Ça y est, le voile est enfin levé. Après plusieurs mois de bruits de couloir, les maires des communes d’Evry et de Courcouronnes ont fini par officialiser le processus de rapprochement entre leurs deux communes, que nous vous révélions dans ces colonnes vendredi. Mais il aura fallu attendre de longues minutes avant que cette info ne puisse enfin résonner aux oreilles des centaines d’Evryens présents aux vœux du maire. Après plus d’une heure de discours à évoquer les actions menées en 2017 et celles qui le seront en 2018, comme la poursuite des travaux du Tram 12 Express, Francis Chouat demande à son audience du jour de « se concentrer encore quelques minutes ». C’est à cet instant que l’annonce que tous attendaient est sortie. « Après mûres réflexions avec Stéphane Beaudet (Ndlr : le maire de Courcouronnes), nous avons décidé de prendre notre courage à quatre mains, lance-t-il sur un ton déterminé. Prendre le risque de nous lancer un défi : celui d’écrire ensemble les nouvelles pages d’une histoire commune entre Evry et Courcouronnes ». Une annonce saluée par une salve d’applaudissements en mairie d’Evry.

Une fusion pour éviter le décrochage

L’homme qui ne souhaitait pas s’étendre dans la presse avant le moment de cette grande annonce en dit alors un peu plus sur les raisons de ce projet de fusion. « En Grande couronne, pour un territoire comme le nôtre, le risque de décrochage est bien réel. Nous devons sans cesse faire deux fois plus pour convaincre, pour exister et pour peser. En Ile-de-France, l’avenir de la Métropole ce sont des grandes intercommunalités puissantes et de grandes villes », affirme Francis Chouat, avant de reprendre : « Avec le dynamisme dont fait preuve Courcouronnes, nous pouvons réussir cela », ajoute ce dernier.

Ceux qui voulaient en savoir plus sur les raisons de ce processus de fusion pouvaient ensuite aller du côté de Courcouronnes cette fois-ci, où l’hôte des lieux donnait également sa cérémonie de vœux. Dans un discours tout aussi long, Stéphane Beaudet aborde rapidement le sujet qui était dans toutes les bouches. Celui-ci donne plus d’éléments de compréhension sur la genèse du projet. « Depuis 2015, nous évoquons régulièrement la question de la commune nouvelle », explique-t-il, avant de rappeler qu’en 2015, il avait consulté sa population à propos d’un premier projet de rapprochement avec Lisses, Bondoufle ou Villabé. « 83% des interrogés souhaitaient un rapprochement. Toutefois, les maires concernés ont estimé que ce n’était pas encore le moment. J’ai donc cherché d’autres partenaires », indique Stéphane Beaudet.

La fusion, une excellente solution ? C’est en tout cas ce qu’en pense l’ancien Premier ministre Manuel Valls. Le député de la 1ère circonscription de l’Essonne, également aux manettes de ce projet, parle de « l’étendue des connexions » qui existent déjà entre les deux communes. « Sur la structure fiscale, dans le domaine des logements sociaux ou encore de la sécurité, nous partageons déjà beaucoup de choses. Nous avons eu le temps d’apprendre à nous connaître », estime Manuel Valls.

Exit le référendum local

Réélu député en juin dernier dans un mouchoir de poche, celui qui fut maire de la ville-préfecture de 2001 à 2012 n’a jamais caché sa proximité avec son voisin de Courcouronnes. Stéphane Beaudet sut à son tour lui témoigner sa confiance lorsque Manuel Valls prit la tête de l’agglomération en 2008. Après le passage de témoin à Francis Chouat à la ville comme à l’agglo, le ministre a toujours gardé un oeil sur son territoire d’élections. L’initiative a été lancée au moment de l’été, avec de premières discussions entre élus. Les choses se sont accélérées à l’automne, du côté d’Evry et Courcouronnes, avec un séminaire durant lequel les conseillers municipaux des majorités ont été mis dans la confidence. Mais plusieurs élus et proches des deux municipalités ont découvert la nouvelle peu avant les vœux.

Après les annonces de ce samedi 13 janvier, les choses vont rapidement se mettre sur les rails. « A partir du 15 février, les conseils municipaux fixeront la feuille de route », confie Francis Chouat. Les édiles avancent ainsi un calendrier établissant à plus ou moins sept mois de concertation, entre mars et septembre, avant de prendre une décision définitive vers octobre, pour une fusion active dès janvier 2019. Une concertation au sein de laquelle l’avis des riverains « sera pris en compte, poursuit le maire d’Evry. Un débat public sera instauré autour de ce vaste sujet ». Cependant, la consultation de la population ne devrait pas passer par un référendum local comme d’autres communes de l’Hexagone ont pu le faire ces dernières années. « Il nous faut une forme de consultation sans enfermer les gens dans les caractéristiques des référendums qui se résume souvent à un vote sanction », justifie Francis Chouat.

Comme à Evry quelques heures plus tôt, l’annonce a été plutôt bien perçue, même si certains se posent tout de même des questions. C’est le cas de ce couple, qui habite la commune depuis 1998. « C’est sans doute une bonne nouvelle. Mais ça donne quand même l’impression de se faire avaler par le plus gros », s’inquiètent ces derniers. « C’est vrai qu’il y a une grosse ville d’un côté et un petit village de l’autre. Mais en réalité, c’est la commune avec laquelle nous travaillons le plus. Cela ne nous changera pas notre quotidien », assène Stéphane Beaudet pour rassurer ses administrés.

Du côté de l’opposition courcouronnaise, la nouvelle de cette fusion est plutôt bien perçue. « C’est tout de même assez logique, au vu de tout ce que nous partageons », résume Fadila Ben Doulat, conseillère municipale (PS) d’opposition à Courcouronnes. Même son de cloche sur Evry pour Stéphane Le Personnic (LR) qui affirme que ce « rapprochement va dans le bon sens ». Toujours à Evry, mais chez les Insoumis cette fois, la pilule est plus dure à avaler. Farida Armani pointe du doigt une manœuvre politique organisée pour « permettre la survie politique de l’ex-Premier ministre ».

Stéphane Beaudet sera selon toute vraisemblance adoubé premier maire d'Evry-Courcouronnes

Stéphane Beaudet sera selon toute vraisemblance adoubé premier maire d’Evry-Courcouronnes (JL/EI)

Beaudet dans un fauteuil ?

Si chacun attend la phase de concertation, tout le monde regarde aussi ce qu’il pourrait se passer sur le plan politique. Libéré de tout engagement dans un parti politique depuis sa démission de LR jeudi dernier, Stéphane Beaudet a rompu avec un autre secret de polichinelle. Celui-ci, en cas de fusion aurait reçu les faveurs de l’ancien Premier ministre et de l’actuel maire d’Evry pour devenir le premier maire d’Evry-Courcouronnes. Stéphane Beaudet n’aura d’ailleurs pas attendu la validation de la fusion pour l’annoncer. « J’ai toujours tenu mes promesses, mais cette fois-ci, il y en a une que je ne tiendrai pas, a-t-il lancé en clôture de son discours à la population. J’ai dit qu’il s’agissait de mon dernier mandat de maire. Mais il y a des chances qu’en 2020, vous entendiez encore parler de moi ».

Et pourquoi pas avant 2020 si la fusion est actée pour janvier 2019 ? « Les électeurs nous ont confié des mandats jusqu’en 2020. Nous les terminerons », commente simplement Francis Chouat, qui devrait à ce petit jeu des chaises musicales perdre son fauteuil de maire, mais conserver le siège de président de l’agglo Grand Paris Sud pour un nouveau mandat. Reste à savoir quelle fonction occupera Manuel Valls dans cette équation à trois, dont le mandat de député court jusqu’en 2022.