Des trottoirs plus larges, de nouveaux candélabres, de petits arbres présents dans des pots, une chaussée ramenée de 8 à 6 mètres, une vitesse abaissée à 30km/h, voilà quel sera le nouveau visage de l’avenue de la République de Montgeron d’ici l’horizon fin 2019. Car d’ici le mois de mars 2018, les pelleteuses et autres tractopelles prendront leurs quartiers sur l’artère principale de la commune. « C’est un projet qui tient à cœur des Montgeronnais », lance ainsi Sylvie Carillon, la maire de la commune. « C’est un projet capital pour nous. Il faut savoir que nous sommes la seule commune de l’agglomération* à ne pas avoir rénové notre centre-ville », poursuit l’édile montgeronnaise. La municipalité a donc choisi d’effectuer un lifting total d’une portion, de celle que l’on nomme également l’ancienne Nationale 6, allant de la médiathèque communale au cinéma labellisé Art et Essai, le Cyrano. Les travaux se dérouleront en trois temps. Les premiers coups de pioches interviendront sur le secteur de l’Hôtel de Ville au printemps prochain. « Nous passerons de trois à deux voies sur ce secteur », confie la maire. Ce rétrécissement de voirie permettra ainsi la construction d’un parvis devant la mairie. « Cette pièce manquait à l’Hôtel de Ville, commente pour sa part François Durovray, l’ancien maire et aujourd’hui président du Conseil départemental de l’Essonne. Ça sera également mieux pour les mariages où la moitié des gens était directement sur la chaussée », ironise ce dernier. Après la phase côté mairie, les travaux se poursuivront durant l’été du côté de la médiathèque avec l’édification d’un giratoire qui permettra un revirement sur l’avenue de la République, qui pour l’instant n’en compte aucun. « Cela va fluidifier encore plus la circulation sur cet axe », insiste la majorité municipale. Enfin, la dernière phase de travaux constituera à rénover la partie située entre la médiathèque et la mairie. « Ce sera sans doute la phase la plus dure, mais nous profiterons des vacances scolaires d’été pour impacter le moins possible les riverains  », assure Sylvie Carillon.

En plus d’un plan de circulation légèrement modifié par endroits, il s’agira aussi « d’amener plus de convivialité sur cet axe qui en manque cruellement aujourd’hui », affirme Sylvie Carillon. Outre une végétalisation de l’avenue, un nouvel éclairage public et l’enfouissement d’une partie des câbles électriques, la municipalité encourage aussi les commerçants à procéder au ravalement de leur devanture. « Une subvention est prévue pour les aider », confirme la maire de Montgeron.

Un projet que salue une partie de la population qui s’inscrit dans la modification du PLU votée l’an dernier, mais qui soulève aussi quelques interrogations chez certains. Retour sur ces points qui font débat.

Quid du stationnement et du financement?

L’une des inquiétudes des Montgeronnais porte notamment sur le nombre de places de stationnement. En effet, la municipalité annonce que le stationnement sur l’avenue sera réduit. Pour autant, la maire de la commune avance que l’offre sera « globalement maintenue » sur d’autres secteurs jouxtant l’artère principale. « Nous bénéficions de parkings souterrains qui sont bien souvent sous-utilisés. En plus de cela d’autres parkings vont être refaits comme au niveau de l’église Saint-Jacques », indique-t-elle avant de rappeler : « Actuellement, nous avons plus de stationnements que nécessaire ».

Une position que ne comprend pas l’opposition. Le membre d’En Marche Patrice Cros s’estime « extrêmement inquiet » à ce propos. « 7 000 véhicules passent chaque jour sur l’avenue. La circulation risque d’être encore plus compliquée et que dire des stationnements ». Des termes repris par le chevènementiste Christophe Joseph. « Durant les travaux, les petites rues périphériques vont connaître un report de la circulation important. Ce sera pareil pour le stationnement. Elles seront prises d’assaut par les riverains et cela durera même après les travaux ».

En plus des questions de stationnement, d’autres points chagrinent la population et l’opposition, comme le rappelle la socialiste Aude Bristot. « Quel est le coût global du projet ? Nous sommes à quelques mois du début des travaux et nous ne savons pas grand-chose à ce sujet ». Dix-huit mois de travaux, cela a un prix. « Nous avons une enveloppe prévisionnelle située entre 3 et 4 millions d’euros, révèle la maire. La municipalité ne devra financer que les trottoirs, les candélabres et les plantes. La rénovation de la route est prise en charge par le Conseil départemental. Il faut savoir que nous pouvons aussi solliciter des subventions », termine cette dernière qui attend encore le retour d’analyses des différents marchés. « Vraiment, on met de l’argent par les fenêtres. C’est l’équivalent d’Hidalgo et des voies sur berges, s’insurge Christophe Joseph (MRC). Il y a d’autres priorités à Montgeron ».

Le Monument aux Morts déplacé

Les trottoirs seront ainsi plus larges qu’aujourd’hui et atteindront 2,25m de largeurs contre en moyenne 1,70m actuellement. Certaines pièces vont notamment être déplacées. Parmi elles, nous recensons le Monument aux Morts. L’imposante sculpture qui trône aujourd’hui sur la place de Rottembourg, à l’entrée du parc du même nom, devrait prochainement être déplacée à proximité de l’église Saint-Jacques, près de l’ancien presbytère. « Un espace sera aménagé spécialement pour l’accueillir. Cela nous permettra d’avoir plus de place pour les cérémonies », précise François Durovray. « Cela permettra également d’ouvrir une nouvelle perspective sur le parc du château aujourd’hui masqué par le monument », ajoute Sylvie Carillon.

Le Monument aux Morts trônant place de Rottembourg

Le Monument aux Morts trônant place de Rottembourg

Un transfert qui n’est pas au goût de tout le monde. Le public présent en nombre lors d’une réunion publique consacrée aux nouveaux aménagements le 20 novembre s’est montré partagé sur ce point. Idem au sein des différentes mouvances de l’opposition, à commencer par Christophe Joseph (MRC) : « Le monument est à sa place. Ils veulent le planquer, tout ça pour avoir une perspective sur Rottembourg ». Le constat est le même pour l’ancienne proche de Nicolas Dupont-Aignan Martine Boulay. « Un temps, il était prévu de mettre le Monument aux Morts perpendiculaire à l’avenue de la République, face au mur. Cette place avait plus de sens », lâche cette dernière. Mais tous s’intéressent au prix que cette opération va coûter. Patrice Cros, qui explique qu’un déplacement de ce genre « peut se concevoir », s’en inquiète : « Est-ce que cette opération est comprise dans l’enveloppe globale ? ». Réponse de la mairie : « A ce jour, il n’y a pas eu de devis. Le coût sera un à-côté par rapport à l’enveloppe prévue pour les travaux de voirie », confie Sylvie Carillon.

Outre l’opposition communale, une pétition circule sur Internet intitulée « pour le maintien en place du Monument aux Morts de Montgeron ». « L’emplacement actuel du Monument le rend visible de tous. Chaque personne traversant Montgeron passe devant et c’est ainsi l’occasion de se souvenir de nos Morts, lit-on dans cette pétition en ligne. En déplaçant le Monument, celui-ci sera moins visible depuis l’axe principal qu’est l’Avenue de la République ». Une pétition qui atteignait une semaine après son lancement plus de 150 signataires.

Une résidence senior de luxe pour redynamiser le commerce

Ultime point de dissonance entre majorité et opposition : l’avenir de la Maison Maggio. Cette ancienne bâtisse érigée au numéro 106 de l’avenue de la République, non loin du centre commercial, va faire l’objet d’une réhabilitation. Un temps envisagée pour devenir le nouvel Hôtel-de-Ville, cette propriété est vouée à un autre avenir. « C’est un projet annexe à la rénovation du centre-ville, prévient Sylvie Carillon. Le groupe Villa Beausoleil a présenté un projet de résidence senior ». Un projet immobilier qui se veut intéressant pour la municipalité. Outre une « architecture soignée », les résidents qui habiteront sur place « n’auront pour la plupart pas de voiture, ce qui n’impactera pas le stationnement et la circulation, poursuit la maire. Enfin, cette population qui possède un gros pouvoir d’achat fera vivre le commerce local ».

La propriété Maggio au coeur d'un programme immobilier (JL/EI)

La propriété Maggio au coeur d’un programme immobilier (JL/EI)

Du côté de l’opposition, on voit une nouvelle fois les choses différemment. Du côté de Martine Boulay, on déplore la perte d’un poumon vert en plein centre-ville. « Il y a un magnifique parc qui va être détruit pour accueillir cette résidence. Quel dommage ». Son homologue Aude Bristot émet aussi des réserves à ce sujet, notamment sur la question de l’économie locale. « 130 logements de luxe pour les seniors vont voir le jour sur cette propriété. Mais ce n’est pas tout. Ils auront des services privés intégrés. Services privés qui feront concurrence aux commerces et aux services publics », déplore cette dernière qui craint pour la survie du commerce local. Une piscine, un coiffeur, un cinéma ou encore un restaurant doivent voir le jour sur place. « Il s’agira de services ouverts à tous. Et on ne peut pas parler de concurrence, rétorque Sylvie Carillon. Il ne s’agira pas d’un cinéma comme le Cyrano, mais plus une salle de projection. Idem, le salon de coiffure fera travailler les coiffeurs de Montgeron qui viendront faire des prestations sur place. Donc cela fera vivre le centre-ville ».

Le permis de construire de cette résidence de luxe pour seniors devrait être déposé durant le premier semestre 2018, durant la première phase de réalisation des travaux de l’avenue de la République. Des travaux qui à terme devront notamment « conforter la vitalité commerciale », affirme la municipalité. « Restera-t-il encore des commerçants après les travaux ?, s’interroge Patrice Cros. Les travaux risquent de les achever ». Seul l’avenir le dira…