Il est tout juste 19h que la salle Jean Moulin de la préfecture de l’Essonne est déjà comble ce lundi soir. Elus, habitants… et représentants d’associations confondus, tous sont venus participer à ce troisième débat francilien sur « les assises de la mobilité ». Lancées par Elisabeth Borne, ministre chargée des transports, le 19 septembre dernier, ces concertations nationales ont pour but de préparer la Loi d’orientation des mobilités qui devrait être présentée au cours du premier semestre 2018. Une façon de faire jusqu’alors inédite qui, si elle a l’air de plaire, peut tout de même poser question.

« Je me réjouis de la participation qui est particulièrement importante », lance la préfète, Josiane Chevalier, en ouverture de cette soirée. « Je me réjouis aussi de la méthode choisie par le gouvernement ». A ses côtjés, Gilles-Laurent Rayssac, consultant Res Publica, chargé d’animer ces consultations en IDF, Laëtitia Romeiro Dias, députée (LREM) de la 3e circonscription, ou encore Amandine Cabrit, cheffe du service Territoire et Prospective à la Direction Départementale des Territoires de l’Essonne. « L’Essonne est un territoire de mobilité par excellence », lance cette dernière. « Ici, ce sont 1 268 000 habitants qui se déplacent de plus en plus ».

Grand Paris et RER D sous les critiques

Au menu du jour, des ateliers de travail par petits groupes afin de trouver des « mobilités plus intermodales et plus solidaires », puis une restitution des idées en vue d’éclairer le gouvernement sur les priorités de ce département. « Il y avait moins de monde lors des deux premières consultations », affirme Gilles-Laurent Rayssac. « Mais les gens qui sont venus à ces consultations avaient des choses à dire, des choses construites, et de bonnes analyses. Il y a eu des débats riches et intéressants ». En ce lundi soir, les participants d’Evry bénéficiaient à leur tour de 45 minutes pour se montrer au moins à la hauteur des débats précédents.

Du monde pour cette troisième journée de la mobilité en IDF (GD/EI).

Du monde pour cette troisième journée de la mobilité en IDF (GD/EI).

Le temps écoulé, le ton est rapidement donné. « Il faut investir dans les transports en commun lourds. La demande est de plus en plus forte », lance un premier intervenant pointant notamment du doigt le fonctionnement du RER D, toujours aussi contesté (lire notre article). « Il faut développer les transports de banlieue à banlieue », lance une autre personne dans la salle soutenue par un autre intervenant quelques minutes plus tard. « Il faut mieux desservir les zones enclavées, celles qui n’ont pas de gare à proximité. Il faut aussi le maintien et l’accélération des projets démarrés, comme celui du Tram 12 Express », avance ce dernier. Un projet qui a par ailleurs récemment pris du plomb dans l’aile, sa livraison étant retardée d’environ deux ans (lire notre article).

Les idées fusent à travers la salle, beaucoup avancent, entre autres, l’importance de créer des pistes cyclables, notamment aux abords des gares. Autres points régulièrement évoqués, la mise en place d’applications mobiles reliant tous les modes de transports possibles ainsi que leurs prix, l’amélioration du co-voiturage, ou encore l’amélioration des infrastructures et des modes de déplacement en faveur des personnes à mobilité réduite. Des idées toutes aussi pertinentes les unes que les autres qui avancent cependant un sentiment largement partagé par les participants de cette consultation, et bien plus encore : « La Grande couronne est martyrisée », insiste le Sénateur Olivier Léonhardt. « La petite couronne est favorisée quand la Grande est abandonnée », poursuit-il visant les investissements pharaoniques énoncés pour la construction du Grand Paris.

Cas encore plus frappant, celui des communes du sud de l’Essonne, où les difficultés pour se déplacer sont encore plus nombreuses. « Le problème c’est toujours pour ceux qui sont en bout de ligne », s’accordent à dire les intervenants d’une même table. « Il ne faut pas travailler bassin par bassin, il faut une approche globale Île-de-France ». Et si l’amélioration des transports est au cœur du débat de ce soir, nombreux se sont aussi attardés sur le besoin de retrouver une dynamique sur le terrain de l’emploi sur le département. « Ici on a des opportunités incroyables, il faut développer de quoi vivre chez nous. Que les habitants essonniens ne soient pas obligés d’aller à Paris pour aller travailler », ajoute Olivier Léonhardt. Et si son argumentation, quant à la possible arrivée d’Amazon (lire notre article) sur le territoire, ne plaît pas à tous, il se satisfait néanmoins du nombre d’emploi que celle-ci pourrait apporter.

A quoi s’attendre ?

Qu’importe, les idées tant attendues ont bien émergé durant cette réunion. Reste à savoir maintenant ce qu’il en adviendra. « On fait un compte rendu de toutes les idées. Ces comptes-rendus seront ensuite envoyés aux préfectures de région, puis envoyés au ministère. Dans une dizaine de jours, toutes les synthèses nationales seront remontées au ministère », assure Gilles-Laurent Rayssac. Une affirmation pourtant loin de rassurer toute la salle, bien que certains souhaitent se montrer optimistes. « Si on est là, c’est que l’on pense pouvoir faire quelque chose », répond cet Essonnien ô combien perturbé par la situation du RER D. « Cette réunion c’est comme une soupape de sécurité. Ça craque de partout, on peut encore réfléchir », poursuit un de ses camarades de table.

Recherches, par groupes, de mobilités intermodales et solidaires (GD/EI).

Recherches, par groupes, de mobilités intermodales et solidaires (GD/EI).

Quelques tables plus loin, on semble beaucoup plus sceptique quant à l’utilité de cette réunion. « J’espère que ce n’est pas juste mettre un pansement sur une jambe de bois. Il faut sortir avec du concret », prévient ce Francilien. « Il faudrait déjà que les gens qui font les lois prennent les transports », ose son voisin de table. « Pourquoi faire encore une loi ? Elle ne va rien changer », conclut un de leurs camarades alors que chacun d’eux à conscience que le manque d’argent contraindra l’Etat à faire des choix. « J’espère que la synthèse sera d’aussi bonne qualité que les débats », ajoute la Préfète.

Présente lors de ces débats, Laëtitia Romeiro Dias, député (LREM) sur la 3e circonscription de l’Essonne, tente alors de rassurer quant à la pertinence de cette consultation. « Ça va fixer des priorités, des propositions, des solutions. Il va y avoir une restitution nationale, c’est un sujet sur lequel on va débattre au Parlement. Il y aura des choix stratégiques, mais pour que ce soit concluant, il faut qu’il y ait ce genre de discussions », argumente-t-elle. « Ça ne sert à rien, ça fait partie de la com’ politique », concluera alors un participant au sortir de la préfecture. Réponse au premier semestre 2018.