C’est l’histoire d’un terrain de 5 000 m² dans le centre-ville de la petite commune de Boutigny-sur-Essonne. Un terrain légué par les héritiers de l’ancien maire Pierre Siriex qui fut élu au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Inutilisé par la municipalité depuis qu’elle en est propriétaire, le terrain Siriex s’est subitement invité dans la pile de dossiers que les élus doivent traiter. Et c’est d’ailleurs sur le devenir de ce terrain que les différents membres du conseil municipal s’écharpent depuis quelques mois. Et une fois n’est pas coutume, c’est au sein même de la majorité que les divergences sont les plus marquées. Si bien que suite à différentes réunions autour de l’avenir de cette propriété, le conseil municipal a explosé. Sur 23 membres, 17 ont décidé de rendre leur mandat, entraînant ainsi la chute de l’équipe municipal et du maire en place, Daniel Denibas. Ce cas de figure a donc engendré de nouvelles élections municipales qui se tiendront les 3 et 10 décembre prochains en cas de second tour.

Le terrain Siriex : info ou intox ?

« Le sujet du terrain Siriex, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », affirme pour sa part Matthieu Delcambre. Ce dernier n’est autre que le directeur de campagne de Patricia Bergdolt, ancienne adjointe aux affaires sociales de Daniel Denibas. Cette dernière, offusquée par les tournures que prenait le dossier de ce fameux « lopin de terre » s’est ainsi portée tête de liste et affrontera le maire sortant dans les urnes le 3 décembre prochain. Aujourd’hui présent sur la liste de Patricia Bergdolt, Matthieu Delcambre donne sa version de l’histoire. « Sur le devenir de ce terrain, il y a eu des décisions solitaires de la part du maire. La concertation avec les élus n’a pas eu lieu. Et un jour, nous avons découvert que le terrain était voué à accueillir 41 logements sociaux après cession du terrain par la commune à un bailleur social, Essonne Habitat. Nous avions la sensation que tout était déjà joué d’avance. Tout le monde s’est pris une claque », résume ce dernier. Et pour les membres de la majorité, cela ne s’arrêterait pas là. « Nous avons posé des questions au bailleur et à l’architecte et nous avons découvert qu’ils travaillaient sur le dossier depuis près de deux ans. Encore une fois sans même nous prévenir !, lance Matthieu Delcambre. Du coup, nous avons demandé au maire qu’il revoit sa méthode et qu’il nous donne des explications, mais nous n’avons pas eu les retours escomptés ». Faute d’inversion de la vapeur, dix-sept membres du conseil ont donc démissionné le 13 octobre.

Du côté du maire sortant, le son de cloche est tout autre. « Tout ce qu’ils racontent ne sont purement et simplement que des mensonges », tonne Daniel Denibas. Le premier édile de la ville donne lui aussi sa version de cette histoire. « Le bailleur est venu vers nous au moment de l’entame de la révision du PLU (Ndlr : plan local d’urbanisme) en 2014. Celui-ci nous avait alors présenté un projet avec 21 logements sociaux. Puis, lors du vote du PLU en avril 2017, il est revenu vers nous pour nous proposer un programme avec 41 logements. Mais rien n’était signé, rien n’était engagé », se justifie le maire.

Chacun avance ses arguments, mais rien n’y fait, les deux camps de l’ancienne majorité municipale font ainsi bande à part. Pierre Gérard, ancien membre de l’opposition municipale et démissionnaire en octobre dernier apporte également sa vision sur ce dossier visiblement épineux. Ce dernier prend un peu plus de hauteur. « Pour moi, à la présentation de ce dossier, à aucun moment je n’ai pensé que tout était déjà joué. Je pensais que les lignes pouvaient encore bouger. Mais il est vrai que c’était un peu opaque », estime celui qui est également candidat pour le siège de maire.

Logements ou pas logements ?

Outre des défauts de communication, le groupe de Patricia Bergdolt annonce être en « opposition totale » avec le projet présenté en septembre dernier. Comme le rappelle Matthieu Delcambre, le terrain Siriex « a vocation à profiter aux habitants de la commune ». Des propos que confirme le maire de la ville : « Le terrain a été donné avec l’ambition d’y faire du social ».  Mais justement, le fait de voir plus de 40 logements débarquer sur ce terrain pose problème pour les proches de Patricia Bergdolt. « C’est une population fragile et précaire qui occupera ces logements. Seulement, la commune ne bénéficie pas d’équipements de qualité pour les suivre », commente Matthieu Delcambre, avant d’ajouter : « Ça apportera 80 véhicules de plus dans une rue déjà chargée. Il y a d’autres façons de faire du social ». Cette liste souhaite ainsi poser la question de l’avenir du terrain par le biais de réunions publiques. Ils estiment que ce secteur pourrait accueillir un relais d’assistantes maternelles, une aire de jeux pour enfants et pourquoi pas une structure petite enfance, « qui fait d’ailleurs cruellement défaut à la commune », explique le directeur de campagne de Patricia Bergdolt.

Une vision que partage en partie l’opposant Pierre Gérard. « La vie sociale et culturelle est totalement inexistante à Boutigny, révèle-t-il. Je ne suis pas pour le tout logement, mais nous avons besoin de construire. Après, est-ce mieux de le faire sur ce terrain où ailleurs, cela reste à étudier ».

Enfin, le maire sortant persiste et signe. « Pour le moment, il n’y a toujours pas de projet sur ce terrain. Toutefois, je peux m’avancer et dire qu’on ne peut pas en faire un parc, car c’est un lieu qui est entouré par des maisons », renseigne Daniel Denibas.

Qui siègera à la mairie ? (JL/EI)

Qui siègera à la mairie ? (JL/EI)

Un coup monté ?

Ainsi, le maire de la commune y voit une opération lancée contre lui. « C’est un coup monté !, scande ce dernier. C’est l’appétit du pouvoir qui a motivé ces démissions ». Du côté de ses anciens adjoints, aujourd’hui adversaires dans cette campagne, on nie ces propos. « Le maire s’est enfermé dans une bulle et cela a commencé avant l’histoire du terrain Siriex. Nous avons noté une accélération des décisions solitaires du maire depuis l’hiver dernier », reprend Matthieu Delcambre. Ce dernier prend ainsi l’exemple des rythmes scolaires. « En juin, à l’issue d’un conseil municipal, le maire a décidé d’un retour à la semaine des 4 jours, contre 4,5 aujourd’hui et la suppression des NAP (Ndlr : nouvelles activités périscolaires). Sans nous concerter. Du coup, la majorité l’a désapprouvé une première fois ».

« L’ensemble du corps enseignant et des parents étaient d’accord à 70%. C’est pour cela que j’ai mis ça au vote. Tout le monde était au courant de cette volonté », répond Daniel Denibas, qui cherche à prouver sa bonne foi. « On me dit que je ne suis pas dans la communication, mais j’ai organisé des réunions tous les quinze jours. Réunions au cours desquelles 6 adjoints étaient conviés. Chacun pouvait parler à sa convenance », résume ce dernier.

Pour sa part, Pierre Gérard vient en quelque sorte en soutien du maire sur cette question. « La majorité a trahi son maire, plus que l’inverse », lâche-t-il, avant de conclure : « Cette élection va permettre de faire le ménage ». Réponse le 3 décembre ou le 10 en cas de second tour.