Il fait brumeux ce jeudi matin à Massy lors du rassemblement de défense de deux employés du site d’Adrexo. Avant d’entrer sur le lieu du rassemblement, des grilles noires. Elles sont revêtues de banderoles blanches qui posent le ton : « Pressions. Menaces. Harcèlement. Stop. Osez vous révolter » à côté « Non au licenciement de Rachid », on peut également lire des récriminations contre la compagnie : « Adrexo abandonne la victime de harcèlement sexuel. »

Adrexo est une société qui diffuse des imprimés publicitaires. Elle est composée de 20 000 salariés répartis sur 320 sites. L’un d’entre eux est situé dans la commune de Bondoufle. C’est au sein de cette plateforme qui emploie près de 150 salariés que l’affaire a éclaté. L’une des salariés de l’entreprise, présumée victime de harcèlement sexuel, a déposé plainte mettant en cause l’un de ses collègues. Mis au courant de l’histoire, le directeur du site bondouflois, Rachid Oudghiri, a demandé la mise en place d’une enquête en interne lors d’un CHSCT extraordinaire (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) le 27 septembre dernier, afin de faire le point sur la supposée affaire du harcèlement. Le lendemain de cette réunion, le directeur du site de Bondoufle recevait un pli lui indiquant qu’il était écarté de son emploi et mis en dispense d’activité immédiate rémunérée, pour « fautes professionnelles ». La direction de l’entreprise assurant pour sa part que cette mise à pied n’avait aucun rapport avec la présumée affaire de harcèlement.

Toutefois, cette version ne fait pas l’unanimité auprès des délégués syndicaux du personnel qui estiment que les deux affaires sont liées. Ce jeudi matin, les organisations syndicales (Sud PTT) ont appelé à se rassembler en signe de soutien contre le licenciement de Rachid Oudghiri qui devait être prononcé ce jeudi 26 octobre dans l’antenne de Massy où travaillent près de 100 salariés.

Deux sons de cloche

Ainsi, direction et syndicats s’opposent sur l’existence d’un lien de causalité entre les deux affaires. Pour étayer leur argumentaire, les syndicats s’appuient sur le fait que la mise à pied du salarié survienne le lendemain du CHSCT extraordinaire. « Mon licenciement est lié en réalité à autre chose, à savoir l’affaire de harcèlement, j’en suis sûr. On me reproche d’avoir pris la défense de la salariée victime de harcèlement, clame Rachid Oudghiri. Il aura valeur d’exemple pour éviter que des enquêtes de harcèlement ne se reproduisent dans l’entreprise. » Pour la direction, ce lien n’est que fortuit. « Il y a une affaire de harcèlement sexuel présumé et une autre en interne, qui concerne des malversations financières » souligne Hervé Estampes, président d’Adrexo.

La direction reproche à M. Oudghiri « une mauvaise gestion de pilotage d’un employé », poursuit le chef d’entreprise. Pour sa part, le salarié pointé du doigt se défend en certifiant que les problèmes de gestion qu’il a pu connaître « sont communs à tous ceux qui occupent ces fonctions » et qu’ « il ne s’agit pas d’une faute grave », explique celui qui demande a être réintégré. Mais pour la direction, le dossier à charge contre M. Oudghiri serait « plus fourni ». La direction pointe vers ces malversations financières « une mauvaise utilisation de l’argent de l’entreprise à des fins personnelles. » Pas de quoi inquiéter le principal intéressé qui dément ces accusations en bloc et assure « ne rien avoir à se reprocher ».

Les vies en jeu

Après plus de deux heures de rendez-vous avec la direction pour évoquer cette « affaire », Rachid Oudghiri ressort confiant, sans verdict clair. « Mon licenciement n’a pas été acté, mais je suis toujours dans la même situation », a éclairci le salarié entouré de ses proches. Pour autant, ce dernier ne souhaite pas attirer trop d’attention sur son cas. « Je ne suis pas la victime ici. » Ses préoccupations vont vers la salariée qui a porté plainte pour harcèlement. « Pourra-t-elle retourner au travail ? », se demande-t-il. A cette question l’intéressée répond qu’elle souhaiterait y retourner, « si lui n’y est plus ».« Lui », son harceleur potentiel. Ce dernier aurait été, selon Rachid Oudghiri, promu en interne de l’entreprise. Des propos que dément Hervé Estampes. « il est toujours à son poste, rapporte le président d’Adrexo. Nous n’avons pas voulu l’écarter, car j’ai senti en lui une grande fragilité. J’avais peur qu’il ne se mette en danger si nous avions pris la décision de l’écarter ». Cependant, celui-ci tient à préciser que l’homme en question n’a pas remplacé Rachid Oudghiri dans ses fonctions, mais qu’une autre personne a été rattachée sur ce poste.

Une partie des salariés a témoigné sa solidarités aux deux employés même s’ils n’ont pas tous pu se déplacer sur le site massicois. L’affaire de harcèlement ne devrait pas en rester là. Les premiers résultats de l’enquête devraient « être disponibles le 12 novembre« , conclut la direction.