Ce lundi 16 octobre se sont tenus les Etats Généraux de la Politique de la Ville à Grigny, à l’initiative de Stéphane Gatignon, maire de Sevran (93) et l’association de maires Ville et banlieue. Plus de 150 maires en charge de quartiers prioritaires ont participé à la journée. Des associations de terrain se sont également jointes à cet événement symbolique. Après des années d’alertes et une lettre officielle d’associations d’élus au Président de la République le 1er août, les réponses aux cris d’alarme des maires se fait attendre.

Environ 1 000 personnes se sont rassemblées à Grigny 2 pour un appel solennel. L’objectif de ce grand rassemblement, combattre les inégalités territoriales et lutter contre le repli communautaire. Un événement symbolique depuis 2005 et le lancement du grand programme de Rénovation urbaine, l’ANRU, doté de 600 millions d’euros par an. « L’heure est grave, les quartiers souffrent, à ne rien dire nous sommes complices de non assistance pour personne en danger » s’inquiète Philippe Rio, maire PCF de Grigny, en guise d’introduction. Il finit son discours par une demande claire « Nous demandons le droit à une république pour tous, une république solidaire. »

Suite à son annonce, de nombreux maires de toute la France et de toutes les couleurs politiques sont montés sur scène pour exprimer leur désarroi face à la suppression en août de 46,5 millions d’euros de crédits alloués à la politique de la ville, la réduction massive des emplois aidés et la baisse des APL (Aides Personnalisées au Logement). « On ne peut plus se contenter de discours fumeux, c’est un moment historique, on a besoin de tout le pays, des entrepreneurs, des collectivités. Et faire ça dans une ville en difficulté c’est un symbole magnifique », énumère Jean-Philippe Acensi, délégué général et Fondateur de l’Agence pour l’Éducation par le Sport. Plusieurs maires ont également rendu hommage à Jean-Louis Borloo, présent pour l’occasion, pour son travail de rénovation urbaine de nombreux quartiers entamé dans les années 2000. Des maires ont listé dix mesures préalables urgentes à appliquer avant le budget 2018. Parmi ces mesures, répondre à l’inquiétude pour les contrats aidés.

Le maintien des contrats aidés

Des propositions pour des mesures préalables d’urgence avant la publication du budget 2018 ont été écrites par l’ensemble des maires et associations concernées. Parmi ces revendications, la suspension immédiate de la réduction des contrats aidés et donc leur maintien et renouvellement. Ces emplois aidés visent à favoriser l’insertion dans le monde du travail de personnes éprouvant des difficultés d’embauche. Les villes les plus concernées sont celles accumulant justement les difficultés. « Ces quartiers présentent un cumul de handicaps extraordinaires qui doivent être traités par la nation de manière spécifique et extraordinaire », indique Jean-Marie Petitclerc, expert des questions d’éducation.

Les associations sont inquiètes, sans les contrats aidés, le travail qui est mis en œuvre ne pourrait pas perdurer. Pour Jean-Philippe Acensi, co-organisateur du mouvement, supprimer les emplois aidés reviendrait à casser « le lien social très important entre les jeunes et les associations ». Le décrochage scolaire à Grigny représente ainsi 50% des jeunes, 29% seulement d’une tranche d’âge arrive au baccalauréat, rappelle la municipalité. La situation est très difficile, « le territoire a 40 ans de retard » ajoute Philippe Rio.

Anne Hidalgo répond à l'invitation et rejoint Philippe Riot maire PCF de Grigny et Jean-Louis Borloo. (SH/EI)

Anne Hidalgo répond à l’invitation et rejoint Philippe Rio, maire PCF de Grigny et Jean-Louis Borloo. (SH/EI)

L’inquiétude des élus locaux

« Il faut rompre avec le poison du doute », le rassemblement a constitué en quelque sorte un point de départ pour le rétablissement du dialogue et engager un vrai travail avec le gouvernement. L’ensemble des maires et associations demandent notamment un fond d’urgence immédiat de 100 millions d’euros pour « 100 quartiers parmi ceux connaissant les plus grandes difficultés tout en préservant les 150 millions de la Politique de la Ville. » 40 ans après, la situation n’a pas évolué et a empiré selon les acteurs présents. Pour 2017, le gouvernement a décidé de réduire le budget de cette politique de 46,5 millions d’euros, sur un budget total de 411 millions d’euros, soit 11% de moins. Pour les maires concernés, pas question que les dotations baissent encore. « Il y a eu une demande aux collectivités de se serrer la ceinture, chose qu’on ne demande pas à l’Etat aujourd’hui, et celui-ci continue d’augmenter ses dépenses. Les maires font mieux avec moins d’argent, ils sont au contact des priorités, ils savent mieux allouer l’argent que l’État. » déclare pour sa part Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, présente à Grigny pour ces Etats Généraux de la Ville.

La fin des contrats aidés, la baisse des APL, la baisse des aides à la Politique de la Ville ne permettrait pas aux maires des villes concernées de remonter la pente. Parmi ces difficultés, « une trop grande pauvreté élevée à 42% en moyenne, soit plus de trois fois la moyenne nationale, certains quartiers prioritaires connaissent des situations bien pires avec des taux de 60 à 70% » A Grigny, selon l’INSEE, le taux de pauvreté monte à 51,9% chez les 40–49 ans, une situation qui ne s’est pas arrangée depuis 2014 et qui touche toutes les tranches d’âges comme l’explique un tableau dévoilé par l’INSEE.

Taux de pauvreté par tranche d'âge du référent fiscal en 2014. Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-Ccmsa,

Taux de pauvreté par tranche d’âge du référent fiscal en 2014. Source : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-Ccmsa,

Un rendez-vous mensuel

Chaque mois, les maires de toutes les couleurs politiques se reverront, en effectuant une tournée dans plusieurs villes de France impliquées dans ce projet de reconquête des territoires. Tous les ans, un rapport sera également remis au gouvernement par ces maires, en attendant la désignation d’un ministre de la Ville de plein droit, pour avoir un poids institutionnel et politique face à l’ensemble des ministères.