La colère gronde sur le site Alcatel-Lucent de Nozay, propriété du groupe Nokia depuis 2 ans. Ce lundi matin, plus de 200 personnes ont répondu à l’appel des organisations syndicales au débrayage devant l’entrée du site de Villarceaux, alors que se réunissait pour deux jours le Comité central d’entreprise du groupe. A l’ordre du jour, le ‘plan de transformation de l’activité’ préparé par l’entreprise de télécommunication, incluant quelques 600 suppressions d’emplois en France, devait être détaillé aux salariés.

Depuis l’annonce des projets de la direction de Nokia, les représentants du personnel sont montés au créneau pour dénoncer ce qu’ils nomment des « licenciements boursiers ». Impactés, les deux sites de Lannion (22) et Nozay dans l’Essonne, n’en sont pas à leur premier plan social (PSE), le dernier en date se terminant au mois de décembre prochain. Surtout, l’intersyndicale (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT) pointe le fait que le rachat de leur entreprise par Nokia devait s’accompagner d’embauches pour les sites français.

L’Etat a donc été interpellé, et le secrétaire d’Etat à l’économie Benjamin Grivaux a reçu la semaine dernière une délégation de l’intersyndicale, avant une rencontre ce mardi avec la direction de Nokia. « Ils ont été à l’écoute, et posaient beaucoup de questions » rapporte Pascal Guihéneuf, délégué central CFDT de Nokia qui participait à la rencontre. Son collègue de la CGT Claude Josserand souligne lui que « le gouvernement a bien compris qu’ils avaient été bernés il y a deux ans ».

Quid des 500 recrutements promis ?

Au moment du rachat d’Alcatel-Lucent par Nokia, le groupe finlandais s’était engagé à procéder à 500 recrutements en France dans la Recherche et développement (R&D). Une promesse sur laquelle se base aujourd’hui la nouvelle députée Marie-Pierre Rixain (EM) pour demander des comptes au groupe : « notre majorité veut créer un contexte intéressant pour les entreprises, en diminuant les charges, pour qu’elles puissent recruter, mais celles-ci doivent respecter leurs engagements ».

Participante aux rencontres au ministère, la députée se réclame d’une « intention bienveillante », et ne conteste pas le PSE en tant que tel, mais aimerait des garanties sur les 500 embauches promises, « car aujourd’hui, on est loin du compte ». Une réunion tripartite au ministère avec la direction et les syndicats est annoncée pour la fin du mois. D’ici là, la situation ne risque pas de se décrisper, bien que les organisations syndicales n’escomptent pas les mêmes résultats des discussions qui s’ouvrent.

Ce lundi matin, un barrage filtrant était installé devant l’entrée du site de Nozay, une action décidée la semaine dernière en assemblée générale du personnel. Mais ce rassemblement symbolique devait au départ prendre les traits d’un blocage du site. Avant que la CFDT ne se ravise durant le week-end. « On appelait tous au blocage ce matin, mais la direction nous a proposé de suspendre la procédure du PSE jusqu’à la réunion tripartite, on a donc décidé de le remplacer par un rassemblement-filtrage » explique Pascal Guihéneuf.

Délocalisation dans des « hubs en Europe »

Le représentant du personnel dit « ne pas espérer la suppression de tout le PSE », et entend obtenir « un plan d’embauche précis » de la part de sa direction. Pour le délégué syndical central CGT, l’Etat doit faire pression sur l’entreprise pour empêcher la suppression d’emplois en France, « car ils ont reçu énormément d’argent public, dont 67 millions d’euros en Crédit d’impôt recherche (CIR) ». Selon les représentants du personnel, une grande partie des suppressions d’emploi correspondent à des créations dans d’autres sites Nokia en Europe, notamment en Hongrie, Portugal et Pologne.

Quelques 3900 personnes travaillent sur le site de Nozay, pour l’entreprise Nokia, sa filiale Bell Labs, et leurs centaines de sous-traitants et salariés de SS2I. Les principaux domaines d’activités du groupe concernent les liaisons filaires, et sans fil, la 5G, en encore des sujets plus spécialisés comme les télécables sous-marins. Les sites d’Asnières et récemment Boulogne ont été regroupés au sein de cette ‘Cité de l’innovation’. Pour le plan social annoncé début septembre, 506 postes en moins sont prévus sur le site essonnien d’ici 2019, dans les fonctions supports essentiellement.

Contactée, la direction de Nokia France donne quelques détails, tout en précisant que le groupe communiquera après sa rencontre avec le ministre : « nous avons un plan de transformation de l’activité en France, avec la volonté d’en faire notre place forte de recherche sur la 5G et la cybersécurité. Certaines fonctions sont regroupées dans des hubs en Europe, pour plus d’efficacité, principalement dans les fonctions centrales et supports ». Concernant le plan d’embauche promis, le groupe de télécom affirme qu’il va « renforcer les effectifs de R&D » comme il s’y était engagé.

Les salariés mobilisés de Nokia ont peint des centaines de croix pour illustrer les suppressions d'emplois annoncées sur le site Alcatel-Lucent de Nozay

Les salariés mobilisés ont peint des centaines de croix pour illustrer les suppressions d’emplois annoncées sur le site de Nozay (JM/EI)