Lundi 6 novembre, peu avant 20h30, plusieurs personnes affluent vers la salle des fêtes de la petite commune de Breux-Jouy, située entre Arpajon et Dourdan. Au menu de cette soirée, pas de spectacle culturel ou de dîner spectacle, mais un conseil communautaire.

Outre les élus de la Communauté de communes du Dourdannais en Hurepoix (CCDH), un large public prend place dans la salle du conseil. Les sièges sont rapidement pris d’assaut, si bien qu’une partie des gens est contrainte de rester debout. Pourquoi une telle affluence en ce lundi soir ? Le renouvellement de l’exécutif de l’intercommunalité, suite à la démission de sa présidente Jocelyne Guidez le 30 octobre dernier ne peut expliquer à lui seul ce soudain engouement pour la démocratie locale. En effet, plusieurs membres de ce public sont venus avec des pancartes sous le bras. Ecriteaux sur lesquels sont écrits des slogans évocateurs. « Non au Lidl ! » peut-on lire sur certaines pancartes, ou encore « CCDH : Respectez nos centres-villes ! » peut-on apercevoir sur d’autres.

Ces derniers, ce sont les commerçants de Dourdan et des alentours. Venus en nombre ce lundi soir – environ une quarantaine – ceux-ci ont fait le déplacement dans le but de manifester leurs craintes quant à la possible installation d’une grande surface au sein du Dourdannais. Une installation qui pourrait « causer la mort du commerce de proximité », résume Anthony Thiau, le gérant de la superette U Express en plein cœur de Dourdan.

« L’arrêt de mort » du commerce local ?

Car une annonce agite le tissu économique local depuis quelques semaines maintenant. L’enseigne Lidl prévoit d’ouvrir un supermarché sur le territoire de la commune de Roinville-sous-Dourdan. Avec près de 1 300 m² de locaux, l’arrivée du géant allemand spécialiste du hard discount alimentaire ne fait pas que des heureux. « En renforçant encore la présence de ces enseignes sur notre territoire cela fragilise considérablement les commerces déjà existants, poursuit Anthony Thiau. Nous disposons sur notre périmètre de nombreuses moyennes et grandes surfaces à Dourdan, Saint-Chéron et Roinville-sous-Dourdan, sans compter les zones commerciales aux frontières de notre territoire avec Etampes, Rambouillet et Egly/Arpajon. Une arrivée de Lidl pourrait nuire à l’équilibre actuel et impacter négativement le commerce local, notamment dans le centre-ville de Dourdan », présente le patron de U Express, avant de dresser un tableau assez sombre du commerce dourdannais. « Sur Dourdan, le Leader Price de la Croix Saint-Jacques, anciennement Franprix et Netto, a fermé à plusieurs reprises. Le magasin Franprix du centre-ville de Dourdan a également fermé il y a deux ans ».

Mais ce n’est pas tout, l’implantation du géant allemand sur Roinville pourrait avoir un autre effet sur les enseignes existantes. « Le magasin Intermarché a officiellement annoncé qu’il déposerait immédiatement un projet d’extension de 1200 m² tourné exclusivement sur une offre alimentaire « frais », assorti d’une ouverture dominicale automatique », souligne le dirigeant de U Express. Une crainte relayée par la maire de Dourdan Maryvonne Boquet (PS). « En prolongeant son ouverture au dimanche Intermarché fera du mal aux enseignes du centre-ville, dont U Express qui fait vivre le cœur de la commune le dimanche », commente cette dernière qui affirme « être farouchement opposée » au projet. « J’ai déjà refusé l’implantation de Lidl sur ma commune quand leur direction était venue me solliciter il y a quelques années », confie cette dernière.

Les commerçants bientôt reçus

Ainsi, nombre de commerçants étaient présents lors du conseil communautaire de la CCDH ce lundi pour espérer « une aide » sur ce dossier de la part de l’intercommunalité. « Selon moi, la communauté de communes se doit de garantir un développement équilibré de son territoire. Cela est vrai dans tous les domaines mais particulièrement en matière commerciale », écrivait alors Anthony Thiau dans un courrier envoyé aux 40 conseillers communautaires. D’où la présence en masse des commerçants du Dourdannais lors de cette séance publique.

Le nouveau président de la CCDH, Yannick Hamoignon, ici à côté de Maryvonne Boquet, recevra les commerçants prochainement (JL/EI)

Le nouveau président de la CCDH, Yannick Hamoignon, ici à côté de Maryvonne Boquet, recevra les commerçants prochainement (JL/EI)

Toutefois, le dialogue tant attendu par les commerçants n’a pu avoir lieu. La longueur des votes concernant le renouvellement de l’exécutif de la CCDH a eu raison de la quasitotalité de ces derniers. Quant aux plus courageux qui ont attendu avec leurs pancartes à la main la fin de l’ordre du jour peu avant 23h, ceux-ci n’ont pu avoir que peu d’éléments de réponse sur le dossier Lidl. En effet, durant la séance, Olivier Legois, l’ancien maire de Dourdan a posé une question relative aux entreprises et commerçants du territoire. Fraîchement élu président la CCDH, Yannick Hamoignon n’a pas souhaité s’exprimer publiquement sur ce sujet, préférant « inviter les commerçants lors des commissions intercommunales ou des séances du bureau ». « Le conseil n’est pas un lieu de débat avec l’assistance », a-t-il lancé.

Pas de discussion donc, mais un rendez-vous dans les prochains jours avec l’exécutif de la communauté de communes, de quoi satisfaire en partie les commerçants. « C’est mieux que rien », lâchent certains d’entre eux, sur un ton quelque peu dépité.

A l’issue de la séance, le président de la CCDH qui est aussi maire de la commune de Roinville sur laquelle doit naître le futur Lidl, a tenu à réaffirmer qu’il comprenait les craintes des commerçants. « Je comprends leur discours. C’est assez logique d’avoir cette réaction-là. Néanmoins, on ne peut pas imputer toute la responsabilité des problématiques dont font l’objet les commerces de proximité à l’arrivée de Lidl à Roinville. Ce n’est qu’un facteur parmi d’autres », insiste Yannick Hamoignon. Un discours auquel ne peut se résoudre Maryvonne Boquet. « Nos commerces souffrent à cause des centres commerciaux qui prennent place en périphérie de nos villes », tacle la maire de Dourdan.

En attendant d’être reçu par le bureau communautaire, les opposants au projet regarderont de près la réponse de la CDAC (Commission départementale d’aménagement commercial) qui doit se réunir le 16 novembre prochain. Celle-ci doit rendre un avis sur le permis de construire qui a été déposé il y a peu. « Si l’accord est donné, on pourrait imaginer une ouverture du magasin pour septembre », déplore Maryvonne Boquet, qui n’exclut pas d’entamer des poursuites auprès du tribunal administratif pour casser cette décision.