La ville de Marcoussis a décidé de se mettre au vert. En effet, déjà adepte du circuit court, d’une ferme agro-écologique et d’une conserverie notamment, la municipalité a décidé de « recycler » l’un de ses terrains dits « dégradés ». « Il s’agit du terrain des Arrachis, avance Olivier Thomas, le maire de Marcoussis. C’est un terrain d’une superficie de de 46 hectares inexploitable niché au nord-ouest de la jonction entre l’A10 et la Francilienne, en bordure des voies du TGV ». Cette ancienne carrière au-dessus de laquelle passent de nombreuses de lignes à haute tension va enfin « avoir un usage », reprend l’édile. D’ici fin 2020, une partie de cet espace devrait être recouvert de panneaux photovoltaïques. Plus précisément, sur les 46 hectares de terres, 14 seront équipés de panneaux solaires, répondant au nombre pharaonique de 62 000 unités. « A cela, il faut ajouter les différentes installations ou encore le câblage », renchérit Pascal Le Duc, chargé de la direction du développement photovoltaïque à La compagnie du Vent, une filiale d’Engie, en charge de la gestion des panneaux. « Au final, 25 hectares du site seront occupés ». Cette occupation fera de la ferme solaire de Marcoussis le plus grand parc de panneaux photovoltaïque de l’Ile-de-France.

Mais avant de poser le moindre panneau, la municipalité et Engie doivent encore attendre quelques mois. En effet, ils n’en sont encore qu’à l’étape de l’appel d’offre. « Le projet est estimé à 20 millions d’euros. Le Sigeif (Ndlr : Syndicat intercommunal pour le gaz et l’électricité en Île-de-France) s’est engagé à en financer 40%, indique Jean-Jacques Guillet, président du syndicat. Nous sommes là pour impulser le tout ». Engie et la commune sont également de la partie. « Nous espérons que d’autres acteurs viendront se joindre à cette boucle comme la Région », reprend le président du Sigeif. Au terme de l’appel d’offre, un financement participatif sera également mis en place au cour duquel les habitants de Marcoussis et les personnes intéressées par les énergies renouvelables pourront faire des dons. « Il s’agira d’une petite somme », rassure Olivier Thomas à ce sujet. « Il n’est pas question que la population assume à elle seule une part importante du financement », confirme Pascal Le Duc. « C’est un investissement très lourd, certes, mais il sera largement recouvert d’ici trente ans », conclut Jean-Jacques Guillet sur ce point.

Les autres étapes du calendrier verront le dépôt du permis de construire intervenir à la mi-janvier et il sera suivi par un dépôt de dossier en décembre 2018 auprès de la Commission de régulation de l’énergie, la CRE. Sa mise en service industrielle est quant à elle prévue pour la toute fin 2020.

Le projet (Engie)

Le projet (Engie)

Ainsi, ce projet concurrence presque les installations présentes dans le sud de la France. Généralement, les panneaux solaires sont souvent installés au sud de la Loire et rares sont les parcs qui voient le jour au nord de cette ligne. « Si l’Allemagne le fait dans le nord, pourquoi pas nous ? » lance le maire de Marcoussis. De surcroît, cette implantation en Ile-de-France n’est pas anodine. « La région IDF est celle qui consomme le plus d’énergie, mais parallèlement, c’est également elle qui en produit le moins, souligne Jean-Jacques Guillet. La région importe quasiment tout des centrales nucléaires situées en périphérie rurale ». Mais pour l’instant, il n’est pas question de pouvoir alimenter tous les foyers. Car la ferme solaire ne pourra produire à termes que l’énergie dépensée par 11 400 personnes, soit déjà plus que la municipalité de Marcoussis et ses 8 000 âmes. En effet, les 62 000 panneaux solaires installés produiront 17 mégawatt puis monteront jusqu’à 24 mégawatt. Etant donné que le soleil est moins présent qu’au sud de la France, la production sera moins élevée que d’habitude sur ce genre de parc.

Une partie du terrain aujourd'hui (JL/EI)

Une partie du terrain aujourd’hui (JL/EI)

La ville de Marcoussis sera donc la première ville de la région à accueillir des panneaux solaires sur un tel terrain. « C’est un objectif régional pour couvrir toute l’île de France, pas seulement Marcoussis. Ce n’est pas non plus politique, cela s’inscrit réellement dans un projet d’énergie renouvelable, explique Jean-Jacques Guillet. Nous espérons que d’autres sites comme celui-ci verront le jour dans la région ». Pour rappel, la loi sur la transition énergétique soutenue par Nicolas Hulot prévoit une sortie du nucléaire pour 2030.

Enfin, pour rester dans la catégorie « énergies renouvelables », des moutons seront là pour s’occuper de l’entretien du terrain. Les différentes parties sont tombées d’accord pour favoriser l’écopâturage. Exit donc tondeuse à gazon et autres machines de ce genre, bref, Marcoussis inscrit dans le marbre son engagement dans la transition énergique.