C’est une petite phrase, lâchée par la députée de l’Essonne Amélie de Montchalin, qui pourrait bien provoquer des remous du côté du Plateau de Saclay. Devant un amphi de 100 personnes, réunies le 14 octobre à Orsay à l’invitation de son collègue Cédric Villani, la députée de la 6ème circonscription (Massy-Palaiseau) a laissé entendre que le projet d’Exposition universelle 2025 n’était que peu soutenu par l’Etat. ‎ « Pour l’Expo U, j’ai l’impression profonde que le Premier ministre n’en veut pas », explique-t-elle d’emblée, en répondant à une question de la salle à ce sujet.

Devant un public médusé par l’annonce, celle qui est à l’Assemblée Nationale porte-parole de la ‎commission des finances donne ensuite quelques détails sur sa pensée : « A la différence des JO qui sont portés politiquement, il n’y a pas d’engouement social, collectif » pour l’Expo souligne la députée. Selon elle, il s’agit pourtant d’un « beau projet pour l’Essonne, qui manque de projet fédérateur ». Avant d’enfoncer le clou : « ce serait une démarche intéressante, que celle portée par François Durovray, si il y avait les moyens et le soutien politique… de vous à moi, je ne suis pas certaine ».

Notre dossier sur l’Expo 2025 et le site de Saclay (Corbeville)

Ces quelques mots ont de quoi interroger sur ‎la volonté du nouveau gouvernement de voir la France accueillir les 6 mois d’Expo sur son territoire, un an après les Jeux olympiques 2024 à Paris et en banlieue, et peut être après la Coupe du monde 2023 de rugby à laquelle la France candidate également. Autre signe ?  Lors de la présentation de la candidature le 27 septembre dernier, en présence de Valérie Pécresse ou encore Jean-Christophe Fromantin, pas un ministre n’était de la partie, alors que la cérémonie se déroulait précisément… au ministère des Affaires étrangères.

Le président en service ‘expo’ minimum

Alors que le Bureau international des expositions (BIE) doit rendre sa décision sur le pays hôte de 2025 l’an prochain, certains ne manquent pas de rappeler que même si la France était retenue pour accueillir l’événement, « elle possède deux ans pour se dédire », ‎indique-t-on dans l’entourage du député Villani, en n’hésitant également pas à se montrer plus tranchant sur le bien-fondé du projet : « ils ont donné un os à ronger à Pascal Lamy (ndlr : le directeur d’ExpoFrance 2025) ».

Quant à Emmanuel Macron, son discours attendu lors de sa visite ce mercredi sur le Plateau de Saclay (lire notre article), ne rassurera que moyennement les tenants de l’Expo. Présentée comme « un plus » au projet de cluster scientifique, la thématique est intervenue seulement en toute fin de l’intervention présidentielle d’une quarantaine de minutes. Pour le nouveau chef d’Etat, concentré sur la question universitaire et scientifique lors de cette visite, l’exposition universelle serait bien un bonus au projet actuel : « elle pourrait être un moteur pour mettre en valeur le pôle de recherche sur le Plateau de Saclay ». Mais outre cette déclaration et le mot du dossier de candidature, on note peu de signes d’une implication du plus haut sommet de l’Etat dans la bonne conduite de la candidature de Paris-Saclay 2025.

Pas de quoi pourtant refroidir les ardeurs des porteurs du projet, à l’image du président du Département. Interrogé sur le peu d’ambitions affichées par l’Etat au sujet de son bébé, François Durovray préfère retenir les phrases tenues par Macron. « Le Président en a parlé aujourd’hui, c’est bien. L’Etat est favorable à ce que nous accueillions cet événement », insiste François Durovray tout en rappelant que la candidature essonnienne a bien été déposée. Il ne reste plus qu’à savoir de quel côté les angles vont s’arrondir entre la position d’Amélie de Montchalin et celle du président du Département.