La conférence de presse organisée par la Préfète qui a eu lieu ce vendredi dernier était l’occasion de faire le point sur l’action de l’Etat à Grigny. Les États Généraux de la Politique de la Ville eux, se sont tenus ce lundi dans la commune, à l’initiative de plusieurs maires de banlieue (lire notre article). Hasard du calendrier ? Pas pour le maire de Grigny, Philippe Rio. « C’était pour eux une réponse à l’événement organisé à Grigny » lâche-t-il. Un rendez-vous pour faire un point sur l’avancement de la « reconquête » de la ville de Grigny, auquel le maire n’a d’ailleurs pas participé. Retards, renforcement de la sécurité, grand financement pour l’éducation… retour sur les mesures d’ampleur engagées par l’Etat sur le territoire.

Une sécurité en demi-teinte

Si la ville de Grigny annonçait accueillir une nouvelle police municipale d’ici fin 2017, celle-ci ne verra finalement pas le jour à la date annoncée. Le projet aidé par l’État et conseillé par le rapport interministériel dédié à la commune est toujours en préparation, le recrutement est en cours puisqu’il s’avère plus compliqué que prévu, annoncent les services de l’Etat. En effet, cinq policiers municipaux manquent encore à l’appel. Le commissariat quant à lui, n’est pas à l’ordre du jour, « Je ne suis pas sûre qu’un bâtiment statique répondrait à cette demande  » explique la préfète Josiane Chevalier. Les policiers municipaux sont par contre jugés « indispensables », pour faire un travail de terrain et en profondeur en matière de sûreté publique.

La vidéo-protection doit également jouer un rôle majeur pour faire baisser la délinquance à Grigny, espèrent les pouvoirs publics. Si elles étaient présentes il y a quelque années sur la copro, les caméras sont depuis tombées en désuétude, mais devraient peu à peu ressusciter. Le chantier a commencé il y a environ un an et d’ici juin 2018, un certain nombre de caméras seront installées, tandis que les anciennes vont être récupérées puis remises en services.

 

L’éducation comme priorité

Grigny mise sur l’éducation, c’est le 1er engagement du service public. L’Etat rappelle que 500 personnes travaillent dans l’éducation nationale à Grigny. Le budget est estimé à 30 millions d’euros. Pour combattre l’échec scolaire, 72 personnes ont été embauchées ces derniers mois pour muscler les résultats. En effet, seulement 25% d’une classe d’âge arrive au niveau Baccalauréat dans la commune : « Grigny a 40 ans de retard, deux tiers des maternelles souffrent d’ores et déjà d’un handicap  » déplore Lionel Tarlet, Directeur académique des services de l’Éducation nationale de l’Essonne (DASEN). Pour la feuille de route de 2030 qu’a fait signer la préfète, l’ambition affichée est de multiplier par deux la réussite au collège, et faire en sorte que les débouchés soient trouvés pour les jeunes. « L’action passe d’abord par la mobilisation de la famille, afin de conduire leurs enfants à une insertion professionnelle. ».

Depuis la rentrée 2017, les élèves de CP de la ville bénéficient du dédoublement des classes, et ne sont plus que 12 face à l’instituteur. Ce système introduit par le nouveau ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer concerne 85 % des classes de CP dans les écoles des quartiers dits « très défavorisés ». Actif depuis la rentrée, il doit aussi entrer en vigueur en 2019 pour les classes de CE1.

Pas de repreneur un an après le départ de Casino

L’avenir commercial de l’ancien hyper Casino de Grigny 2 reste encore incertain. Si la municipalité a discuté avec trois possibles repreneurs, aucun engagement n’a encore été signé. A ce jour, le projet stagne et peine à retrouver une enseigne sérieuse prête à rouvrir l’hypermarché. « On veille à la qualité du repreneur », nous explique Vincent Léna, délégué du gouvernement pour la ville de Grigny. Pour combler le manque de commerces de proximité, une supérette sera construite dans les trois ans à venir, promettent les pouvoirs publics. L’emplacement n’est pas encore défini mais ce qui est sûr, c’est qu’il s’agira d’un magasin plus petit qui ne remplacera pas Casino.

Désenclaver les quartiers

Les chantiers pour désenclaver plusieurs quartiers de Grigny vont se poursuivre, après l’ouverture de la nouvelle voie l’an dernier à la Grande Borne (lire notre article). L’Etat entend lutter par la même occasion contre les marchands de sommeil, présents dans plusieurs copropriétés de Grigny 2. Des moyens doivent être mis sur la table pour racheter des logements et accompagner socialement les copropriétaires. L’établissement foncier d’Ile-de-France doit engager 500 millions d’euros pour racheter plusieurs logements afin de rééquilibrer les logements entre locatif social, locatif simple et copropriétaires. « Il faut patienter, ça va prendre 10 ans… » entend-on

Des logements et des équipements sont en train d’être réhabilités, et de nouveaux équipements publics vont voir le jour. Une prochaine convention doit prévoir des équipements sportifs et des lieux associatifs pour rendre la ville multifonctionnelle et « réintroduire de la vie collective ».

La santé, point sensible du territoire

« Grigny est un territoire très déficitaire, malgré la maison de santé et l’hôpital Sud Francilien de Corbeil » constate l’Etat. Des actions de prévention sont menées et 172 000 euros d’aides ont été versés par l’Etat pour réaliser les actions du Contrat local de santé en 2017. « La densité de médecins généralistes sur la ville de Grigny (5.7/10 000 habitants) est presque deux fois inférieure à celle enregistrée en Ile-de-France (8.6/10 000 habitants). Cette commune est classée en zone déficitaire (ARS, données 2011)  ». Le pôle santé créé en 2010 ne dispose que de cinq médecins, dont 4 généralistes, trois dentistes, 6 infirmiers, un orthophoniste, un pédicure podologue et un psychiatre. Avec un seul psychiatre en libéral, l’offre en santé mentale est saturée et nécessite d’être renforcée « Il faudrait des psychiatres et des psychologues pour gérer les problèmes de comportement et d’apprentissage » déplore Michel Huguet, le délégué départemental de l’Essonne de l’Agence régionale de santé (ARS).

Un centre municipal de Santé doit ouvrir d’ici septembre 2018, dans le secteur du Damier, il rassemblera cinq médecins généralistes, des infirmiers et des médecins spécialistes afin de mieux satisfaire les besoins des habitants de Grigny en terme de santé.