ces derniers la qualifient. « La secrétaire en poste est venue nous dire qu’il ne restait plus que 200 euros dans les caisses de l’association », se souviennent les plaignants. Tentant de contrôler les comptes bancaires, la nouvelle présidente s’aperçoit alors qu’elle ne peut pas y avoir accès. « Faux ! », s’insurge Carla Dugault. « La nouvelle présidente n’était autre que l’ancienne trésorière. Donc elle avait accès aux comptes ».

Ne pouvant accéder aux comptes bancaires, les administrateurs décident ainsi pour en avoir le cœur net de se lancer dans l’étude des registres de comptes de l’année 2016 et du premier semestre de 2017 présents dans les locaux de l’association. Ce qu’ils ont découvert ne va pas les rassurer. « De nombreux dysfonctionnements et irrégularités ont été mis à jour », relatent les plaignants. Ils ressortent des dossiers plusieurs factures qu’ils expliquent comme étant « douteuses » et « injustifiées ». « La plupart de ces documents concernent des frais de bouche », commentent-ils. « Ce qui nous a mis la puce à l’oreille, c’est qu’il s’agissait de factures de restaurants datées pour des déjeuners les mercredis midi. Or, nous faisons bien des réunions, mais jamais le mercredi », soufflent les plaignants. « Ces frais correspondent en partie à des achats de nourriture pour nos réunions, répond Carla Dugault. Et ils en ont profité bien plus que nous ».

Une autre facture datée de décembre 2016, émanant de l’enseigne Fnac fait mention d’un jeu vidéo, de livres et de cartes-cadeau, interpelle les administrateurs. « Depuis quand la FCPE achète des jeux vidéo ? », se questionnent les administrateurs sur un ton dubitatif. « Chaque année, afin de remercier nos deux salariées, nous leur offrons un cadeau. Cette année, il s’agissait d’une carte-cadeau chacune, se justifie Carla Dugault. Tout le monde était au courant d’ailleurs », ajoute-t-elle sans pour autant donner d’explications sur la présence d’achat de livres et d’un jeu vidéo.

Ces factures qu’ils jugent « injustifiées », les administrateurs démissionnaires vont en trouver plusieurs dizaines. Pièces qu’ils vont d’ailleurs verser dans le dossier qui accompagne leur plainte déposée au tribunal d’Evry, début janvier. « Un dossier qui dépasse les 300 pages », précise le collectif démissionnaire. Au total, les remboursements de près de 4 200 euros pour l’année 2016 et de 2 700 pour le premier semestre 2017 sont pointés du doigt. Somme à laquelle viennent s’ajouter des factures dites « perdues ». « Nous avons mis la main sur des remboursements de factures dont nous n’avons pas retrouvé les exemplaires. Au final, il y en a pour 724 euros, déplorent les administrateurs démissionnaires. Si on additionne le tout, nous contestons aujourd’hui pour près de 7 000 euros de frais remboursés ».

Dix démissions sur quatorze postes d’administrateurs

Après avoir mis la main sur ces « irrégularités », les administrateurs décident d’organiser un conseil d’administration extraordinaire le 10 juillet dernier, avec pour objectif d’avoir « des réponses claires et franches » par rapport à ces remboursements. « Ce soir-là, nous avons pris le temps de répondre de façon détaillée à l’ensemble de leurs interrogations », se défendent Carla Dugault et Cécile Riva. Mais le son de cloche est différent du côté des administrateurs instigateurs de ce CA extraordinaire. « Nous nous sommes retrouvés face à un mur, résument-ils. La gravité des faits et le refus d’entendre et d’agir de la part de l’ancienne présidente ont poussé la majorité des administrateurs en place à démissionner ». Dix des quatorze membres du conseil d’administration quittent ainsi leurs fonctions dans les heures qui suivent ce CA extraordinaire. « Nous ne voulions pas être complices de tout ça. Voilà pourquoi nous avons démissionné », précisent ces derniers.

Suite à l’ensemble de ces découvertes, un audit a alors été diligenté en interne. Les conclusions ont été rendues en novembre dernier, et chaque camp en tire des conclusions contraires. « L’expert-comptable a pris la parole pour affirmer qu’il avait procédé ‘à un examen limité’ des pièces, qu’il ‘s’agissait du cahier des charges demandé’ et enfin qu’il avait décelé ‘des irrégularités dans l’enregistrement des pièces comptables’ », résument les démissionnaires. « Il a juste fait mention de ‘maladresses d’écritures comptables‘ et rien de plus », tient pour sa part à préciser Carla Dugault. Le comité départemental de la FCPE va même jusqu’à dire par voie de communiqué que ce même expert-comptable aurait annoncé que « les opérations de trésorerie ont été parfaitement retracées dans les comptes ». Avec ces trois avis, difficile d’y voir clair…

Un complot politique ?

Carla Dugault et Cécile Riva qui réfutent tout « enrichissement personnel ou détournement », évoquent l’argument d’une possible « cabale politique » qui serait menée contre elles. « Des gens veulent que nos têtes tombent afin de prendre le contrôle de la FCPE 91, insiste Carla Dugault. Ces personnes emploient des méthodes politiques ». L’ancienne présidente de la FCPE 91 s’appuie notamment sur le dernier congrès en date du 10 janvier. « Nous avons assisté à une réunion où les débats ne pouvaient se tenir convenablement à cause d’agitateurs et de personnes que nous n’avons jamais vues lors des précédentes réunions. Il y a eu des tentatives de déstabilisation », affirme-t-elle.

Un argument que réfutent les plaignants. « Un complot contre elles pour prendre la tête de la FCPE 91 ? A la base de ce dossier, nous étions aux commandes et nous avons choisi d’en démissionner pour monter ce dossier de plainte. Nous aurions voulu les rênes de la FCPE, nous n’aurions pas démissionné », répondent ces derniers, avant d’ajouter : « Dans ce dossier, nous n’avons vraiment rien à gagner. Par ailleurs, rares sont ceux qui parmi nous veulent revenir dans les instances de la FCPE ».

Ainsi, les administrateurs démissionnaires demandent a minima la démission des instances de la FCPE de Carla Dugault et de Cécile Riva, et sinon la restitution des fameux 7 000 euros. « Nous avons appris récemment que le procureur a décidé d’instruire notre plainte », se félicitent les plaignants. De son côté, le duo Riva/Dugault avait déjà déposé plainte contre l’un des administrateurs pour diffamation avant d’abandonner finalement toutes poursuites. « Ils nous ont diffamés. Mais au bout du bout, nous avons décidé d’arrêter là, car il était important de travailler ensemble », explique Carla Dugault. Pour autant, les deux femmes ont annoncé « avoir chargé leur avocat de déposer une plainte pour dénonciation calomnieuse » devant le procureur de la République d’Evry, contre les auteurs de la plainte dont elles font l’objet. En attendant que la justice fasse son travail, le congrès départemental de la FCPE 91 prévu mi-février risque d’être fort animé.