Ça y est, nous connaissons l’identité des heureux élus qui prendront leurs quartiers au sein du Sénat le 2 octobre prochain. Parmi eux, quatre y effectueront leurs premiers pas, tandis qu’un d’entre eux y revient pour un second mandat. Vincent Delahaye est ainsi le seul sénateur sortant à être réélu, tandis que Jean-Raymond Hugonet, Laure Darcos, Jocelyne Guidez et Olivier Léonhardt vont faire leur entrée au Sénat pour la première fois.

La droite ressort la tête de l’eau

La déferlante macroniste qui avait frappé lors des élections législatives n’a pas eu lieu lors de ces sénatoriales, tant au niveau national, que sur le plan départemental d’ailleurs. Là où le mouvement d’Emmanuel Macron avait raflé six circonscriptions essonniennes sur dix en juin dernier, les candidats officiels de La République en Marche ont échoué dans leur quête d’un siège à la Chambre haute. La liste composée du duo Anne Pelletier-Le Barbier et de Pascal Fournier n’arrive qu’en cinquième position avec un total de 191 voix sur 2 386 votants. « Nous sommes forcément un peu déçus, mais nous étions conscients que le combat allait être difficile », lâchaient quelques soutiens de la liste lors de la proclamation des résultats.

Comme au niveau national, ce sont finalement la droite et le centre qui ont tiré leur épingle du jeu. Et c’est le sénateur sortant Vincent Delahaye qui ressort grand vainqueur de ce scrutin. Sa liste « Libres et indépendants pour l’Essonne » a récolté pas moins de 728 suffrages, lui permettant ainsi d’obtenir un second mandat au Sénat. Celui qui est aussi maire de Massy n’entrera pas seul dans la Chambre haute, puisque sa colistière Jocelyne Guidez, maire de Saint-Chéron, a également obtenu son précieux sésame. « Tout cela, nous le devons grâce au développement d’un réseau de soutiens et d’amitiés sur le département. Le travail de proximité et le côté indépendant de notre démarche a payé, a confié Vincent Delahaye. Dommage que nous n’ayons pas pu obtenir un troisième siège », glisse toutefois ce dernier.

Après avoir échoué dans sa quête à la députation, Laure Darcos est devenue sénatrice de l'Essonne (JL/EI)

Après avoir échoué dans sa quête à la députation, Laure Darcos est devenue sénatrice de l’Essonne (JL/EI)

Autres vainqueurs du scrutin, les candidats estampillés Les Républicains. Malgré la présence de deux listes dissidentes conduites par Caroline Parâtre (137 voix) et par Geneviève Colot (41 voix), la liste LR a réussi à faire aussi bien que ses homologues centristes en décrochant également deux sièges au Sénat avec un score de 494 voix. « La droite reprend la majorité des sénateurs de l’Essonne, s’est félicité Jean-Raymond Hugonet, le tête de liste et nouveau sénateur. Nous ferons tout pour qu’Emmanuel Macron ne dispose pas de la majorité des trois-cinquièmes. Je ne veux pas m’inscrire dans une opposition stérile », conclut ce dernier. « En Essonne, cette victoire montre que la famille des Républicains est toujours debout, et qu’on veut pouvoir défendre nos valeurs », certifie Laure Darcos, la seconde sénatrice LR, très émue à la suite de la proclamation des résultats, elle qui avait été battue par Cédric Villani lors des législatives.

A gauche, la division fait perdre le siège

En 2011, lors du dernier renouvellement du Sénat, les forces de gauche avaient décroché trois des cinq sièges mis en jeu, avec l’écologiste Jean-Vincent Placé et les socialistes Claire-Lise Campion et Michel Berson. Ce dimanche 24 septembre, seul un siège a pu être sauvé par « un socialiste de cœur », comme il se définit aujourd’hui. Ce dernier n’est autre qu’Olivier Léonhardt. Le maire de Sainte-Geneviève-des-Bois, ancien membre du Parti socialiste, chipe l’ultime siège à un autre candidat de gauche, le communiste Bernard Véra avec 272 voix contre 213. « C’est une vraie victoire d’équipe, s’est réjoui Olivier Léonhardt. Le rassemblement que nous avons proposé avec cette ouverture politique a séduit et nous a permis de remporter un siège », confie celui qui s’inscrit dans le cadre de la majorité présidentielle. « Je souhaite travailler avec tout le monde et même avec ceux qui n’ont pas gagné », assure-t-il.

Olivier Léonhardt ira au Sénat avec pour objectif de faire partie de la majorité présidentielle (JM/EI)

Olivier Léonhardt ira au Sénat avec pour objectif de faire partie de la majorité présidentielle (JM/EI)

Battu d’une cinquantaine de voix, Bernard Véra se veut dans un premier temps beau joueur. « Je suis très satisfait des résultats de la liste, nous avons fait un score remarquable dans des conditions de dispersion de la gauche », relate l’ancien maire de Briis-sous-Forges, avant d’affirmer : « Mais je regrette qu’il y ait 4 sénateurs de droite et 1 sénateur qui a dit pendant sa campagne qu’il accompagnerait le Président de la République ». Le manque d’unité de la gauche fait perdre à cette dernière le fameux siège de sénateur tant désiré. « Ces divisions montrent que quand on se rassemble, on peut devenir la première force de gauche en Essonne. Nous sommes arrivés devant la liste PS (185 voix) et les Verts (50 voix), nous étions en capacité de gagner si nous nous étions rassemblés », note Bernard Véra avec un brin de déception.

Le FN poursuit son ancrage

 

Une droite de nouveau conquérante, une gauche divisée, une majorité présidentielle mi-figue mi-raisin et un FN étonnamment fort. En effet, bien que le parti frontiste ait réalisé un score inférieur à 100 voix (82 au total), celui-ci multiplie par cinq son score de 2011. A cette époque, le tête de liste Cédric Giraud n’avait obtenu que 18 voix. Comment peut-on expliquer une telle poussée alors que le parti ne possédait que 20 grands électeurs sur le département ? « C’est un énorme travail de terrain auprès de tous les grands électeurs. Notre discours a trouvé écho auprès de conseillers municipaux de toute l’Essonne. Il faut dire qu’on nous vend une politique de proximité et en fait nous en sommes très loin », résume le chef de file François Hélie.

François Hélie n'est pas devenu sénateur, mais il a réussi à quintupler le score du FN en cinq ans (JL/EI)

François Hélie n’est pas devenu sénateur, mais il a réussi à quintupler le score du FN en cinq ans (JL/EI)

« Avec toutes les divisions qu’il peut y avoir au sein de la droite et avec la poursuite de l’ancrage au niveau local, le Front national finira bien par avoir un sénateur essonnien lors du prochain renouvellement », augure même, non sans une pointe d’ironie Audrey Guibert, la secrétaire départementale du parti de Marine Le Pen.

Les maires rendront leur écharpe

Les nouveaux sénateurs effectueront très prochainement leur entrée dans la Chambre haute, le 2 octobre prochain. Comme pour les députés élus récemment, certains vont devoir rendre leur écharpe de maire et/ou de président d’intercommunalité. Vincent Delahaye et Jocelyne Guidez sont tous deux concernés. Le premier est maire de Massy depuis 1995. Quelque peu hostile à la loi, celui-ci assure qu’il se mettra en conformité avec la loi. « Le conseil municipal de Massy élira mon successeur le 22 octobre prochain », confie Vincent Delahaye. Il s’agira de Nicolas Samsoën, déjà maire adjoint de la commune. Il prendra aussi le poste de vice-président à la communauté d’agglo Paris-Saclay.

La seconde est maire de Saint-Chéron et présidente de la communauté de communes du Dourdannais. « Etant quelqu’un de très carré, j’ai forcément commencé à préparer la suite, confie Jocelyne Guidez, qui en est à son deuxième mandat de maire. A la mairie de Saint-Chéron, c’est mon premier adjoint qui prendra ma succession. Pour l’intercommunalité, nous allons faire ça dans la concertation », explique-t-elle avant d’admettre : « Le plus dur sera de rendre mon mandat de maire. C’est grâce à ce mandat que j’ai pu en arriver aujourd’hui. C’est un mandat qui vous permet de garder un pied sur le terrain et d’être dans la réalité. Je ne suis pas forcément pour cette interdiction de cumul, surtout pour un mandat de maire et de parlementaire, mais c’est comme ça, il faut s’y tenir ».

Autre élu concerné par ces questions, le maire de Sainte-Geneviève-des-Bois. « Je ne suis pas inquiet pour trouver les bonnes figures qui prendront la suite. Ce sera le fruit d’une décision collective mûrement réfléchie ». Pour la mairie génovéfaine, Frédéric Petitta est en pole position pour récupérer l’écharpe aux glands dorés. « Il a remporté deux élections en son nom pour le Conseil départemental. Les gens le connaissent bien, c’est un avantage », ajoute Olivier Léonhardt. Pour Cœur d’Essonne agglomération, dont il est président, rien n’est encore fait, mais certains commencent à y penser. « J’occupe le poste de 1er vice-président et j’ai été président de l’Arpajonnais. Je sais ce que cela représente d’occuper cette fonction », lance tout simplement Bernard Sprotti (LR), le maire de Breuillet. A bon entendeur…

Jean-Raymond Hugonet restera conseiller municipal de Limours et conseiller régional (JL/EI)

Jean-Raymond Hugonet restera conseiller municipal de Limours et conseiller régional (JL/EI)

Enfin, Jean-Raymond Hugonet, le maire de Limours cèdera lui aussi son écharpe. « Gouverner, c’est prévoir, donc j’ai pensé à ma succession. Elle se fera dans la continuité », indique-t-il avant de critiquer : « C’est une loi médiatique. Empêcher un sénateur d’être maire, c’est un non-sens », complète celui qui restera conseiller municipal de Limours et conseiller régional.

Les nouveaux sénateurs effectueront leur rentrée le 2 octobre prochain. En ce qui concerne le fait de se mettre en conformité avec la loi sur le non cumul des mandats, ceux-ci auront jusqu’au 24 octobre pour entériner leur succession.

Les résultats de l’élection du 24 septembre 2017 :

Libres et indépendants pour l’Essonne (V.Delahaye) : 728 voix, 2 ELUS (Vincent Delahaye, Jocelyne Guidez)
Engagés pour l’Essonne (JR Hugonet) : 494 voix, 2 ELUS (JR Hugonet et Laure Darcos)
L’Essonne qui se bat (O.Léonhardt) : 272 voix, 1 ELU (Olivier Léonhardt)
Pour nous c’est simple, c’est la gauche rassemblée (B.Véra) : 213 voix
L’Essonne en Marche ! (A.Pelletier-Le Barbier) : 191 voix
L’Essonne avant tout (C.Da Silva) : 185 voix
Défendre ceux qui font l’Essonne (C.Parâtre) : 137 voix
Bleu marine pour la défense de nos communes et de nos départements (F.Hélie) : 82 voix
L’écologie pour des territoires durables (F.Chourfi) : 50 voix
L’Essonne au cœur (G.Colot) : 41 voix