Niché au cœur du parc qui porte aujourd’hui son nom, l’ancien corps de ferme dit de Champagne de Savigny-sur-Orge, cache une multitude de structures. Un restaurant d’insertion, des ateliers de caristes et même un théâtre sont regroupés en son sein. Pour autant, un bâtiment ressort de cet univers champêtre. Encerclé par une haute clôture et par une grille d’entrée imposante, ce lieu n’est autre que le centre éducatif fermé, appelé plus couramment CEF. Dans cette structure, des jeunes âgés de 16 à 18 ans résident 24h/24 et 7j/7 accompagnés d’une équipe pédagogique.

Le CEF de Savigny a vu le jour en 2007 et est destiné à un public bien particulier. « On n’est pas dirigé vers le CEF pour un simple vol à l’étalage. Il s’agit de mineurs multirécidivistes, qui ont mis en échec tous leurs placements », présente Yvon Rontard, le directeur de cette structure singulière. Depuis quelques semaines, le centre a atteint sa capacité d’accueil maximale établie à douze jeunes. « Tout dépend des différents jugements, mais parfois il arrive que nous ayons des places vacantes », relate son directeur. Fin 2016 d’ailleurs, lors d’une première rencontre, le centre n’en hébergeait que neuf.

Ces derniers atterrissent au CEF sur décision d’un juge et sont issus de toute l’Ile-de-France. Certains, même, arrivent de Province dans un rayon excédant rarement les 300 km autour du centre. Ils intègrent le centre pour une durée de 6 mois renouvelable une fois. Initialement prévu pour encadrer un public mixte, le CEF de Savigny n’accueille aujourd’hui que de jeunes garçons. « En théorie, nous pourrions accueillir des jeunes filles, mais dans les faits, nous remarquons que les placements concernent pour la grande majorité des garçons, constate Yvon Rontard. Rares sont les CEF qui accueillent des filles ». Partons ainsi à la découverte de ce site qui est selon les termes, la dernière alternative avant l’incarcération.

Permettre aux jeunes de se réinsérer

C’est avec un grand trousseau de clefs que le directeur de l’établissement nous ouvre les portes. « Tous les espaces ne sont pas ouverts aux jeunes. C’est pour ça qu’il faut sans cesse refermer les portes à clef derrière soi », indique Yvon Rontard. Au détour de certains couloirs, le centre, si froid d’extérieur, révèle quelques-uns de ses « secrets ». Par ici une salle de jeu, par là une salle de sport, encore plus loin, une salle de détente suivie d’un réfectoire. A l’étage, douze chambres identiques se succèdent. Un lit, une penderie, une table, bref un univers quelque peu spartiate qui constitue le seul espace d’intimité des résidents. « Les jeunes placés ici ont presque 24h/24 une équipe éducative ‘sur leur dos’. C’est donc le seul endroit où un jeune peut se retrouver seul avec lui-même », informe le maître des lieux. Mais curieusement, sur une journée entière, c’est souvent la nuit qui est le plus difficile à supporter pour certains. « Les premières nuits sont souvent les plus dures. On est dans un environnement différent de ce qu’ils ont connu auparavant, explique Yvon Rontard. Mais parfois, même après plusieurs semaines, certains n’aiment pas forcément ce moment. Etre seul n’est pas toujours évident pour eux. Il ne faut pas oublier que ce ne sont encore que de grands enfants ».

Le directeur du site a fait venir des moutons pour pratiquer la médiation animale (JL/EI)

Le directeur du site a fait venir des moutons pour pratiquer la médiation animale (JL/EI)

Des « grands enfants » dont s’occupe une équipe éducative d’une quinzaine de personnes quotidiennement. « Il ne faut pas oublier que notre but est de les réinsérer dans la vie de tous les jours. Mais avec ce public qui est souvent en manque de repères face aux adultes, rien n’est gagné d’avance. C’est du frontal tout le temps, rappelle Yvon Rontard. L’équipe est là pour leur montrer des perspectives d’évolution et des alternatives à la délinquance ». Ainsi, les jeunes placés au CEF passent par différents modules. Pendant le premier mois, aucun contact avec l’extérieur n’est prévu. Des formations propres à chaque jeune sont proposées sur site, comme de la mécanique ou encore de la cuisine. Au bout du deuxième mois, ceux-ci peuvent effectuer des stages dans des entreprises ou être rescolarisés. Le troisième temps consiste à préparer le retour à la vie « normale » de ces jeunes et « de tout faire pour éviter le risque de récidives », souligne le directeur.

« Un lieu d’apaisement »

La réinsertion passe par des formations et des ateliers divers et variés à Savigny-sur-Orge. Des activités mises en place par le directeur du CEF Yvon Rontard. Il faut dire que ce dernier possède un parcours singulier. Ancien professeur de philosophie, ce père de famille a souhaité travailler dans le milieu carcéral au sens large. C’est ainsi qu’il s’est intéressé au centre éducatif fermé. « A chaque fois, j’entendais certaines personnes qui disaient : « on ne peut pas faire de l’éducation dans un lieu contraignant ». Mais justement, c’est quand c’est fermé que c’est éducatif. J’essaie de faire changer cette vision des choses. Ici, c’est un lieu d’apaisement ».

Outre le Théâtre du Fil, les ateliers de caristes, du bâtiment ou encore le restaurant présents sur le site de la Ferme de Champagne, le directeur en poste depuis près de deux ans maintenant a fait venir des moutons dans les espaces verts de cette ancienne ferme. « Il s’agit de médiation animale, renseigne Yvon Rontard. Face aux animaux, nos jeunes doivent s’adapter à leur comportement pour pouvoir s’en occuper convenablement. C’est un vecteur qui permet d’inculquer les règles, le respect et pourquoi pas la cohésion de groupe ».

A la sortie du CEF, les jeunes peuvent retourner à leur domicile, mais tout se fait sous contrôle d’un juge. Tous poursuivront un suivi par une structure en milieu ouvert (UEMO) par la suite. Au sortir de cette « parenthèse » dans leur vie, tous ne recouvreront peut-être pas une vie sans délinquance. Mais Yvon Rontard tient à mettre en exergue une chose : « Ceux qui sont passés par le CEF sont héroïques, car il n’est vraiment pas facile d’évoluer dans un milieu comme celui-ci durant 6 mois. Ce moment de leur vie leur servira ».