Les discussions concernant la fermeture de l’hôpital de Juvisy continuent d’aller bon train. Si le projet de fusionner les hôpitaux d’Orsay, de Juvisy et de Longjumeau pour en construire un nouveau qui sera tourné vers l’ambulatoire, sur le plateau de Saclay en réjouit certains, d’autres voient d’ores et déjà une désertification médicale sur plusieurs territoires limitrophes. Les maires de Savigny-sur-Orge, Paray-Vieille-Poste, Juvisy, Athis-Mons, Viry-Châtillon et le député de la 7e circonscription de l’Essonne Robin Reda, se sont réunis le 24 novembre dernier pour discuter avec les citoyens concernés par ces changements à prévoir dès début 2018. En amont et en aval, les réunions s’enchaînent entre les associations et les maires et la situation se dégrade : « Il n’y a plus de chirurgien ni de maternité à l’hôpital de Juvisy depuis 2009, la situation est urgente », explique le docteur Fossé, créateur de la maison de santé à Juvisy.

Notre dossier sur le groupement hospitalier de territoire Nord-Essonne (GHT)

Le « grand rassemblement » annoncé deux semaines auparavant se déroulait donc ce vendredi 24 novembre dans la petite salle des Travées de Juvisy. L’espace affichait salle comble. Sur les murs de cette dernière, une banderole accrochée annonçait la couleur : « On ne fera pas une croix sur nos urgences » était-il écrit. Médecins, riverains et associations, avait répondu au rendez-vous afin de débattre de ce sujet houleux. On le sait, l’hôpital de Juvisy-sur-Orge est en difficulté structurelle avec dans le passé un redressement financier ainsi que la fermeture de deux services importants, la maternité et la chirurgie. Notons que d’après les chiffres donnés par Robin Reda durant la réunion, il y a 30 000 passages aux urgences par an et environ six passages aux urgences chaque nuit. La première annonce est claire de la part des élus : « l’hôpital de Juvisy doit avoir plus de moyens pour que ce dernier puisse fonctionner jusqu’à sa fermeture ». À sa fermeture en 2021, un dispensaire est prévu pour qu’il soit ouvert en journée aux horaires de bureau, encore une fois, l’annonce est plutôt claire, mais la structure telle que présentée est loin de satisfaire les élus présents, « le dispensaire doit être ouvert 7j/7 et 24h/24 pour qu’il puisse répondre aux nécessités des habitants de la ville de Juvisy-sur-Orge et des territoires limitrophes », indique Michel Perrimond maire de Juvisy.

Une fois le micro passé aux personnes qui se sont rendus au grand rassemblement, les échanges se tendent. Michèle Plottu présidente du comité de défense des hôpitaux de Juvisy, Longjumeau, Orsay s’adresse directement à Robin Reda, « Monsieur Reda, comme Maire de Juvisy, vous avez siégé, puis comme Député vous siégez actuellement comme personnalité qualifiée, au Comité de surveillance de l’hôpital. Vous vous êtes abstenu où y avez voté toutes les décisions entraînant la fermeture de l’Hôpital de Juvisy », dénonce Michèle Plottu. La réponse de ce dernier ne se fait pas attendre, « nous sommes ici réunis pour la même cause, nous défendons l’hôpital de Juvisy et nous laisserons pas tomber cette cause importante ». Continuant son appel, Michèle Plottu pointe du doigt l’Agence régionale de santé (ARS) déjà épinglée auparavant par les élus, « le projet de l’ARS est de construire un hôpital high-tech de 361 lits contre 1 050 pour les trois hôpitaux actuels. Cet hôpital chic est destiné à valoriser le futur Cluster international du plateau de Saclay ce qui n’a rien à voir avec les besoins des habitants d’Athis, Juvisy, Savigny et Viry. ». La salle semble en accord, les habitants de ces villes le font savoir par leur chuchotement d’acquiescement et leurs applaudissements. La pétition « non à la fermeture des hôpitaux de Juvisy Longjumeau Orsay » que le comité a lancée a recueilli plus de 28 660 signatures. Son action n’est pas terminée puisque dans le Nord Essonne huit groupes locaux se préparent à des assises locales de la santé pour mettre en valeur les demandes des citoyens concernés. Elle termine par pointer du doigt la croissance des cliniques privées, « Il ne faut pas être mi-figue, mi-raisin, il faut des services publics, pas une clinique privée qui demande la carte bleue avant la carte vitale ».

C’est au tour du médecin vacataire, intervient de temps en temps à l’hôpital et créateur de la maison de santé à Juvisy, le docteur Fossé, de prendre la parole pour cette fois-ci parler des relations avec les patients. « Nous aimons nos hôpitaux, on tient à nos patients de l’hôpital. Il faut des médecins, des équipements performants sinon on va devoir renvoyer les gens très loin », explique-t-il avec émotion. Concernant l’ARS, le constat est le même pour le docteur Fossé, qui dénonce à son tour le rôle de l’organe de santé dans les fermetures des hôpitaux. «  Lors d’un rendez-vous avec des représentants de l’ARS et Robin Reda, l’un d’eux nous a confié, peu avant l’entretien, « vous êtes dans la mouise », c’est une politique de soin délirante ». Interrogée par Essonne Info, l’ARS Île-de-France, sous le feu des critiques, nous déclare : « nous partageons les mêmes préoccupations que les élus pour le maintien sur le site de Juvisy d’une réponse aux besoins de soins non programmés de la population. Dans le cadre du plan de renforcement de l’accès territorial aux soins présenté par le 1er ministre et la ministre de la santé, l’ARS travaille avec l’hôpital et les médecins libéraux pour concevoir sur Juvisy une réponse mixte libérale/hôpital pour répondre aux besoins de la population, qui soit supérieure à un service des urgences. Par ailleurs, l’ARS rencontrera prochainement les élus pour un point sur l’avancée des travaux. » Si les premiers coups de pioche concernant la construction de l’hôpital à Saclay sont prévus pour 2020, les différents collectifs n’en démordent. Ceux-ci souhaitent contrecarrer les plans d’un projet que certains définissent comme « bien ficelé » en amplifiant la « grogne ».