L’OCDE est un vaste complexe situé dans le secteur de la Muette, Paris XVIè. A l’entrée, il faut montrer patte blanche, et prouver son accréditation pour accéder aux locaux. A côté de diverses réunions dédiées au développement économique, la grande salle accueille ce jour l’Assemblée générale du Bureau international des Expositions, le BIE. C’est l’organisme intergouvernemental qui supervise les Expositions universelles et spécialisées. Comptant 170 Etats membres, le BIE doit se prononcer après examen, sur le site d’accueil de l’évènement international de 2025. Le rendez-vous s’organise tous les 5 ans. Milan a ainsi accueilli la dernière Expo en 2015, sur le thème de « Nourrir la planète, énergie pour la vie », et c’est Dubaï qui a en charge la prochaine, en 2020, sur une invitation à « Connecter les esprits, construire le futur ».

Pour 2025, la France est candidate, avec le village global de l’Expo qui pourrait se bâtir sur un site de 110 hectares situé dans le secteur de Corbeville sur le plateau de Saclay (lire notre article). Les membres du BIE devront le départager avec les 3 autres pays candidats. A savoir, l’Azerbaïdjan, la Russie et le Japon. Chaque prétendant s’est fait connaître en mai 2017, et a du affiner son dossier pour le déposer en septembre dernier auprès de l’instance internationale. Des « missions d’évaluations » du BIE sont alors lancées pour étudier la faisabilité et la viabilité de chaque projet, et évaluer « le climat politique et social du pays et de la ville ainsi que le soutien des parties prenantes (gouvernement, autorités locales et citoyens) » précise le BIE.

Cette phase d’évaluation va se dérouler jusqu’en juin 2018, avant l’Assemblée générale qui procédera au vote du site retenu en novembre 2018. Des rapports issus des missions d’enquête serviront à la commission exécutive du Bureau des Expos pour établir des recommandations, et les états membres se prononceront in fine. D’ici là, plusieurs assemblées intermédiaires doivent permettre à chaque candidat d’affuter ses arguments et d’exposer ses points forts. C’est dans ce cadre que les candidats sont venus présenter leur projet d’Expo lors de la 162ème session de l’Assemblée générale du BIE, le 15 novembre dernier à Paris.

ExpoFrance mise sur la jeunesse

La France y était représentée par son équipe de candidature, autour du président d’ExpoFrance 2025 Jean-Christophe Fromantin et le délégué général Pascal Lamy, accompagnés pour la touche locale par le président du conseil départemental François Durovray et le député Cédric Villani. Ce dernier s’est ainsi exprimé – en anglais – à la tribune de l’assemblée du BIE, pour faire valoir « l’universalité » de la candidature de la France à l’exposition universelle, qui donnera lieu à « de nouvelles coopérations scientifiques » entre pays. Le site de Saclay correspond pour le mathématicien à « l’incarnation de cette dualité, d’un côté l’innovation, les prix nobels et le potentiel des étudiants, de l’autre côté la défense d’un éco-système, avec les terres agricoles, le bio et l’économie circulaire ».

Le mathématicien et député Cédric Villani est venu la défendre la candidature française à l'Exposition universelle devant l'assemblée du BIE

Le mathématicien et député Cédric Villani est venu défendre la candidature française à l’Exposition universelle devant l’assemblée du BIE (JM/EI)

Mais le pays avait aussi choisi de mettre a l’honneur ses jeunes ambassadeurs internationaux. Il s’agit de 100 jeunes gens issus de 70 nations différentes, qui ont été sélectionnés à l’issue d’un concours sur les réseaux sociaux. Ceux -ci doivent représenter la candidature française auprès de la population et surtout la jeunesse de leur pays respectif. Certains ont pris la parole à l’occasion de la présentation de la candidature française, comme Camillo, jeune colombien et présent avec ses collègues durant une semaine à Paris, invités par ExpoFrance : « la France donne beaucoup d’importance à la jeunesse d’aujourd’hui, elle nous donne la parole, et c’est une bonne chose, car qui mieux que nous pour parler d’avenir ».

Notre dossier sur l’Expo 2025 et le projet Saclay

Les tenants de la candidature française espèrent obtenir l’organisation de l’événement mondial de 2025, en promouvant le thème « La connaissance à partager, la planète à protéger ». Le village global qui se bâtirait sur le Plateau de Saclay, serait complété par des villages thématiques en province. Côté infrastructures, le projet de métro 18 est fortement plébiscité pour rendre accessible le site retenu (lire notre article), tandis que localement, la candidature Paris-Saclay divise. Les opposants à l’urbanisation du Plateau dénoncent en effet un rognage supplémentaire des terres agricoles au profit d’une « bétonnisation » (lire notre article), et étaient présents à l’entrée de la soirée de soutien à CentraleSupelec pour y décerner des brevets d’honneur aux porteurs de la candidature.

Autre difficulté à laquelle devra faire face le comité d’organisation, le manque apparent de portage politique du projet d’Expo 2025 en France (lire notre enquête). Un sujet balayé de la main par Pascal Lamy, qui préfère retenir « l’édito d’Emmanuel Macron » à la présentation de la candidature, et le fait qu’il en ait parlé « lors de sa visite à Saclay ». « Ne vous inquiétez pas, les soutiens viendront en temps voulu » prévoit même le délégué général d’Expo France. Côté médiatique, après l’épisode de la candidature aux Jeux olympiques, celle de la France à l’Expo suscite en tout cas moins d’enthousiasme que certains de ses concurrents.

Une île artificielle à Osaka

Signe d’un certain engouement dans le pays, la délégation défendant la candidature du Japon est celle qui a amené le plus de caméras et photographes avec elle. Le gouverneur de la province était ainsi du voyage, et plusieurs médias ont profité de l’assemblée du BIE à Paris pour se mettre en duplex avec leur pays. Le Japon propose le thème « La société du futur, imaginer notre vie de demain » pour convaincre le Bureau des Expos sur sa candidature pour 2025.

Hirofumi Yoashimura, le maire de la métropole nippone, a ainsi vanté son « atout précieux » qui serait de faire bâtir dans la baie de la ville une nouvelle île pour accueillir l’Expo. L’île de Yumeshima, littéralement « l’île du rêve » serait située à moins de 30 minutes du centre d’Osaka et y serait connectée au réseau de transports. Les porteurs du projet entendent y réaliser un site dédié à la « société durable », dans lequel les révolutions technologiques (intelligence artificielle, métadonnées, internet des objets) seront mises au service des « aspirations de l’humanité à travers le partage de nouvelles idées » entre participants à l’Expo.

La mégapole japonaise, troisième ville du pays, a déjà accueilli l’Exposition en 1970. Plus de 60 millions de visiteurs s’étaient alors pressés sur place. Un nouveau quartier était alors né, surmonté par une « tour du soleil » devenue l’un des éléments architecturaux du grand Osaka. La ville espère ainsi réitérer en 2025 et se projeter encore plus vers sa baie.

La délégation japonaise était accompagnée d'une impressionnante cohorte de journalistes lors de sa présentation de candidature, à la 162 session de l'Assemblée générale du BIE (Bureau international des Expositions)

La délégation japonaise était accompagnée d’une impressionnante cohorte de journalistes lors de sa présentation de candidature (JM/EI)

Bakou et Ekaterinbourg, les outsiders

A la différence du Japon et de la France, la Russie et l’Azerbaïdjan n’ont jamais accueilli d’exposition universelle sur leur territoire. Ce que n’ont pas manqué de rappeler les représentants de leur candidature. Bakou, la capitale de la nation du Caucase, mise sur le thème « Développement du capital humain, construction d’un avenir meilleur », en voulant organiser un rendez-vous mondial qui tournera autour de l’éducation, la santé et le travail. « Nous avons voulu transformer l’or noir (une des principales richesses du pays), en or humain » a présenté Samir Sharifov, ministre des finances de l’Azerbaïdjan venu défendre la candidature à Paris.

La capitale du pays « où se rencontrent l’Europe et l’Asie » construirait un nouveau quartier dédié à l’Expo, sous la forme d’un « village en étoile », si le pays était retenu pour 2025. Denis Manturov, ministre de l’industrie de la Fédération de Russie, avait lui aussi fait le déplacement à l’AG du BIE pour promouvoir la candidature de la ville d’Ekaterinbourg. La ville située dans l’Oural compte convaincre sur son thème « Changer le monde : innovations et qualité de vie ». Il s’agirait de donner une grande place à l’étude des impacts des nouvelles technologies « sur l’avenir de l’humanité » dans le cadre du projet d’Expo en Russie.

La Russie espère également confirmer avec cette Expo sa stature de nation organisant les grands rendez-vous mondiaux, « après les JO de Sotchi, la prochaine Coupe du monde de football, notre pays a toutes les raisons d’accueillir pour la première fois l’Expo » a plaidé le ministre. La ville d’Ekaterinbourg, de part sa position entre Asie et Europe « possède le meilleur des deux traditions » a également ajouté la directrice du Ballet national russe Ilze Liepa. Rendez-vous dans un an pour connaître le choix du BIE.

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