Invectives, cris, crises d’angoisse, malaises, ont rythmé cette quatrième journée du procès de l’ancien maire de Draveil. Dès l’ouverture du procès le 12 décembre dernier, régnait déjà un climat très pesant. Certains observateurs des joutes verbales quotidiennes se demandent même « jusqu’où cela va-t-il aller ? ».

L’un des éléments qui a mis le feu aux poudres, entre autres, est la diffusion la veille de l’émission Envoyé spécial sur France 2.

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Au sein de ce reportage d’investigation, 35 minutes sur l’affaire jugée lors de ce procès. Outre l’interview de Virginie Faux, l’une des deux plaignantes, le reportage faisait intervenir une certaine Lucile Mignon. Cette dernière, considérée comme un témoin clef par les parties civiles, témoignait ainsi publiquement. « Le problème, c’est qu’elle n’a pas encore comparu devant la Cour, tonne Me Antoine Vey, avocat de Georges Tron en ouverture de cette journée. A quoi cela sert qu’elle vienne désormais ? La sérénité des débats n’est plus. Il faut renvoyer le procès ».

Face à cette insistance, la Cour choisit de se laisser le temps pour délibérer. Une décision que ne pas supporte pas l’une des plaignantes, Virginie Faux, qui fait dans la foulée une crise de tétanie. Elle reste ainsi de longues minutes allongée sur le banc de la salle, prise en charge par les secours.

Brigitte Gruel, accusée au même titre que Georges Tron (JL/EI)

Brigitte Gruel, accusée au même titre que Georges Tron (JL/EI)

Le président réapparaît sur les coups de 14h15. Après une brève prise de parole, celui-ci indique le rejet de la demande de la défense et ordonne la reprise des débats. Une décision qui fait bondir de son siège un Éric Dupond-Moretti qui venait de faire son entrée. « Sachez, Monsieur le Président, que la défense a demandé le renvoi pour vous soulager. Vous avez vous même dit l’autre jour que vous préféreriez que ce soit une femme qui préside les débats », scande-t-il dans une salle où des hurlements commencent à se faire entendre.

L’avocat de la défense fait ainsi référence « à la campagne de tweets scandaleuse » dont le président de la cour a fait l’objet sur les réseaux sociaux, notamment par « des féministes », poursuit ce dernier. Très énervé, le président rompt à nouveau les débats.

« Alors, les féministes ont gagné ! »

Dans une scène surréaliste – Me Dupond-Moretti hurlant « Alors, les féministes ont gagné ! », les avocats de la partie civile lui répondant sur le même ton « Nous allons chercher les bâtonniers », Eva Loubrieu, la seconde plaignante, s’effondre en larmes, les mains plaquées sur ses oreilles. « En 26 ans de carte de presse, je n’ai jamais vu ça », dira même une journaliste effarée.

Eric Dupont-Moretti, avocat de Georges Tron. (JL/EI)

Eric Dupond-Moretti, avocat de Georges Tron. (JL/EI)

C’est à 17h13 très précisément que la Cour revient, en présence cette fois-ci de deux bâtonniers. « Leur présence me permet de parler librement sans être interrompu », reprend Me Dupond-Moretti. Pendant près d’une heure, défense et partie civile vont avancer leurs arguments pour la poursuite ou non de ce procès. La question de la sérénité des débats, d’Envoyé spécial (un reportage « honteux », dénoncera Eric Dupond-Moretti, qui évoque une possible plainte pour « atteinte à la présomption d’innocence »), des « nombreux tweets » des journalistes présents pour couvrir l’événement ou encore de la fameuse « campagne » menée contre le président sont abondamment cités durant la discussion. On en oublierait presque qu’il s’agit du procès de Georges Tron et de Brigitte Gruel.

Ce que ne manque pas de rappeler l’avocat général : « La demande de renvoi est une stratégie de la défense qui veut faire feu de tout bois au mépris des règles. Qui a le privilège d’avoir 15 jours pour un procès pour viols ? Cette demande de renvoi va sonner faux auprès de l’opinion publique. On retiendra que vous n’avez pas voulu être jugé. Ici à Bobigny, on juge des détenus. Quelque soit le prestige de M. Tron, on les juge avant. »

L’un des avocat des parties civiles, maître Braun, attaque la défense avec force, dénonçant « l’enfumage » qu’elle mettrait en oeuvre. « Nous sommes consternés. On nous insulte. Notre parole est remise en cause perpétuellement. On est loin des dossiers les plus graves aux assises. Mais la défense n’a eu de cesse de développer une stratégie de bulldozer qui visait à nous museler. »

Le procès va être "renvoé à une session ultérieure" au grand dam de Virginie Faux et d'Eva Loubrieu (de g. à dr.) (JL/EI)

Le procès va être « renvoyé à une session ultérieure » au grand dam de Virginie Faux et d’Eva Loubrieu (de g. à dr.) (JL/EI)

Les deux parties, au moins, s’accordent sur le « climat de plus en plus délétère » lié à un procès médiatique, en pleine actualité focalisée sur les violences faites aux femmes. « Il n’a pas de chance M. Tron , lance Eric Dupond-Moretti. Son affaire commence avec l’affaire DSK, elle se finit avec l’affaire Weinstein. » 

Plus tard, devant le pool des journalistes venus prendre images et sons de la fin du procès, Eric Dupond-Moretti s’exprime. Médusée, l’avocate des parties civiles passe devant la forêt de caméras. « C’est lui la star, quoi ».

« Ce que je dis là est sûrement déjà sur Twitter », fulmine l’avocat de la défense. Georges Tron se tient derrière lui, silencieux. Interrogé par Essonne info, il indique qu’il va reprendre la vie politique locale. « Comme d’habitude ».