Ce deuxième jour de procès (lire le résumé du premier jour) devait permettre de lever un peu plus le voile sur les faits reprochés à Georges Tron, le maire LR de Draveil, et à son ancienne adjointe à la culture, Brigitte Gruel. Initialement, la Cour devait procéder à l’audition des deux plaignantes en ce mercredi après-midi. Or, force est de constater qu’il faudra attendre un jour supplémentaire avant de comprendre les dessous de l’accusation, la faute à des débats prolongés sur la réalisation de l’enquête policière.

La séance s’ouvre peu après neuf heures du matin. La Cour entame les débats par l’audition du rapport de la directrice d’enquête de la direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) de Versailles, Patricia Pendariès. Cette dernière livre ainsi un large exposé des rouages de l’enquête judiciaire réalisée en trois semaines à l’issue du dépôt des plaintes en mai 2011 de Virginie Faux et d’Eva Loubrieu, celles qui se définissent comme « les victimes » du duo Tron/Gruel. Ainsi, pendant plus de deux heures, l’enquêtrice égraine les actions menées durant l’instruction. Personnes auditionnées, résumés de témoignages, perquisitions, garde à vue et mises en examen sont autant d’éléments mis en lumière par la directrice de la PJ des Yvelines. Les moeurs des accusés et des plaignants sont ainsi passées au crible pendant de longues minutes, tout comme la thèse du complot politique qu’aurait fomenté l’extrême droite locale. L’exposé est même volontairement abrégé par le président de la cour qui se justifie en indiquant que certains témoins « pourront évoquer eux-mêmes leurs expériences lors de leur audition ».

Afin de permettre à la Cour d’entendre les premiers témoins dont l’ancien DRH de la mairie de Draveil de 2004 à 2010, l’enquêtrice revient alors à la barre en début d’après-midi pour répondre aux questions. Un véritable interrogatoire digne de ceux faits en garde à vue. Près de 4h30. Voilà la durée de la « seconde » audition de la cheffe de la DRPJ. Outre le président demandant une série de compléments, la défense s’en donne aussi à cœur joie, remettant en cause la méthode et les conclusions policières.

Une demi-journée d’audition pour la PJ

Les services de police ont ainsi travaillé à partir de mai 2011 sur des plaintes relatant des faits de pénétrations digitales et autres attouchements survenus 18 mois plus tôt. Sur les trois semaines qu’a duré l’enquête, pas moins de 130 auditions ont été effectuées par la DRPJ de Versailles. Patricia Pendariès vante ainsi une enquête « exemplaire » au vu du « contexte et des circonstances » de cette affaire. « Il faut savoir qu’il y a un certain nombre de boules puantes autour de ce dossier », révèle alors l’enquêtrice, pointant du doigt un témoignage « instrumentalisé » réalisé à l’insu d’une plaignante par le voisin de celle-ci. « Nous avons démontré que cette personne a enregistré la plaignante afin de monnayer la bande son », informe la policière.

Mais pour la défense, cette enquête serait loin d’être aussi exemplaire que ça. Vu que les faits sont antérieurs à l’enquête, les preuves matérielles sont quasiment inexistantes. « Avez-vous des analyses ADN attestant qu’il s’agit bien de Monsieur Tron ? », lance alors Me Dupond-Moretti. Réponse : « Non, seulement des témoignages, qu’il faudra d’ailleurs prendre en compte », estime Patricia Pendariès, avant d’expliquer qu’une dizaine de femmes interrogées ont dévoilé un certain « rituel » auquel se prêtaient les accusés. « Des témoignages qui corroborent les faits ? Non car vous n’avez aucun témoins directs », insiste l’avocat de la défense, avant de lancer un cinglant : « De toute façon, quand Georges Tron a été placé en garde à vue, il était déjà coupable. C’est indigne », tonne-t-il de sa voix grave.

Le show Dupond-Moretti

Mais le show Dupond-Moretti ne s’arrête pas là. Ce n’est que le début d’ailleurs. Absent durant la présentation du rapport de la directrice de la PJ de Versailles pendant la matinée, celui-ci est revenu en vitesse juste au moment où un témoin cité par la partie civile s’avance à la barre. Cette dernière est une ancienne journaliste de Paris-Match, qui affirme « s’être fait attraper le pied par Georges Tron ». Les faits remontent à 2002. A cette époque, la journaliste rend visite à celui qui est député de l’Essonne pour faire un reportage dans le cadre de la campagne présidentielle. Celle-ci raconte ainsi avec beaucoup d’émotions son entrevue avec Georges Tron. « Nous mangions dans un restaurant, Georges Tron, son attaché parlementaire et moi-même. Soudain, j’ai senti quelque chose touché mon pied », relate l’ancienne journaliste. Il s’agissait du pied de l’édile draveillois. « Le pied s’est attardé sur le mien. Je me suis dit ‘il est gonflé quand même’. J’ai rangé mes pieds sous mon fauteuil et nous avons fini la conversation puis le repas ».

Mais sur le chemin du retour, le témoin aurait fait l’objet de « nouveaux gestes » de la part du député. « Je devais repartir à l’Assemblée nationale. Nous n’étions pas trop loin, Monsieur Tron s’est proposé de me ramener. Il me propose alors de me raccompagner en voiture », rapporte la témoin. Durant le trajet, l’édile aurait entamé une discussion sur sa grande passion, la réflexologie. « C’est à ce moment-là qu’il m’a saisi le pied gauche et qu’il m’a retiré mon escarpin », résume-t-elle assez émue. « Je me suis débattue et je suis descendue de voiture aussitôt », termine l’ancienne journaliste qui assure garder la « mémoire sensorielle » de cet épisode de sa vie. Un témoignage à charge contre le maire de Draveil donc, que Me Dupond-Moretti va prendre plaisir à tenter de démonter. « Pouvez-vous nous dire quand cela s’est passé précisément, le nom de l’attaché parlementaire, dans quel restaurant ou encore la couleur de la voiture ? », interroge l’avocat de la défense. Du côté de la témoin, les réponses sont floues. « C’est confus dans ma tête, je ne me rappelle pas de tout. Ce sont des faits qui sont anciens », balbutie l’ancienne journaliste de Match. Une absence de réponses claires qui encourage encore plus celui qu’on appelle « Monsieur Acquittement », en référence au nombre d’acquittements qu’il a réussi à obtenir au cours de sa carrière. Ce dernier analyse ensuite la scène de la voiture. « Imaginez Georges Tron saisissant le pied gauche de la femme assise à ses côtés de sa main droite. De toute évidence, cela paraît très compliqué », explique-t-il en mimant littéralement la scène, digne des prestations du célèbre Mime Marceau. « C’est parce que vous êtes trop gros », lui rétorque Me Ollivier, avocat de la partie civile, déclenchant une série de regards noirs de la part de l’intéressé.

A l’issue de cette seconde journée, la défense aura donc mis en avant les « failles du dossier ». Toujours très offensive depuis l’ouverture des débats ce mardi 12 décembre, elle devrait l’être encore plus ce jour avec l’audition des plaignantes.