La ligne 18 du Grand Paris express verra-t-elle le jour? Partisans comme opposants à l’édification du métro entre Orly, Massy et Saclay pour 2024, puis Versailles en 2030 font monter la pression alors que la décision finale de l’Etat est attendue. Ce dans le contexte d’un rapport alarmant de la Cour des comptes sur la « dérive » du coût global du projet porté par la Société du Grand Paris (lire notre article). Depuis l’automne, chaque camp multiplie les initiatives pour réaffirmer le besoin vital, ou bien s’opposer vigoureusement, à la construction du métro sur le Plateau.

Métro 18 : les lignes vont-elles bouger? (Novembre 2017 – abonnés)

Les maires favorables au projet ont ainsi créé une association fin 2017, « l’Union des élus pour la ligne 18 ». Celle-ci est rapidement passée à l’action. Au petit matin, fin novembre, c’est sur un chantier de la ZAC Polytechnique que les élus ont manifesté, souhaitant bloquer symboliquement des constructions de logements, pour protester contre la possible non venue du métro sur place. Pour le maire de Palaiseau, Grégoire de Lasteyrie, « il s’agit juste de dire, si vous bloquez, on bloque. J’ai dit à l’aménageur (ndlr : l’établissement public d’aménagement), si il n’y a pas le métro, je ne délivre plus de permis de construire ».

Pour ces maires promoteurs de la ligne 18, « c’est un parallélisme des formes » selon les mots du Palaisien, « on ne va pas faire venir le développement économique et les gens sans le métro ». Après une certaine tergiversation, les nouveaux députés En marche ont fini par apporter à leur tour leur soutien à l’édification du métro 18. Cédric Villani et Amélie de Montchalin ont récemment transmis un courrier au Premier ministre, lui demandant instamment de faire respecter les délais de livraison prévus pour la ligne, soit 2024. Selon eux, un report « serait vécu comme une véritable trahison », sachant que la date initiale « est déjà si lointaine quand on songe aux difficultés quotidiennes de desserte vécues par des milliers d’étudiants, chercheurs ou ingénieurs, en nombre croissant ». Parlant d’échos « inquiétants » en provenance de l’Elysée, les deux députés essonniens appellent l’Etat à respecter sa parole concernant les infrastructures promises.

Branle-bas de combat sur Saclay

D’autres missives sont depuis parvenues au président de la République, à l’image de la nouvelle sénatrice Laure Darcos qui l’interpelle en lui signifiant : « vous feriez une terrible erreur en stoppant la dynamique économique, scientifique et universitaire du Plateau de Saclay avec le report de la construction de la Ligne 18 jusqu’au Christ de Saclay ! ». En ce mois de janvier, c’est également au tour du monde de l’enseignement supérieur de monter au front. Par le biais d’une lettre ouverte au président doublée d’une pétition en ligne, ces acteurs académiques parlent de l’arrivée de la ligne 18 comme « une absolue nécessité pour la réussite du projet du Plateau de Saclay » et ne doit selon eux pas être reportée.

Les établissements du cluster ont ainsi diffusé largement en interne des écoles, universités, centres de recherche, mais aussi parmi les grandes entreprises présentes sur place, l’appel à signer la pétition. Il est question pour ces institutions de défendre « le rayonnement et l’attractivité de ce grand pôle de recherche et d’enseignement » avec la venue du métro pour 2024. Faisant le constat que l’arrivée de la ligne 18 pourrait être remise en cause, les établissements veulent alerter sur les conséquences qu’entraînerait son report : « Toute la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche témoigne ainsi de son attachement à la Ligne 18 dès 2024 afin que les efforts et la patience, qui ont été demandés à tous depuis des années pour aboutir à la construction de ce cluster scientifique, ne soient pas vains ».

Les scientifiques s’en mêlent

Au bout de quelques jours, la pétition atteint 17 000 signataires. Pendant ce temps, ce sont des scientifiques rattachés aux instituts et laboratoires du Plateau qui sortent du bois, en adressant la lettre ouverte au président de la République. Ces directeurs de la laboratoire, membres de l’académie des sciences, ou du GIEC, médaillés internationaux voire prix Nobel, affirment que la desserte en métro du Plateau est « une des conditions incontournables de création d’une cluster académique et industriel de rang mondial ». En prévision des nombreuses constructions qui sortent de terre dans les deux zones d’aménagement concerté (ZAC) du Moulon et de Polytechnique, ces scientifiques entendernt « réaffirmer » que la construction de la ligne 18 « au plus tard en 2024 sur le territoire de Saclay et au-delà dans les Yvelines est une nécessité absolue ». Puis, reprenant les termes même du président Macron : « Il y va de la réussite du projet et de la confiance de nos partenaires dans la capacité de notre pays à tenir ses engagements. »

Différent son de cloche, toutefois, de la part de quarante autres scientifiques du Plateau, qui lancent de leur côté un « appel contre la ligne 18 du Grand Paris Express et contre l’Exposition Universelle ». En lien avec le collectif Urgence Saclay, opposé à l’urbanisation des terres agricoles du Plateau, ces scientifiques protestent contre « la caution apportée » par Valérie Masson-Delmotte, Présidente d’un groupe de travail du GIEC, et Cédric Villani, Mathématicien et Député de l’Essonne « aux projets destructeurs de terres agricoles que sont la ligne 18 du Grand Paris Express et l’accueil de l’Exposition Universelle ».

Ces enseignants, chercheurs ou ingénieurs travaillant dans les établissements du cluster disent refuser « que la science et l’innovation soient utilisées comme prétexte à la poursuite de l’expansion urbaine sur le plateau de Saclay. Ils défendent un aménagement équilibré du territoire, qui prenne en compte les besoins réels des habitants et du personnel, et qui privilégie les options de sobriété et d’économie rendues nécessaires par la grave crise climatique et environnementale que connaît notre planète. Ils contestent enfin la fuite en avant dictée par la poursuite sans fin de « l’attractivité » du territoire ». Ce courier a également été transmis à Edouard Philippe, lui demandant de « renoncer » à la ligne 18.