Peu avant neuf heures ce mardi matin, les caméras et les appareils photo se font nombreux devant le Palais de Justice de Bobigny. Ce comité d’accueil attend les acteurs du procès « pour viols et agressions sexuelles », accusations dont font l’objet Georges Tron, l’actuel maire de Draveil et Brigitte Gruel, une ancienne maire adjointe. Soudain, les flashes se mettent à crépiter, signe que les principaux protagonistes de la journée font leur apparition. Et ceux-ci effectuent leur arrivée au compte-gouttes. Tout d’abord, ce sont les plaignantes, Virginie Faux et Eva Loubrieu, qui font leur entrée dans le tribunal. Accompagnées de leurs avocats respectifs, toutes deux entrent directement dans la salle d’assises numéro 1, lieu au sein duquel va se dérouler le procès. Celles-ci sont suivies quelques instants plus tard par les accusés. Tout d’abord, Brigitte Gruel apparaît totalement masquée. Sous un grand chapeau, une écharpe lui cache le visage tandis que de larges lunettes noires lui dissimulent son regard. Puis c’est au tour de Georges Tron de faire son apparition. L’homme, suspecté de viols et d’agressions sexuelles sur les deux plaignantes au même titre que Brigitte Gruel, affiche cependant une toute autre allure. Visiblement confiant, costume tiré à quatre épingles, ce dernier s’avance d’un pas assuré vers les premiers rangs, pour s’asseoir non loin de son avocat, un certain Eric Dupond-Moretti. Il est 9h47, cette affaire jugée aux assises peut enfin s’ouvrir.

Une défense déjà offensive

Bien que confiante, la défense du binôme Tron/Gruel ne tarde pas à sortir les crocs. Après la nomination du jury populaire, où les avocats auront récusé quatre personnes – des femmes –, le ton monte une première fois à la lecture du rapport du président. En pleine lecture des motivations de la chambre d’instruction qui a ordonné le renvoi aux assises, celui-ci se fait couper le sifflet par Me Dupond-Moretti. « Monsieur le Président, vous passez trop de temps sur les motivations de la chambre d’instruction, alors que vous ne vous étendez pas autant sur le non-lieu dont ont bénéficié mes clients, s’égosille-t-il. Le but de cette présentation est de dire quelles sont les raisons qui conduisent cet homme (G.Tron) et cette femme (B.Gruel) à être ici. Le tout doit être fait de manière concise », fait remarquer l’avocat qui sous-entend que les débats peuvent être déjà indirectement orientés par cette présentation. « Rassurez-vous, je ne tronque pas les débats. Nous aurons le temps d’en reparler », rétorque du tac au tac le président de la cour sur un ton sec. Il y a de la tension dans l’air, et cette joute verbale ne devrait pas être la seule de la quinzaine.

La défense pointe du doigt aussi le rôle de l’association contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) qui s’est portée partie civile aux côtés d’Eva Loubrieu et de Virginie Faux. Outre ce statut, l’AVFT était aussi appelée à comparaître comme témoin. « Soit elle est partie civile, soit elle est témoin. Elle ne peut pas être les deux », lance Eric Dupond-Moretti. Après une interruption de séance, la cour clarifie le statut de l’association, elle ne sera que partie civile. « Je ne m’attendais pas à ça, même si ce n’est pas étonnant, souffle Me Alexandre-M. Braun, avocat de la partie civile, lors d’une suspension de séance. Ils disent qu’ils sont très sereins. Pourquoi sont-ils si agressifs alors ? ». Le ton est donné.

Trente ans de passion autour de la réflexologie

Vient enfin l’un des premiers temps forts de ce procès : la présentation de la personnalité des accusés. Et c’est d’abord Georges Tron qui se prête au jeu des questions/réponses sur son curriculum vitae. Vie privée, vie publique, bref tout y passe. Le sexagénaire revient ainsi sur sa jeunesse et sur sa scolarité qu’il juge « bonne », sur son « tropisme littéraire » et sur ses études de droit, avant d’en dire plus sur son parcours : « Mon parcours professionnel a été celui que j’ai choisi », confie-t-il. Fier de sa trajectoire professionnelle, celui-ci décrit successivement les différents postes qu’il a occupés. Questeur au Conseil de Paris, chef de cabinet d’Edouard Balladur d’abord comme ministre des Finances, puis comme Premier ministre. Puis en 1993, Georges Tron décide de franchir le pas en se présentant aux suffrages des électeurs. D’abord la députation qu’il gagne en 1993, avant d’être réélu en 1997, 2002 et 2007. Puis à la mairie de Draveil dont il est le locataire depuis 1995, avant d’être nommé secrétaire d’Etat en charge de la Fonction publique en mars 2010. « Depuis 2003–2004, j’avais pris en charge à l’Assemblée nationale le dossier de la fonction publique. Dans le cadre de la réforme sur les retraites lancée par Eric Woerth, il fallait quelqu’un pour l’aider sur la question de la retraite de la fonction publique, c’est comme cela que j’ai été nommé », explique Georges Tron. Le décor est ainsi planté.

Georges Tron pratique la réflexologie plantaire depuis 30 ans (JL/EI)

Georges Tron pratique la réflexologie plantaire depuis 30 ans (JL/EI)

« Pouvez-vous nous expliquer dorénavant comment avez-vous fait connaissance de la réflexologie plantaire », lui demande alors le président de la cour. Sujet sur lequel l’ancien secrétaire d’Etat répond sans sourciller, avec calme. « Je suis un passionné de sport et surtout de la montagne. Cette passion m’a conduit à connaître de nombreuses blessures. C’est après une grosse entorse dans les années 1980 que j’ai découvert cette médecine alternative ». Et la mayonnaise va vite prendre entre l’homme et cette médecine dite « complémentaire ». Après en avoir appris les détails, il va monter une association pour faire connaître cette pratique en 2000. Parallèlement à cela, il se définit comme « précurseur » à l’Assemblée nationale en médecine complémentaire. « J’ai constitué l’un des premiers dossiers sur ce sujet dans l’Hémicycle », résume-t-il.

Cette passion, Georges Tron l’exerçait d’abord auprès des siens de manière privée. Mais rapidement, il va faire partager son savoir sur la réflexologie plantaire. « Souvent, des personnes venaient me voir au cours de permanences et me parlaient de réflexologie, sachant que j’en suis un expert », note ce dernier. « Durant plusieurs années, je n’ai eu aucun problème. Aucun problème avant le 24 mai 2011 et après par ailleurs ». Car c’est à cette date précise que les choses basculent pour le maire de Draveil. Cette date coïncide avec le dépôt des plaintes de Virginie Faux et d’Eva Loubrieu pour une session de réflexologie qui aurait dérapé.

« Un outil pour me nuire »

« Cela a été détourné », tonne l’accusé. « Depuis le milieu des années 1990, cette pratique à laquelle je me prêtais était connue de tous. J’avais pignon sur rue dans cette pratique. Certaines personnes ont fait en sorte que la réflexologie plantaire devienne un outil pour me nuire », indique Georges Tron qui s’est dit « naïf » à ce sujet. Directement visées par ces accusations, les deux plaignantes. Celles-ci ont décrit dans leurs dépositions respectives que l’homme leur aurait « imposé des pénétrations digitales vaginales » après un massage des pieds. Des faits que l’intéressé balaie d’un revers du bras. Dans son argumentaire, celui-ci se prête d’ailleurs à de la sémantique. « La réflexologie plantaire n’est pas un massage. Il s’agit d’identifier des zones et des points de pression sur le pied, alors qu’un massage couvre un muscle et une zone plus étendue. Il n’a jamais été question de cela », se justifie l’édile.

Suite à ces accusations de la part du binôme Loubrieu et Faux, Georges Tron avait dû démissionner de ses fonctions de secrétaire d’Etat en mai 2011. Toutefois, celui-ci n’a pas lâché la mairie de Draveil. « Le contexte politique sur ma commune était différent. Depuis 2009, des membres de la famille Le Pen sont venus sur Draveil. Nous n’étions plus dans un débat politique, mais dans un climat de haine. Je n’allais pas leur faire le cadeau de leur laisser la ville », relate Georges Tron, dont les avocats pointent ainsi du doigt un complot fomenté contre sa personne par le Front national draveillois. Dossier qui fera l’objet de plus grands débats dans les prochains jours.

« J’ai tenu grâce à ma famille, mes amis, mes adjoints et mes administrés qui ont fait bloc derrière moi, ajoute l’accusé. La preuve en est, j’ai fait de meilleurs scores lors des élections après la parution de cette affaire ». Georges Tron a donc réussi à remporter les suffrages de sa population. En fera-t-il autant avec les jurés ? Ce mercredi, ce sera au tour des plaignantes d’en faire de même en présentant leur histoire à la barre.