« Risques sanitaires », « Quid de la conservation des données confidentielles des usagers ». Voici les différentes craintes qu’évoquaient les élus et certains riverains de communes de l’Essonne il y a un peu plus d’un an, au moment de l’annonce des remplacements des compteurs électriques par les fameux Linky. Ce compteur électrique intelligent mis en place par Enedis (ex-ErDF), doit permettre contrairement à leurs prédécesseurs d’envoyer à distance les informations sur la consommation des clients. Une manœuvre qui se faisait jusque-là manuellement. Des compteurs de dernier cri donc, mais qui ne font selon toute vraisemblance pas l’unanimité.

Déjà en avril 2016, quelques communes de France et de Navarre avaient franchi le pas pour s’opposer à l’installation de ces nouveaux boîtiers. En Essonne, seules les communes de Janvry et de Yerres avaient fait le choix de se positionner contre ce nouveau dispositif, en adoptant notamment des délibérations dans ce sens, comme ce fut le cas à Yerres le 11 avril 2016. Quelques mois plus tard, quelques autres communes leur ont emboîté le pas et se battent aujourd’hui pour permettre à leurs administrés de choisir si oui ou non ils veulent des compteurs Linky.

Faut-il avoir peur de Linky ?

Un an après être montée au créneau, rien n’a changé dans le discours de la municipalité de Yerres. Seul l’interlocuteur principal diffère quelque peu. En effet, alors maire au début des débats, Nicolas Dupont-Aignan a dû se contraindre à lâcher les rênes de la commune au profit de son bras droit Olivier Clodong. Changement de personne donc, mais le discours lui, ne bouge pas d’un iota. « Le premier devoir d’un maire est de protéger ses habitants de toute sorte de menaces, résume ainsi le maire fraîchement élu. Les compteurs Linky posent deux problèmes. Un concernant la confidentialité des données transmises par les compteurs. Il y a un côté intrusif qui permet à Enedis de savoir exactement toutes les dix minutes ce qu’il se passe chez vous », récapitule l’édile yerrois. Sur ce sujet de la confidentialité des données personnelles qui transitent par les appareils Linky, la société d’énergie précise qu’il s’agit « de sa priorité ». « Nous ne vendrons pas ces données de consommation. Celles-ci appartiennent au consommateur et ne peuvent être transmises à un tiers sans son accord explicite », confirme le groupe Enedis.

Mais là n’est pas la seule inquiétude, d’autres subsistent notamment sur le plan sanitaire.  « À ce jour, il n’y a pas d’enquête fiable qui existe pour dire si oui ou non les ondes émises par ces appareils sont dangereuses pour la santé, s’inquiète Olivier Clodong. Ces ondes peuvent peut-être à terme être à l’origine de cancers ». Pour sa part, Enedis tient à rassurer une fois de plus l’ensemble des usagers. L’entreprise rappelle ainsi que Linky n’utilise pas les champs électromagnétiques de radiofréquence, mais bien les Courants porteurs en ligne (CPL). « Les études menées par les instituts indépendants (ANSES,ANFR ,….) démontrent que le champ électromagnétique généré mesuré à la sortie du compteur, là où son niveau est le plus fort, est compris entre 0,2 et 1,5 volt par mètre. Ce qui est bien en dessous du seuil des 87 volts définis par la norme européenne, assure-t-on du côté d’Enedis. Le compteur Linky n’induit pas davantage de champs électromagnétiques que le compteur actuel ».

Compteur électrique intelligent Linky

Le compteur électrique intelligent Link (DR/ERDF)

Malgré tout, ces diverses interrogations ont poussé la commune de Yerres à appliquer le principe de précaution et à interdire le déploiement de compteurs communicants sur le territoire de la commune le 11 avril 2016.

Malgré les délibérations, les installations ont débuté

Depuis quelques mois maintenant, Enedis a commencé la pose de compteurs intelligents sur le département. « 581 000 compteurs sont à installer d’ici 2021 », assure l’entreprise qui annonce en avoir déjà mis en place près de 110 000 dans 26 communes de l’Essonne. Ainsi, plus de 19 000 ont été posés à Évry, 15 500 sur Palaiseau, 9 600 sur Longjumeau ou encore presque 4 000 sur Courcouronnes, ou plus étonnant encore 45 à… Yerres.

Malgré l’existence de la délibération, les premiers compteurs intelligents ont donc fait leur apparition dans la commune durant l’été. « À ce jour, 45 ont été installés à Yerres et cela ne semble pas prêt de finir », peste Daniel Cabrère, vice-président de l’ARRP91, une association de riverains qui s’est emparée du sujet. « Car oui,  plusieurs riverains yerrois ont reçu des courriers de la part d’Enedis leur indiquant qu’un agent viendra procéder au changement des boîtiers », poursuit ce dernier. De quoi faire bondir Nicolas Dupont-Aignan, député de la 8e circonscription de l’Essonne et toujours conseiller municipal de ladite commune. « Enedis a fait pression sur nous pour que nous la retirions, mais nous n’avons pas cédé », s’est félicité celui qui souhaite que sa commune soit « le grain de sable dans la machine ». « Il faut maintenant qu’ils entendent ce choix que nous avons formulé », rajoute NDA. Un vœu que formule aussi Bruno Gallier, le maire de Brunoy. À l’image de Fleury-Mérogis notamment, la ville qui compte à ce jour 731 compteurs Linky sur son territoire a fait voter une délibération en juin 2016, instaurant ainsi le principe de précaution. « Nous avons des craintes sur le plan sanitaire, mais aussi nous pensons que cette logique de changer du matériel n’apparaît pas d’une totale évidence, explique le maire Bruno Gallier. N’ayant pas fait le fruit d’attaque, cette délibération doit être respectée par Enedis », clame ce dernier qui déplore que les installations aient été maintenues.

À cela, Enedis apporte ses explications et assure privilégier le dialogue. « Dans la plupart des communes, nos relations se passent bien, commente la société. Dans certains cas, des délibérations sont prises par les communes et sont parfois maintenues. Dans ce cas, les préfectures leur confirment l’illégalité de leur décision. Parfois, les Préfectures ou Enedis sont amenées à présenter des requêtes devant les Tribunaux administratifs contre ces communes », fait état la société. De quoi interpeller Nicolas Dupont-Aignan. « Notre délibération a été validée par la préfecture. Aujourd’hui, elle est inattaquable, donc exécutoire. Celle-ci fait foi d’arrêté municipal désormais », ponctue le député. « A Yerres, nous avons privilégié la discussion avec la mairie. Car encore une fois notre objectif est de ne pas entrer dans ce type de confrontation, mais de favoriser au contraire la concertation et le dialogue », a pour sa part répondu Enedis.

« On frôle la violation de domicile »

Du dialogue et de la concertation certes, mais dans certains cas, les municipalités et les associations de riverains ont relevé quelques « dérapages » comme elles les qualifient. « Dans ma commune, nous avons déjà dû faire intervenir la police municipale, certifie Bruno Gallier, le maire de Brunoy. Des agents d’Enedis ont déjà installé des compteurs en pénétrant dans les garages des gens, sans leur accord et en coupant l’électricité sans se soucier de ce que faisaient les riverains chez eux. On est parfois dans la violation de domicile ou de domaine privé ».

Les recommandations d'Enedis à ses agents (JL/EI)

Les recommandations d’Enedis à ses agents (JL/EI)

Car il faut dire que les recommandations d’Enedis envers ses agents sont parfois cavalières. « Dans le cas où le propriétaire a expressément manifesté son désaccord à l’installation du compteur, le technicien peut tout de même entrer dans la propriété et procéder au remplacement du compteur », écrit la société dans son manuel à destination des poseurs de Linky. Pour la présence d’affiche « Non aux Linky », la société indique de « ne pas tenir compte des affiches ». Pire encore, si le compteur à changer est cadenassé, celle-ci invite ses agents à « casser le cadenas si besoin ». Des pratiques qui inquiètent les riverains réfractaires aux compteurs intelligents. « Mon compteur est dans ma propriété. Donc s’ils me changent mon compteur sans mon autorisation, je déposerai plainte », lance Guy, un Yerrois de 81 ans. « Ce sont des méthodes de voyous, lance tout bonnement Nicolas Dupont-Aignan. La police municipale viendra en aide à ceux qui auront des problèmes avec des agents d’Enedis », confirme ce dernier.

« Les partenaires qui se sont engagés à nos côtés dans cette vaste opération industrielle sont des entreprises sérieuses qui ont été sélectionnées selon un cahier des charges rigoureux », tient à rassurer Enedis qui se dit « à l’écoute de ses clients », avant de rappeler que : « Si toutefois, un technicien ne respecte pas les consignes d’Enedis, le client doit contacter les services du distributeur pour signaler le problème. Un suivi est systématiquement assuré ». Justement, il faudra un suivi bien particulier pour ses communes, qui affirment haut et fort qu’elles « ne lâcheront pas ».