Un globe de 60 mètres de haut, un village de pavillons internationaux, des jardins et parcs, et la promesse de nombreuses expériences ‎pour les 35 à 40 millions de visiteurs attendus durant six mois. La France a présenté sa candidature pour accueillir en 2025 l’Exposition universelle, en prévoyant d’installer son Village global sur le Plateau de Saclay. En compétition face au Japon, la Russie et l’Azerbaïdjan, le site de Paris-Saclay entend faire valoir ses arguments pour convaincre le Bureau international des expositions (BIE) qui doit prendre sa décision d’ici un an. A quoi ressemblerait cette Expo 2025 sur le territoire?

Au coeur du ‘campus urbain’ en cours d’édification sur la frange sud du plateau, la zone de Corbeville pourrait devenir le‎ lieu d’accueil principal de l’Expo 2025, des villages annexes devant être construits dans les grandes villes de province. A l’image de la Tour Eiffel, construite à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889, le comité d’organisation prévoit la construction d’un globe monumental, qui doit symboliser « l’héritage pour la planète » ‎voulu comme thématique de l’évènement, dont le slogan est ‘La connaissance à partager, la planète à protéger’.

‎Ce globe semi-enterré, qui culminera à une soixantaine de mètres de hauteur, « sera tournant, et ouvrira sur un pays par jour » décrit Jean-Christophe Fromantin, président du comité ExpoFrance 2025. Tout autour de ce lieu central se dresseront les pavillons des états participants. Les pays qui le souhaitent obtiendront une parcelle pour construire leur bâtiment, tandis que les plus petits d’entre eux se verront proposer de loger dans des pavillons modulaires. L’idée phare mise en avant par les porteurs du projet est de proposer ensuite aux pays participants de conserver leur pavillon. « Ainsi, tous les pays qui le souhaitent pourront rester sur Saclay, et participer au campus universel du XXIème siècle » avance le président du Conseil départemental François Durovray. Avec les élus locaux impliqués sur ce dossier, il voit d’un bon oeil la pérennisation d’une nouvelle « cité internationale » au coeur du projet de campus urbain à Saclay.

Un « outil de rayonnement » pour Saclay

Des halls d’exposition ainsi qu’une salle de spectacle sortiraient également de terre, et le site serait traversé de « parcs naturels urbains »‎. Sa capacité d’accueil avoisinerait les 320 000 visiteurs par jour. Le choix du site emblématique de Saclay coïncide avec la volonté de l’Etat de voir se regrouper sur place de multiples écoles, instituts de recherche et entreprises, dans ce qui est plus communément nommé le ‘cluster’ scientifique. « Ce sera le moteur technologique de la France » souligne la présidente de Région Valérie Pécresse, qui n’avait pas caché sa préférence pour la candidature essonnienne. Pour le territoire, celle-ci considère donc la venue de l’Expo comme « un outil de rayonnement » sans égal.

La carte prévisionnelle du site de l'Expo 2025, au centre se situe l'échangeur de Corbeville, avec au sud, la gare du métro 18 du Moulon (DR/ExpoFrance 2025)

La carte prévisionnelle du site de l’Expo 2025, au centre se situe l’échangeur de Corbeville, avec au sud, la gare du métro 18 du Moulon (DR/ExpoFrance 2025)

Sur le sens de la candidature de la France, ses initiateurs ont voulu « combiner une vision d’avenir et les moyens d’y parvenir », en axant sur la thématique de « la planète au coeur des enjeux d’avenir et en faisant du partage de la connaissance l’accélérateur de l’innovation ». 125 ans après l’accueil de la dernière exposition universelle à Paris, le comité d’organisation ExpoFrance entend « renouer avec l’esprit pionnier » et inscrire l’événement dans la lignée des accords sur le climat de Paris signés en 2015. ExpoFrance s’est entouré dès 2012 et le lancement de l’initiative, de mécènes et entreprises qui ont accompagné et financé le projet. Avec un budget total estimé à 3,5 milliards d’euros, l’Expo devra être autofinancée, promettent les porteurs du projet, qui entendent nouer des partenariats avec un concessionnaire et un délégataire et ainsi « optimiser les besoins en trésorerie et limiter le recours à la dette ». Cette Expo 2025 en France serait ainsi « sobre en argent public » assure Valérie Pécresse, pour qui, « la seule chose demandée » aux collectivités sera de « faire arriver les transports ».

Lire notre article : un montage financier complexe (abonnés)

Au centre du dispositif d’accès au site de l’Expo 2025, la venue du Métro 18 sur le Plateau, dans le cadre du Grand Paris express, constitue la priorité des porteurs du projet. La station prévue au Moulon (Gif), offrirait un accès direct à l’entrée du site de l’Expo, et plusieurs lignes existantes doivent être musclées d’ici 2025. La gare du guichet (RER B) se verrait egalement affublée d’une liaison en téléphérique vers le site de Corbeville. L’annonce de l’Expo 2025 sur Saclay a même conduit l’autorité des transports en Ile-de-France à inscrire dans ses priorités l’édification de la ligne d’Orly à Versailles, tandis que les collectivités commencent à prévoir les aménagements routiers. Des parkings temporaires pourraient être ajoutés le temps de l’Expo, « nous avons identifié des zones autour du golf international, où va se dérouler la Rider cup » précise François Durovray.

L’Exposition universelle pourrait accélérer la venue du Métro sur le Plateau (abonnés)

Le projet de cluster s’affine avec la venue possible de l’Expo 2025

Outre les modes d’accès au site, la question de la capacité hôtelière est également inscrite dans le dossier de candidature français. Avec 50 millions de touristes par an, la région parisienne dispose déjà d’une « large offre d’hébergement » annonce ExpoFrance, qui estime à 160 000 chambres disponibles sur le grand Paris, et 20 000 supplémentaires prévues d’ici 2025. « Nous misons sur les capacités locales, parisiennes et franciliennes » abonde Pascal Lamy, délégué interministériel pour l’Expo 2025. 4 000 logements seront toutefois nécessaires dans un rayon proche du site de l’exposition universelle, estime le comité d’organisation, à destination des exposants et commissaires de l’Expo. A ce sujet, François Durovray affirme : « nous avons la capacité existante, en terme d’hôtels et hébergements ».

Vue du site de l'Expo 2025 depuis une cabine du métro 18

Vue du site de l’Expo 2025 depuis une cabine du métro 18 (©/ExpoFrance 2025)

Concernant le site choisi pour l’Expo, de premières cartes ont été dévoilées (voir ci-dessus), ce qui permet de mieux se projeter. De part et d’autres de la N 118, quelques 110 hectares sont d’ores-et-déjà identifiés, reprenant en grande partie la future zone à aménager de Corbeville, et un morceau de l’actuelle ZAC du Moulon. ‎Depuis maintenant quelques années, avec la venue sur le Plateau de plusieurs écoles et instituts et la construction de nouvelle voies, une véritable ‘ville nouvelle‘ sort de terre dans les deux quartiers de Polytechnique et du Moulon, au milieu desquels l’Expo viendrait s’installer (notre dossier sur le Plateau de Saclay). Une cohérence d’ensemble vantée par le comité d’organisation et les élus du territoire. « Il y a une vraie mobilisation du monde académique en faveur de l’Expo » s’enorgueillit le président de l’agglo et maire de Gif-sur-Yvette Michel Bournat.

Une troisième ZAC devrait ainsi voir le jour si la candidature de la France est retenue en novembre 2018, couvrant le périmètre de l’exposition universelle. La charge de conduire le projet d’aménagement et les infrastructures incombera à l’Etablissement public d’aménagement (EPAPS), déjà à la manœuvre sur le Moulon et Polytechnique, en lien avec la société de l’Expo 2025 et ses délégataires. Une éventualité qui est loin de réjouir les opposants au projet de cluster sur le Plateau, qui voient en la construction annoncée du Village global de l’Expo 2025, un passage en force vers « une urbanisation massive ». Ceux-ci militent contre l’étalement urbain et le rognage des terres agricoles du Plateau. Des arguments balayés par Michel Bournat, pour qui « ces 110 hectares sont dans la zone déjà prévue pour aménagement ». Un débat qui n’est en tout cas pas prêt de se clôturer, en attendant la visite sur place puis le choix du BIE.

Le devenir des terres agricoles au centre des tensions (abonnés)