Deux réunions publiques sont programmées au sujet du devenir de l’hôpital de Juvisy. Ce mercredi 15 novembre, le Comité de défense des hôpitaux, collectif où se retrouvent militants de gauche et associatifs, tient une réunion* pour lancer des « assises locales de la santé ». De leur côté, les maires des villes concernées et le député Robin Reda convient les habitants à un « grand rassemblement » le 24 novembre prochain* avec le mot d’ordre « on ne fera pas une croix sur nos urgences ».

Alors que le projet d’hôpital unique sur Saclay est sur les rails, une profonde modification de l’offre hospitalière sur le nord du département est attendue d’ici 5 ans (lire notre article). La direction du Groupement hospitalier nord-Essonne (regroupant les hôpitaux d’Orsay, Longjumeau et Juvisy) porte en effet cette restructuration, qui entrainera la fermeture des trois hôpitaux actuels, remplacés par des centres de soins de proximité. Une perspective qui ne fait pas que des heureux dans la communauté hospitalière, mais surtout auprès des habitants et certains de leurs élus.

Le secteur de Juvisy est particulièrement concerné par le devenir de l’offre hospitalière dans ce contexte. C’est dans ce bassin de vie que la contestation monte depuis plusieurs mois. La pétition en ligne contre la fermeture des hôpitaux a atteint 17 000 signataires, et le Comité de défense multiplie les actions, courriers aux instances et appels à mobilisation pour contrer le projet. La nouvelle ministre de la Santé a ainsi été saisie au début de l’été. C’est pour intensifier ce mouvement et ouvrir de nouvelles perspectives que ses membres cherchent à lancer des « assises » locales sur le sujet de la santé, pour élargir la question de l’hôpital à la médecine de ville et trouver de nouveaux moyens de lutter contre la désertification médicale.

Les maires s’en mêlent

Autre démarche naissante, celles des élus du territoire, regroupés autour du député et ancien maire de Juvisy Robin Reda, qui lancent à leur tour un appel à un « grand rassemblement » au sujet des soins de proximité. Ceux-ci ont décidé d’écrire à la ministre pour se plaindre des conséquences du projet pour leur territoire, estimant que les contreparties étaient insuffisantes à la fermeture de l’hôpital de Juvisy, annoncée pour 2021.

Si Robin Reda entend « se féliciter de la création du nouvel hôpital, en lien avec l’augmentation de la démographie », il pointe « un problème sur le bassin de vie » de Juvisy, notamment en terme de recours aux urgences. La proposition de voir se créer sur la ville un Centre de soins urgents expérimental ne réjouit pas les concernés. Avec 30 000 passages par an actuellement aux urgences, ce dispositif ne satisferait pas aux besoins. « Ce n’est pas un service d’urgence, cela va même amener de la concurrence avec la médecine de ville » juge Robin Reda. Dans leur viseur, les propositions de l’ARS et du directeur des hôpitaux qui « ne répondra pas au traumatisme des habitants par rapport à la fermeture de leur hôpital » assure Jean-Marie Vilain, le maire de Viry-Chatillon.

Un plaidoyer auquel s’est joint le Conseil départemental de l’Essonne, qui a adopté une motion en ce sens ce lundi en séance. « L’accompagnement du projet n’est pas correctement conduit par l’ARS » a reconnu François Durovray, même si selon lui, « ce projet d’hôpital sur Saclay est important ». Ce positionnement n’a pas manqué de faire réagir les membres du Comité de défense des hôpitaux : « on est très content que les maires se réveillent, si ils se mobilisent ce n’est pas plus mal, mieux vaut tard que jamais » rigole un militant local.

Pourquoi se mobiliser maintenant ?

Plus sérieusement, et dans le détail, les positions diffèrent toutefois entre le collectif et les maires. Comme le reconnait Robin Reda : « disons que ce sont deux démarches complémentaires, eux sont dans un doux rêve, celui de voir continuer l’hôpital de Juvisy tel quel, nous, nous sommes plus pragmatiques ». Avec cette interpellation, les élus espèrent en effet obtenir les moyens pour un vrai service de secours « 24h sur 24 et 7 jours sur 7, et pas un lot de consolation », tandis que le collectif a bien l’intention de tout remettre à plat.

Les élus justifient ce coup de pression envoyé au directeur de l’hôpital et à l’ARS par le fait que « la période de réserve » liée aux élections les empêchaient de s’exprimer jusque là. De son côté, Guillaume Wasmer, le directeur des hôpitaux, indique avoir « déjà pris en compte les remarques des élus » et se dit même « plutôt en phase avec leur approche ». Selon lui, le projet prévoit bien « une offre de 1er recours à Juvisy pour remplacer l’hôpital ». Commentant la mobilisation initiée par les élus, le directeur du GHNE pense que ceux-ci « veulent obtenir le maximum pour leurs citoyens ».

Pour Robin Reda, il s’agit d’une démarche d’information que les élus doivent à leurs habitants, sachant que « à aucun moment, un représentant de l’ARS n’est venu présenter le projet aux habitants et n’a eu le courage de l’expliquer ». De plus, le dossier du nouvel hôpital est actuellement en instance auprès du ministère de la santé, pour bénéficier du dispositif Copermo, ce qui lui ouvrirait les financements nécessaires pour poursuivre le projet. « C’est donc le moment opportun pour faire valoir la voix du territoire, avant qu’il ne soit ficelé » affirme le député. Alors que la direction de l’établissement a récemment informé ses personnels qu’ils devraient prochainement se serrer la ceinture, car il y a « 4 millions d’euros à trouver » pour combler le déficit, selon Guillaume Wasmer, l’incertitude devrait durer encore. La dernière étape du Copermo est attendue pour le 20 février.

  • *Réunion publique « Pour le lancement des Assises Locales de la Santé », organisée par le Comité de défense des hôpitaux du Nord Essonne – Mercredi 15 novembre à 20h, salle Pidoux de la Maduère à Juvisy
  • *Grand rassemblement des villes « On ne fera pas de croix sur nos urgences » – Vendredi 24 novembre à 19h30, salle des Travées à Juvisy
  • Notre dossier (abonnés) sur le GHT et le projet d’hôpital unique