C’est une rencontre au format inédit, qui avant même d’avoir lieu, fait déjà beaucoup de bruit sur le secteur de Saclay. A l’initiative des maires opposés au métro sur le Plateau (Villiers-le-Bâcle, Saclay, Chateaufort, Magny-les-Hameaux) et leurs homologues des réseaux associatifs, une après-midi de discussion et d’échange doit mettre sur la table la délicate question des liaisons de transports, et plus largement de la mobilité sur le Plateau et vers les vallées.

« D’autres regards.. pour faire bouger les lignes » promet l’invitation, qui annonce la couleur. Car les débats devraient largement tournés autour de l’opportunité de voir se bâtir la ligne 18 du métro, qui fait partie du projet de Grand Paris express. Le calendrier de la Société du Grand Paris prévoit en effet l’ouverture de cette nouvelle ligne en 2024 d’Orly au Christ de Saclay, puis en 2030 pour la jonction avec Versailles. Une enquête publique s’est déroulée l’an dernier sur le sujet, laissant apparaître une fracture entre partisans du projet et opposants à la venue de ce mode de transports sur le Plateau.

Plus de 4000 avis avaient ainsi été rendus, faisant de la ligne 18 le projet du Grand Paris express (GPE) suscitant le plus d’intérêt, et de loin. Après la déclaration d’utilité publique du métro 18, deux recours ont été déposés pour sa partie d’Orly à Saclay, par les quatre maires réfractaires d’un côté, et le collectif Saclay citoyens de l’autre. Pendant ce temps, les pouvoirs publics locaux ont réaffirmé leur soutien à son édification, notamment dans le cadre de la candidature française à l’Exposition universelle 2025 (lire notre article).

Notre dossier sur le projet de métro 18

Deux positions irréconciliables

‎Dans un rapport publié il y a quelques semaines, la fédération des usagers des transports en Ile-de-France mettait un pavé dans la mare. En attendant les arbitrages définitifs de l’Etat, avec le nouveau gouvernement Macron, elle préconisait purement et simplement l’abandon de 2 des 4 lignes en projet dans le cadre de la double boucle du Grand Paris express, dont la ligne verte devant devenir le métro 18 sur Saclay. Face au coût global du projet GPE, il faudrait selon la structure regroupant les associations d’usagers francilien privilégier des modes de transports plus légers et insister sur la modernisation du réseau existant.

La réunion de ce 18 novembre intervient donc dans un contexte singulier, où chacun espère voir sa position confirmée après les déclarations attendues du président de la République. D’autant plus qu’elle est co-organisée avec les députés En marche des alentours. Amélie de Montchalin, députée de la 6ème circonscription et soutien fidèle d’Emmanuel Macron, a organisé sa propre rencontre il y a peu à Massy, dans laquelle des positions très éloignées avent été défendues. Une manière de prendre le pouls pour le plus haut sommet de l’Etat?

Le député voisin de la 5ème circonscription s’est également emparé du sujet depuis sa prise de fonction en juin dernier. Cédric Villani est ainsi à la manoeuvre sur l’organisation des Assises de la mobilité du Plateau de Saclay. Pour lui, « le but c’est de discuter, mettre les sujets sur la table ». Plus précisément, il confirme le souhait « de voir les anti et et les pro-métro débattre, c’est ma façon de faire, en organisant un débat respectueux, contradictoire ». Ces rencontres organisées à l’école CentraleSupelec sont donc pour le mathématicien l’occasion de « mettre tous les points de vue sur la table, cela permettra d’avoir les idées un peu plus claires. Faire la ligne 18, faire autre chose? on verra, Ligne 18, pas Ligne 18, demi Ligne 18 ». Toutes les options sont donc possibles à l’entendre..

La carte du projet de Grand Paris express de la Société du Grand Paris

La carte du projet de Grand Paris express de la SGP (DR)

La SGP finalement pas représentée

Catherine Giobelina, représentante FNE des Yvelines et partie prenante de l’organisation de la journée, n’y va pas de son côté par quatre chemins. Pour les militants associatifs, « ce qu’on attend, c’est de remettre les choses à plat, on a eu une demande des députés de comprendre le contexte, on va donc faire un exercice de démocratie, jusqu’à maintenant une seule voix se faisait entendre, celle de la SGP » plaide cette représentante. Une nuée d’experts, universitaires comme d’acteurs locaux devraient ainsi s’exprimer de 14h à 19h ce samedi après-midi.

La contradiction devrait toutefois manquer quelque peu, car la Société du Grand Paris, au départ annoncée, ne sera finalement pas de la partie. Selon Antoine Dupin, son responsable pour la ligne 18, la SGP « a pris cette décision dans la mesure où quand c’est cette réunion fut montée, nous attendions la feuille de route du gouvernement. Dans un contexte où on ne sait pas quel sera l’avenir, on n’a pas envie de développer des choses sans incitations gouvernementales ». En clair, l’institution se place en position de « prudence », en attendant « les indications des pouvoirs publics ».

Lors de sa visite fin octobre sur place, le président Macron avait laissé le territoire sur sa faim, en ne donnant que peu d’indications sur la question des transports. Il doit prochainement faire un discours sur la métropole. « Plus vite on saura, plus vite on pourra retourner dans le débat » assure la SGP. Du côté de l’EPA (Etablissement public d’aménagement), on n’a pas non plus répondu à l’invitation du député Villani. « Non nous n’irons pas, parce que c’est une démarche politique. Nous n’avons pas de position sur les sujets abordés » souffle-t-on au niveau du bras armé de l’Etat sur le Plateau.

Les partisans du métro 18 en panique

La perspective est loin d’enchanter les décideurs et principales institutions du territoire, pour qui ce métro 18 constitue l’une des figures de proue du ‘cluster’ scientifique et technologique de la frange sud du Plateau. La tenue de la réunion de ce 18 novembre a provoqué une levée de bouclier chez les soutiens à la construction de la ligne 18. La première salve est venue du monde économique, par la voix en Essonne de la Chambre de commerce et d’industrie. Dans un communiqué envoyé lundi, ses représentants « tirent la sonnette d’alarme » au sujet du projet, en réclamant « un engagement ferme de l’Etat » pour la réalisation de la ligne.

Selon la CCI, « depuis le début du mois de septembre, des incertitudes s’expriment sur le devenir et le financement du Grand Paris Express. Face à cette situation qui engendre des inquiétudes parmi les chefs d’entreprises, les élus de la CCI Essonne demandent un engagement ferme de l’Etat pour la réalisation de la ligne 18 selon le calendrier initial prévu ». Même son de cloche chez les politiques et élus du 91. L’agglomération a envoyé une missive au président de la République, lui demandant instamment de respecter les engagements de l’Etat.

Dernièrement, une association a même vu le jour, conduite par les élus comme le maire de Palaiseau Grégoire de Lasteyrie. Pour eux, « renoncer au projet ou en reporter la réalisation constituerait une erreur historique et économique majeure. Les Maires et les élus concernés ont donc décidé de se rassembler au sein d’une nouvelle association « Union des élus pour la ligne 18 » ». Pour les associatifs du Plateau comme Catherine Gobelina, l’initiative « ébranle en tout cas les politiques ». Les choses seraient à l’en croire amenées à bouger car « la SGP a ressorti une étude de trafic pour la ligne 18, ils s’affolent. ‎Un amendement de la loi Grand Paris dit d’ailleurs que rien n’est figé sur les tracés ».