Il y a maintenant près de quatre semaines, une partie des salariés du géant de la télécommunication finlandais Nokia basé à Nozay, sortaient des pots de peinture et des pinceaux. Equipés de ce matériel, ces derniers ont alors dessiné des centaines de croix pour symboliser les suppressions d’emplois annoncées sur le site essonnien. La société prévoit dans un nouveau plan social (PSE) de se séparer de 597 salariés d’ici les prochains mois. Car Nokia n’en est pas à son premier plan social. Le dernier en date est entré en vigueur en mai 2016 et doit se finir en décembre.

Ce mercredi 11 octobre, près d’un mois après cette première manifestation, quelques croix peintes au sol ont pu résister aux outrages du temps et rappellent que la situation n’est pas encore réglée pour une partie des salariés. Durant la matinée, certains personnels ont alors distribués des tracts écrits à cet effet. « Nous allons encore nous battre pour faire en sorte de diminuer le nombre de suppressions d’emplois », affirment certains d’entre eux.

Faire de Nozay un pôle de recherche et développement

En un mois de temps, la situation ne semble pas avoir bougé d’un iota. En effet, la procédure du PSE été gelée depuis le 18 septembre dernier, date de la première mobilisation des salariés du groupe. Toutefois, cette période de gel prend fin ce jeudi 12 octobre, mais pour autant, les chiffres avancés par la direction du géant de la télécommunication n’ont pas changé. « Il s’agit toujours de procéder à 597 suppressions de postes sur deux ans dans tout le groupe », confirme Thierry Boisnon, président de Nokia France. « Mais parallèlement à cela, Nokia va opérer des recrutements. Nous cherchons activement près de 2 500 personnes dont près de 500 seront recrutées d’ici la fin du mois de décembre à Nozay », rebondit le président du groupe. La direction de la société souhaite ainsi faire de Nozay l’un des sites leaders de Nokia. « Il s’agit du deuxième plus grand site que possède Nokia dans le monde en termes de recherche et développement, poursuit Thierry Boisnon. C’est ici que se développe le produit, car il s’agit de la plus grande plateforme de 5G au monde ». « Nous allons poursuivre cet investissement autour de la 5G. Nous allons d’ailleurs passer de 850 à 1 000 salariés dédiés à la 5G d’ici la fin de l’année », complète Pascal Agin, directeur de la recherche et du développement de chez Nokia au niveau mondial.

Grâce à la 5G développée par Nokia, ce véhicule est ce que l'on appelle une voiture connectée (SH/EI)

Grâce à la 5G développée par Nokia, ce véhicule est ce que l’on appelle une voiture connectée (SH/EI)

Des projets enthousiasmant pour la direction qui ne conviennent pas forcément à l’intersyndicale (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT) du site essonnien. « C’est une bonne chose dans le fond, mais il ne faut pas que cela occulte les 597 postes qui vont être supprimés », lance Claude Josserand, délégué CGT.

Les licenciements toujours d’actualité

Car l’interrogation subsiste à ce sujet. Mais le président de Nokia avance quelques éléments de compréhension. « Il s’agit de postes dont les fonctions disparaissent de l’entreprise du fait de la transformation entamée par le groupe », relate Thierry Boisnon. Ainsi, les postes en recherche et développement resteront sur site, mais les fonctions dites « support » sont vouées à disparaître de Nozay. Sont donc concernés par ces suppressions une grande partie des postes administratifs, ressources humaines, finances, ou encore avant et après-vente. « Bref, tout ce qui n’est pas recherche et développement », regrettent certains salariés.

Mais à ce sujet, Thierry Boisnon se veut rassurant. « Il y aura un repositionnement des gens et nous privilégierons les départs volontaires, retraite ou pré-retraite », relate Thierry Boisnon avant de prendre un engagement : « Nous allons effectuer un suivi des salariés qui quitteront l’entreprise pour qu’ils puissent tous trouver un point de chute », affirme le président du groupe, en se félicitant que lors du dernier plan social, « tout le monde avait réussi à retrouver une situation ».

« Certains se sont réorientés professionnellement, certains sont même devenus profs de breton. Mais personnes ne sais ce que sont devenus ceux qui sont partis de manière volontaire, ceux-ci n’apparaissent pas dans le suivi. Pareil pour ceux à qui l’entreprise a décroché une formation, on ne sait pas ce qu’ils sont devenus à la fin de cette dernière », expose Pascal Guihéneuf, délégué central CFDT. « Même avec nos qualifications, c’est difficile pour nous de retrouver un emploi », s’inquiète Claude Josserand. « Surtout pour la tranche des plus de 45 ans », relance Frédéric Aussedat CFE-CGC. Réunis ce mercredi matin en marge du « Nokia 5G smart campus event », organisé par la direction de l’entreprise, plusieurs salariés ont fait part de leurs inquiétudes sur leur avenir. « Mon poste est touché dans l’après-vente. Je suis dans l’entreprise depuis 1990 et j’ai 53 ans. Vais-je retrouver un emploi ? Cela me semble compliqué », explique ce salarié. « Nos métiers seront pour la plupart délocalisés vers les pays de l’Europe de l’Est. C’est du dumping social », lance une femme.

Pour le moment, l’intersyndicale assure qu’elle va faire en sorte de sauvegarder un maximum d’emplois. D’ici là, les représentants syndicaux seront reçus le 26 octobre prochain par la commission économique de l’Assemblée nationale pour exposer leur situation.