Journée difficile dans le secteur de la santé en Essonne ce mardi. Au nord du département tout d’abord, une partie du personnel médical a entamé une grève à durée illimité lundi 8 janvier dernier. En effet, la direction du groupement hospitalier du Nord-Essonne (GHNE) souhaite changer l’amplitude horaire des agents, des infirmiers anesthésistes (IADES), et infirmiers de bloc opératoire (IBODES) au sein des centres hospitaliers de Longjumeau et Orsay. Désirant se mettre en conformité avec la loi, cette dernière annonce la mise en place des 12h qui remplacera les 24h. Une décision jugée « trop hâtive » par le personnel qui a donc décidé de se mettre en grève pour protester. « Leur position se base sur le fait que nous passons d’un système d’horaire illégal (24h) à un système légal (12h). Or ceci est faux. » nous explique un membre du personnel. Si le système de garde de 24 heures est un procédé illégal, il « ménage beaucoup le personnel du bloc opératoire », informe le personnel gréviste. Pour Guillaume Wasmer, directeur du groupe hospitalier Nord-Essonne, « Les 24h sont un système pousse-au-crime. Le service public n’autorise plus le travail de 24h, depuis 15 ans, c’est dangereux pour les patients ». Pour les deux centres hospitaliers, « la grève a été suivie », puisque selon eux, on enregistre 90% de grévistes. Au lendemain de la première journée de mobilisation, le pourcentage a légèrement diminué, selon Guillaume Wasmer. Celui-ci n’en indique plus que 40%.

Grève à l'hôpital de Longjumeau, ce lundi

Grève à l’hôpital de Longjumeau, ce lundi (DR)

Les raisons ? Une entente a été trouvée sur quelques points montrés du doigt par les personnels des hôpitaux de Longjumeau et d’Orsay. Plus largement, ceux-ci font part d’un essoufflement au travail au sein des services, « plusieurs d’entre-nous avons consulté la médecine du travail  ».  De son côté, Guillaume Wasmer annonce que la « mise en application des 12h avait été décalée au 1er mars 2018 tout comme la mise en place d’un CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail). » Pour ce qui est de l’aménagement du planning, « ces sujets sont évoqués depuis 4 ou 5 mois, on fera en sorte que ça ne perturbe pas les organisations, ainsi que ménager et accompagner au mieux le personnel. Je ne nie évidemment pas la souffrance qu’ils endurent », poursuit le directeur des sites, devenus une même structure juridique au 1er janvier.

Pour ce qui est « du coût financier qu’engendre ce conflit », la direction certifie qu’il n’y aura aucun impact sur le projet de l’hôpital unique réunissant les hôpitaux de Longjumeau, Juvisy et Orsay sur le site de Saclay. « Le coût financier s’exprime sur le fait de réquisitionner les personnes pour avoir un service minimum, il faut faire tourner les urgences au minimum. On a dû déprogrammer les patients et les remettre plus tard, c’est une perte d’argent mais qui n’aura aucun impact sur le financement de l’hôpital unique de Saclay », nous explique le directeur du groupe hospitalier Nord-Essonne. La mise en place de groupes de travail sur les organisations (planning, sécurité en salle de réveil) avec la direction des soins et les personnels et syndicats a également été programmée pour cette semaine.

Notre rétro 2017 : le regroupement des hôpitaux du nord-Essonne suit son cours

Le service psychiatrie du Sud-Francilien à bout de souffle

Les hôpitaux du Nord-Essonne d’une part sont impactés par des mouvements de grève, mais c’est également le cas plus au sud, au niveau du centre hospitalier Sud-Francilien (CHSF). Ce mardi 9 janvier, une délégation du personnel (infirmières, aides soignantes, psychologues, secrétaires médicales, psychiatres) a été reçue à l’occasion de la réunion d’un Comité d’hygiène et des conditions de travail extraordinaire sur la psychiatrie au sein de l’établissement. L’enjeu : discuter de « graves dysfonctionnements » et notamment des conditions de travail au sein du service de psychiatrie du centre hospitalier, soulignent les représentants du personnel. Un épuisement du personnel est ressenti dans ces services. La psychiatrie de secteur dans l’hôpital public, « c’est promouvoir la continuité des soins et prévenir les rechutes des patients. On a besoin d’une fidélisation des patients et contribuer à une cohésion sociale », explique un membre du personnel du service psychiatrie, « mais ce n’est pas possible s’il n’y a pas de personnel, continue sa collègue. Ce service fait peur ». À l’hôpital Sud-Francilien, le recrutement peine à voir le jour. « On a besoin de personnels formés à la psychiatrie qui ne sont pas démotivés dès l’arrivée », soufflent certains salariés excédés. Le service psychiatrie est en sous effectif chronique, au lieu de six soignants par unité, ils sont généralement « trois ou quatre », informent les salariés.

Pour régler ce problème de sous effectif, la direction a émis une solution : recruter des vacataires pour remplacer les personnels manquants. « L’établissement a pris des mesures pour recruter du personnel médical sous statut attractif. Il a fait appel à un cabinet de recrutement », déclare la direction du centre. Celle-ci déclare également s’engager auprès des personnels non médicaux « à ne laisser aucun poste vacant dans les équipes paramédicales pendant cette période ». Toute absence fera, à ce titre, l’objet d’un remplacement immédiat. Une demande a également été faite pour « lutter contre la polyvalence et la mutualisation entre unités », confient les salariés. Le personnel demande des réunions de pôle avec le personnel concerné comme l’indique la loi. « On n’a pas eu ces réunions depuis au moins trois ans, c’est inadmissible », explique avec désarroi une membre du personnel.

L’année 2018 commence donc sur les chapeaux de roues pour les hôpitaux essonniens. Sous effectif, surcharge de travail, modification de l’amplitude horaire des agents IADES et IBODES : si des décisions ont été prises pour les trois centres hospitaliers (Orsay, Longjumeau et Corbeil), les oppositions internes n’ont visiblement pas toutes été prises en compte.