Dimanche 24 septembre, les 2 541 grands électeurs du département auront la lourde tâche d’élire les cinq sénateurs qui représenteront le territoire essonnien au Sénat. Ceux-ci auront le choix entre dix listes, soit une de plus qu’en 2011 lors du dernier renouvellement de la Chambre haute. La droite et la gauche classiques et ceux se réclamant de la majorité présidentielle avancent vers ce scrutin divisés. En 2011, les forces de gauche avaient réussi à hisser trois de leurs candidats au Palais du Luxembourg, à savoir l’écologiste Jean-Vincent Placé, les socialistes Claire-Lise Campion et Michel Berson.

Aujourd’hui, la gauche apparait en pleine recomposition au niveau national. Au niveau local, là où les accords d’appareils étaient monnaie courante il y a encore quelques années entre les différents partis, ceux-ci ne semblent plus d’actualité. En effet, outre la liste dissidente de Michel Berson en 2011, socialistes, écologistes et communistes figuraient dans la même équipe. Mais aujourd’hui, chacun fait bande à part. Le tandem Carlos Da Silva et Rafika Rezgui défendra les couleurs d’un Parti socialiste en reconstruction après la gifle reçue lors de l’élection présidentielle puis législatives. Une liste qui se définit comme « la gauche rassemblée », construite autour de l’ancien sénateur communiste Bernard Véra et de la socialiste Hella Kribi-Romdhane est aussi de la partie, en plus de la liste écologiste, conduite par la conseillère municipale d’opposition de Corbeil-Essonnes, Fadila Chourfi. Elus sur la même liste il y a six ans, ceux-ci tentent l’aventure en solo. Une aventure qui pourrait bien se solder par une déconvenue pour l’ensemble de ces formations politiques qui pourraient rentrer bredouille de ce scrutin.

La déconfiture annoncée?

Pourquoi n’ont-ils pas pu se mettre d’accord ? Le chef de file et patron des socialistes de l’Essonne Carlos Da Silva avance des premiers éléments de réponse. « Le contexte est bien différent de celui de 2011. A cette époque, la gauche était en position de conquête, dans une logique anti-sarkozyste et non dans celle de recomposition dans laquelle elle se trouve aujourd’hui. Je ne peux que déplorer que l’unité ne soit pas au rendez-vous  », explique ce dernier, avant de relativiser. « De toute manière, aucun département de France hormis le Val-de-Marne sans doute, n’a été capable de présenter une liste d’union de la gauche ». Du côté des ex-partenaires écologistes, on confirme que la volonté de proposer une liste autonome est assumée de longue date. « C’est au niveau régional que cela s’est fait durant l’été. Il a été décidé de faire des listes autonomes dans chacun des départements de la région Ile-de-France, renseigne Vincent Hulin, le secrétaire départemental d’EELV. Il y a eu des discussions avec les partenaires, mais nous avons finalement estimé que nous avions des choses à dire et des projets à porter. En d’autres termes, les listes présentes ne portaient pas l’ensemble de nos valeurs  », commente ce dernier qui souhaite notamment par le biais de cette liste verser la question de l’exposition universelle 2025, ou encore la préservation de la planète au cœur des débats.

Problèmes programmatiques donc, et parfois de personnes. C’est en tout cas ce que semble révéler Hella Kribi-Romdhane, la binôme du communiste Bernard Véra sur la troisième liste de gauche. « Je ne me résous pas à ce que l’Essonne ne dispose d’aucun sénateur de gauche à cause des divisions ou de la volonté d’hégémonie. Certains ont œuvré pour qu’une large liste de rassemblement de la gauche voit le jour. Les égos ont malheureusement primé sur l’intérêt général… », rage-t-elle sur les réseaux sociaux. « Les élus locaux que nous sommes ne peuvent pas rester spectateurs d’une telle catastrophe qui priverait l’Essonne d’un sénateur de gauche après la disparition de tous les députés de gauche en juin dernier », conclut cette dernière, ex-porte-parole de campagne de Benoît Hamon pendant la Présidentielle. Un pic qui fait réagir le premier fédéral socialiste. « Il y a eu un certain flottement à l’issue de l’été qui a pris une ampleur particulière. Certains se sont inscrits dans des démarches qui ne sont pas constructives ni utiles. Et là encore, je ne peux que le regretter », tacle Carlos Da Silva.

Quand les socialistes s’étripent

Outre cette division de la gauche qui voit désormais trois listes s’affronter, d’autres figures locales issues de ces rangs ont aussi choisi de prendre part à ce scrutin.. mais sur d’autres listes. Pascal Fournier, l’ancien maire et vice-président du Conseil départemental est également de la partie sur la liste officielle du mouvement d’Emmanuel Macron. « Pour lui le cas est compréhensible. Depuis les municipales 2014, il s’inscrit dans une logique de large rassemblement. Son cheminement est assez logique », confirme-t-on du côté du PS local. Mais cela signifie que pour les autres, leur choix a plus de mal à passer auprès de la fédération socialiste. « Des gens sont dans des démarches politiques que je ne peux soutenir », lance ainsi Carlos Da Silva. Directement visés, ses camarades Olivier Léonhardt et Francis Chouat, respectivement maires PS de Sainte-Geneviève-des-Bois et d’Evry. Les deux hommes ont choisi de s’investir dans une liste se réclamant de la majorité présidentielle, aux côtés du sénateur sortant devenu En Marche Michel Berson, le tout avec l’aval de Manuel Valls. « Nous sommes socialistes de cœur, mais aujourd’hui nous ne pouvons plus nous reconnaître dans le PS, résume Francis Chouat, à propos de lui et de son tête de liste. Dorénavant, il est préférable de nous appeler les progressistes républicains ». Dans les rangs du parti au poing et à la rose, cette démarche fait jaser. « On a tout fait pour eux et voilà qu’ils amènent encore plus de division », soufflent certains caciques de gauche. « Ça ressemble fortement à une fin de parcours politique », raillent d’autres cadres. Une participation à ces listes « dissidentes » entraîne ainsi directement une procédure d’exclusion du PS. Outre Francis Chouat et Olivier Léonhardt, auxquels le PS réclame plusieurs dizaines de milliers d’euros d’arriérés de cotisations, d’autres comme Hella Kribi-Romdhane devraient être concernés. « Mes convictions ne changent pas, mais comme de nombreux socialistes, je ne me reconnais pas dans ces attitudes de renoncement », confiait-elle récemment.

Du côté des écologistes, une figure locale a également choisi de prendre ses distances. Il s’agit du maire de Pussay, Grégory Courtas. Celui-ci est également parti rejoindre la liste Léonhardt/Chouat, assumant sa « liberté politique ». « En effet, il ne fait plus partie de nos adhérents », affirme Vincent Hulin qui garantit que la séparation s’est faite « en bons termes ».

Une multitude de listes assortie d’un contexte très compliqué pour la gauche et ses composantes ne devraient pas laisser un grand champ d’action à ces listes. La gauche pourrait cependant voir son salut en la présence des deux listes dissidentes à droite en plus des listes LR (Hugonet/Darcos) et UDI (Delahaye), à savoir celles de Geneviève Colot et de Caroline Parâtre. Ces présences pourraient justement permettre à la gauche de sauver un siège. « Ça ne se jouera pas à grand-chose. Sans doute à quelques voix près », pronostique Carlos Da Silva. Pour rappel, en 2011, il avait suffi de seulement neuf voix à Serge Dassault pour souffler le siège du sénateur sortant Laurent Béteille. Verrons-nous un remake six ans après ?

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