« Vous me permettrez de faire une intervention plus longue et plus fournie que d’habitude, mais pour la présentation du budget le 18 décembre prochain, je serai absent ». C’est sur un ton quelque peu caustique que Georges Tron lançait alors cette phrase lors de sa prise de parole au sujet du rapport d’orientation budgétaire du Conseil départemental en séance publique le 13 novembre dernier. Une phrase lourde de sens, car outre une absence, cette dernière fait notamment référence au procès dont il fait l’objet du 12 au 22 décembre. En effet, le maire Les Républicains de Draveil est attendu à partir de ce jour devant la Cour d’assises de Bobigny. Lieu au sein duquel le sexagénaire siège sur le banc des accusés, soupçonné de « viols et agressions sexuelles » par d’anciennes collaboratrices qui prennent aujourd’hui place dans la partie civile. Georges Tron n’est toutefois pas le seul à figurer sur le banc des accusés, puisque son ancienne adjointe chargée de la culture à la mairie de Draveil, Brigitte Gruel, est également suspectée des mêmes chefs d’accusation. Rappel des faits.

Un non-lieu finalement infirmé

Georges Tron et sa dite « complice » devront ainsi répondre aux accusations portées par deux anciennes employées de la mairie de Draveil, à savoir Virgine Faux et Eva Loubrieu, qui dénoncent depuis 2011 « des agressions sous couvert de réflexologie ». De cette pratique – la réflexologie plantaire – qui consiste notamment en un toucher spécifique sur des zones qui permettrait ainsi de localiser et dissiper les tensions afin de rétablir l’équilibre du corps, Georges Tron ne s’en est jamais caché. « Cela fait 30 ans que je pratique la réflexologie, confirmait dans un entretien au JDD l’édile draveillois. Je précise que cela n’a rien à voir avec le ‘massage’, il s’agit de points de pression sur le pied qui rassemble 7 200 terminaisons nerveuses ».

Quoiqu’il en soit, les faits relatés par les deux plaignantes, à savoir « atteintes et pénétrations sexuelles » en 2011, ont entraîné l’ouverture d’une enquête. Alors secrétaire d’Etat en charge de la fonction publique au moment du dépôt de cette plainte, Georges Tron, en poste depuis le 22 mars 2010, a été contraint de démissionner à la demande du Premier ministre de l’époque, François Fillon. Celui-ci est finalement placé en garde à vue avec Brigitte Gruel le 20 juin 2011. Quelques heures après ce passage entre les mains de la police, l’ancien proche d’Edouard Balladur est mis en examen pour « viol en réunion » et est placé sous contrôle judiciaire. D’autres plaintes contre le maire de Draveil vont venir s’ajouter à celles des Mesdames Loubrieu et Faux, comme celle d’une ancienne collaboratrice, Lucile Mignon, qui porte plainte pour harcèlement moral en 2011.

Cette affaire, bien que pas encore instruite par les magistrats, ternit quelque peu l’image de l’ancien ministre, si bien qu’il est battu en juin 2012 dans sa quête de réélection comme député par le socialiste Thierry Mandon dans la neuvième circonscription de l’Essonne.

Après cet épisode politique, la justice revient toquer à la porte de l’élu. Les juges d’instruction prononcent ainsi un non-lieu en sa faveur le 10 décembre 2013 (lire dans nos archives). Mais un an après quasiment jour pour jour, ce même non-lieu est finalement infirmé par la Cour d’appel de Paris qui finit par renvoyer les accusés devant les assises pour « y répondre de crimes et délits connexes ».

L’esquisse d’un « complot politique » ?

Georges Tron qui depuis a été réélu maire de Draveil en 2014 et conseiller départemental en 2015 comparaît libre à ce procès. Outre Maître Schnerb, il sera notamment défendu par Eric Dupond-Moretti, réputé pour le nombre record d’acquittements qu’il a obtenus ces dernières années. Celui-ci ira donc plaider la cause de l’élu essonnien en Seine-Saint-Denis, au tribunal de Bobigny. Un lieu qui n’a pas été choisi au hasard comme le confirme le parquet général de Paris. « Le dépaysement de l’affaire vers la juridiction de Seine-Saint-Denis, en raison de la qualité de personnalité locale de Georges Tron qui aurait été susceptible d’entacher la sérénité des débats à l’audience, a été décidé courant 2015 ».

La défense du maire de Draveil et de son ancienne adjointe devrait être très politisée. En effet, depuis les premiers remous occasionnés par cette affaire, Georges Tron pointe du doigt « un complot politique » fomenté contre sa personne et il serait la cible « des attaques organisées par des membres de la famille Le Pen habitant Draveil ». Les jurés auront ainsi neuf jours pour trancher sur ce dossier, tout en faisant abstraction du contexte actuel, marqué par la multiplication des révélations sur le harcèlement. La peine encourue pourrait aller jusqu’à vingt ans de réclusion.