Grégoire Forgeot d’Arc est le tout fraîchement nommé directeur des lignes D et R du réseau Paris-sud-est de la SNCF. Il reprend le flambeau de l’ancien directeur, Julien Duhornoy, parti cet été au cabinet de la ministre des transports. C’est ce dernier qui a lancé lors de ses 18 mois de fonction à ce poste exposé, un chantier d’amélioration rapide des conditions de voyage sur le RER D.

Mandatée par la Région et son autorité des transports le Stif (rebaptisé Ile-de-France mobilités), la direction de Transilien a concocté une réorganisation complète des branches sud de la ligne. Prévu pour être mis en place fin 2018, le désormais célèbre ‘SA 2019’ doit ainsi mettre un terme aux liaisons Paris pour trois branches secondaires – Melun-Corbeil, Malesherbes-Corbeil et Corbeil-Juvisy par la vallée. Des rames supplémentaires seront en contreparties ajoutées aux heures de pointe, sur les branches principales Corbeil-Evry Courcouronnes- Juvisy-Paris et Melun-Montgeron-Villeneuve-Paris.

RER D : ce qui nous attend pour fin 2018

La direction du RER D affirme que ces changements rendront la ligne plus fluide et réduiront de « 25% » les retards, suppressions de trains et autres RER rendus sans arrêt. Avant d’entamer une ultime phase de consultation sur les modalités de mise en oeuvre de ce plan, le nouveau directeur du RER D a présenté à la presse locale les modalités de cette « concertation », tout en justifiant une nouvelle fois l’intérêt de bousculer de cette manière l’organisation des branches sud de la ligne.

Voici la proposition de la SNCF et du Stif concernant l'organisation des branches du sud de la ligne D du RER pour 2019

Voici la proposition de la SNCF et du Stif concernant l’organisation des branches du sud de la ligne D pour 2019 (DR)

« Le principe est posé, mais il peut y avoir des ajustements et des choses à améliorer » pose le nouveau directeur du RER D, en dressant le constat sous forme d’interrogation : « est ce que la qualité de service est satisfaisante? La situation est-elle tenable? La réponse est dans la question ». Il s’agit donc pour lui de « pouvoir agir rapidement », en « traitant le problème du noeud de Corbeil ». L’argument développé est celui d’une circulation sur la ligne qui « va aller de pire en pire », en tenant compte du fait que le nombre de voyageurs « augmente de 3% par an ».

Des arguments qui sont loin de faire mouche auprès des premiers concernés. Depuis plusieurs mois, la révolte gronde du côté des usagers, et leurs représentants l’association Sadur, ainsi que chez certains élus du sud-Essonne. Principalement impactés par les bouleversements des lignes, les maires de la ligne Malesherbes entendent faire reculer la Région et la SNCF. Ils occupent ainsi le terrain depuis plusieurs mois (lire notre article), entre pétitions, réunions publiques et lettres aux ministres.

Une concertation « bâclée »?

Un courrier a ainsi été adressé dans ce sens à la ministre des transports Elisabeth Borne, qui a promis en retour qu’elle veillerait à ce qu’aucun territoire ne sorte perdant de ces changements. Ce samedi 30 septembre, le collectif représentant les élus de la ligne ‘vallée’ organisait à son tour une réunion de mobilisation à Soisy-sur-Seine, avec le soutien des maires des communes concernées. La Sadur s’en prend de son côté à la concertation promise par les élus de la Région, qui selon elle « s’apparente à une mascarade ». Organisée d’octobre à décembre, cette série de rencontres devant pencher sur l’épineuse question des modifications du plan de circulation est jugée bien trop courte par les responsables associatifs. Il s’agit pour la Sadur d’une « si faible durée, au vu des modifications de desserte envisagées ».

Le nouveau directeur de la ligne D Grégoire Forgeot d'Arc, au siège de la ligne situé Gare de Lyon

Le nouveau directeur de la ligne D Grégoire Forgeot d’Arc (JM/EI)

De plus, cette concertation de trois mois risque bien de se limiter aux détails du plan de circulation 2019. « Si le Conseil régional commence à voter des mesures afférent au SA 2019, c’est que la modification de desserte est validée de fait » s’alarment les représentants des usagers. Pour le directeur de la ligne D, le « principe » du découpage des lignes n’est en effet plus à discuter. Grégoire Forgeot d’Arc précise également que cette « troisième concertation » ne comprendra pas de réunions publiques cet automne, à la différence de l’an dernier, mais qu’il s’agira de « deux ateliers ouverts aux élus et associations ». Un détail qui ne manquera pas d’interpeler la Sadur, qui réclame une réelle remise à plat du sujet du découpage de la ligne, incluant un diagnostic complet sur la situation actuelle, les propositions de solutions, puis un schéma d’ensemble, « quitte à ce que le SA 2019 ne voit le jour qu’en 2020 ou 2021 ».

Pas de possibilité de décaler la mise en oeuvre du plan RER D, rétorque son directeur, arguant que « la concertation a eu lieu » et que la délibération entérinant le SA 2019 doit intervenir en janvier 2018 au Stif. Il reste toutefois « des aménagements possibles » poursuit le cadre de la SNCF, qui exerçait auparavant comme directeur du réseau commercial de la société de chemin de fer nationale. « La ligne D sera simplifiée » vante-t-il, en promettant que quelques points sont ouverts à discussion avant le bouclage définitif du projet. « A quelle heure ferons-nous partir le dernier train? C’est un sujet » illustre-t-il, ne sachant pourtant pas répondre sur les derniers départs actuels de Gare de Lyon vers le sud (00H46 pour la branche vallée, 01h01 pour le ‘plateau’).

Que font les élus de la Région?

Pour la présidente de la Région Valérie Pécresse, la décision finale sur le découpage de la ligne « sera bien prise début 2018 ». Interrogée par Essonne Info sur les conséquences de la nouvelle organisation des branches du RER D, elle assure vouloir que les voyageurs « trouvent leur compte » dans ce nouveau schéma. Mettant en avant l’achat des nouvelles rames par la Région, elle indique : « je souhaite que la branche Malesherbes soit dotée du meilleur matériel roulant », afin, affirme-t-elle, « qu’ils voyagent dans les meilleures conditions ».

Finis les BUPE, ZOPA et autre ROVO d'ici un an et demi sur le RER D, ici au départ de Paris Gare de Lyon

Finis les BUPE, ZOPA et autre ROVO d’ici un an et demi (JM/EI)

Concernant la nouvelle concertation, qu’elle précise avoir voulu, certains détails restent à trancher selon la présidente de Région : « est ce que le changement de train se fera quai à quai? Quel renfort de l’offre? ». Les prochaines discussions doivent ainsi servir à ce que les usagers concernés « calculent eux-mêmes les gains » de cette nouvelle structuration de la ligne. Le dossier risque en tout cas de faire tanguer une nouvelle fois sa majorité régionale, la présidente n’hésitant pas à envoyer au front son vice-président aux transports et maire de Courcouronnes Stéphane Beaudet. Charge à lui de tenter d’amadouer les élus récalcitrants.

Et il aura fort à faire ces prochaines semaines. Les élus mobilisés du territoire entendent user de tous les moyens pour empêcher le découpage annoncé du RER D. A l’image de Stéphane Raffalli, le maire de Ris-Orangis, qui n’était pas opposé au principe il y a quelques mois, sous certaines conditions : « j’avais demandé des compensations, comme des changements quais à quais systématiques à Juvisy puis des direct Paris ». Mais n’étant pas entendu, il a rejoint le mouvement de protestation contre le SA 2019, affirmant aujourd’hui être prêt à mener « un vrai bras de fer » face au Stif et la SNCF. Après la réunion de Soisy-sur-Seine, « on va commencer à s’organiser pour faire de l’action politique, citoyenne et judiciaire » annonce le maire de Ris, ajoutant « qu’entre les maires de la vallée, le mouvement a fait tache d’huile ». Celui qui se dit « pas opposé par contre à l’achat des rames » se réjouit de la jonction opérée avec les élus du sud-Essonne concernés par la branche Malesherbes.

Nombreux sont les maires du sud-Essonne qui manifestent depuis début 2017, à l’image de Jean-Philippe Dugoin, le maire de Mennecy, également conseiller régional de la majorité de Valérie Pécresse, qui n’hésite pas à s’afficher au petit matin à la gare, pétition à la main, avant de siéger avec ses collègues à la Région. Lors de la « concertation » qui s’ouvre, Grégoire Forgeot d’Arc essaiera une nouvelle fois d’ajuster ses arguments sur l’amélioration du service attendue par ce nouveau plan de circulation, et s’engagera auprès des élus concernés sur « des changements quais à quais à Juvisy » et à Corbeil hors heure de pointe. Si le projet en l’état se concrétise, les nouvelles rames, à plancher bas, seront installées sur la ligne Malesherbes-Juvisy dès l’ouverture de celle-ci. Un calendrier que la SNCF comme la Région entendent bien respecter. Des travaux seront réalisés sur les quais de Corbeil et Juvisy pour les mettre à niveau. De plus la gare de Viry-Chatillon connaitra un « embellissement » ajoute le directeur du RER D. Valérie Pécresse se montre sur la même ligne, et écarte les critiques émises par les élus du 91, les enjoignant à « ne pas s’inquiéter » des modifications à venir.

Notre dossier sur le ‘SA 2019’