Mulhouse, Bourges, Nice, Evreux, Montluçon… Ce jeudi 7 décembre, on venait de toute la France pour manifester devant les portes du siège social de Carrefour à Massy. « Nous avons fait le voyage ce matin en train et en car », indique d’ailleurs l’un d’entre eux qui dit travailler dans un hypermarché en Alsace. « Il était vraiment important d’être là. Ce plan social qui se dessine, c’est une vraie boucherie ! », finit-il par lancer. En effet, depuis l’accession d’Alexandre Bompard à la tête de Carrefour l’été dernier, un plan de transformation du groupe est dans les cartons. Initialement prévu pour être présenté fin novembre, ce dernier sera finalement communiqué le 23 janvier prochain. Par le biais de ce projet, l’enseigne qui compte aujourd’hui 117 000 salariés dans l’Hexagone devrait proposer une restructuration profonde (lire notre article – Abonnés)

Reportage vidéo Shéhérazade Hamidi/Essonne Info

Au menu de ce projet figure notamment la question du maintien de l’emploi. La CGT craint ainsi la suppression de près de 5 000 emplois, dont près d’un millier pour l’unique siège massicois. « La direction est dans l’accentuation de l’automatisation, lâche un délégué syndical d’un hypermarché de Mulhouse. L’idée est de remplacer un maximum de caissiers par des caisses automatiques. Le problème, c’est que ces postes sont souvent occupés par des femmes monoparentales, qui touchent des salaires très faibles. Les priver de ce revenu les plongera encore plus dans la précarité », déplore ce dernier. « Aujourd’hui, on demande à une personne de faire le travail de quatre salariés », ajoute un autre.

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Même constat pour leurs homologues de Montluçon qui pointent du doigt la location-gérance. « C’est un concept que le groupe a lancé sur les Carrefour market. Et maintenant, ils veulent le transposer aux hypermarchés. En gros, l’espace musique/DVD de Carrefour pourrait être loué à des entreprises comme la Fnac. Carrefour va devenir une agence immobilière plus qu’une entreprise commerciale. On est vraiment dans une logique de rentabilité, c’est affligeant », s’insurge l’un d’eux.

Le conflit social pourrait se poursuivre encore quelques semaines (JL/EI)

Le conflit social pourrait se poursuivre encore quelques semaines (JL/EI)

Des inquiétudes qu’une délégation syndicale a pu présenter à la direction en fin de matinée. « Nous avons été reçus. Ils ont pris note de nos revendications, à savoir redevenir une entreprise commerciale mais pas financière, révèle Philippe Allard, délégué syndical central. Le problème, c’est que nous avons été reçus par le directeur des relations sociales du groupe, et il ne s’agit pas d’un décideur ». Les organisations syndicales attendent ainsi « du mouvement » de la part de la direction. « Si rien ne bouge, nous poursuivrons les mouvements sociaux dans les différents hyper de France, assure Philippe Allard. Sans doute avant Noël ». « Depuis 20 ans que je travaille dans cette boîte, je n’ai jamais vu un tel mouvement prendre forme. L’union fait la force ! », scande ainsi ce dernier.

Contactée au sujet de ce mouvement social qui a réuni plus de 200 personnes ce jeudi, la direction du groupe Carrefour a assuré « qu’aucune réponse ne serait donnée pour le moment » les concernant.