C’est un temps de rencontres, d’échanges de pratiques artistiques, monté « sans un rond » par l’association evryenne Préfigurations depuis plus de 10 ans. Franck Senaud, plasticien et professeur d’art en est à l’initiative depuis l’origine. La logique du festival est de montrer le travail « de ces artistes qui nourrissent la ville, et nous la font voir autrement ».

Tout au long de l’année, l’association propose des ciné-peintures, des expositions dans des restaurants ainsi que des cycles de visites ‘street-art’ dans la région d’Evry. Mais ce temps de festival était un moment particulier pour Franck Senaud et la dizaine de bénévoles qui composent le staff de Préfigurations. Autour d’une thématique (les exilés et la ville, les enfants et la ville..), la programmation pluridisciplinaire nous entraînait à la découverte d’oeuvres cinématographiques, de performances artistiques ou encore d’expositions novatrices.

La particularité de Villes & Toiles est d’allier ces diffusions avec de multiples temps d’échanges et débats. Intellectuels, artistes, cinéastes, sont par dizaines venus parler de leur pratique et confronter leur vision de la ville à celui du public local.

La politique par les arts

Et pour cette onzième édition, qui s’ouvre ce vendredi soir, la lumière est projetée sur le travail des femmes. Les femmes artistes, mais pas que. ‘Elles regardent le monde’ est le nom choisi pour la dizaine d’évènements organisés jusqu’à mi-octobre à Evry, Ris-Orangis et Brétigny. Le vernissage de l’exposition peinture et photos « Femme plurielle, travaux singulier » ce vendredi (18h30) au théâtre de l’Agora marquera le lancement du festival. Il s’agit d’un regard à travers l’oeil de deux photographes et d’un peintre de femmes sur leur lieu de travail. De quoi casser les codes et préjugés, en montrant des métiers que « l’on ne voit pas ».

Le 30, c’est la place des Terrasses qui prendra vie, avec l’artiste circassienne Chloé Moglia qui proposera une performance inédite entre danse et trapèze acrobatique. Au Ciné 220 de Brétigny le 7 octobre, la réalisatrice Tony Marshall, seule femme césarisée, viendra participer à une rencontre après la diffusion de ‘Venus beauté’. Dans la même salle le 6 octobre, Sotha et Romain Bouteille, fondateur du Café de la gare, seront présents à l’occasion de la ressortie du film « Au long de la rivière Tang » (1973). Trois projections-conférences se déroulent par ailleurs aux Cinoches de Ris, autour de vieux films américains qui ont marqué l’imaginaire d’Hollywood et la place des femmes dans le cinéma. Un colloque sur le street-art au féminin à l’université d’Evry viendra conclure le festival le 10 octobre.

« Nous voulons observer le travail des femmes, mais sans réduire le travail de ces artistes à leur statut de femme » confie Franck Senaud. Poser son regard sur la ville, c’est aussi « regarder ce qu’il y a autour de nous », à travers l’imaginaire transmis par ces artistes. Tout comme la dimension d’appropriation de l’espace qu’ils se permettent. Dans un monde conventionné, c’est bien faire preuve de politique que de se saisir de la ville et de la modeler de cette manière. « Une oeuvre d’art, ce n’est pas juste une décoration » illustre parfaitement Franck Senaud.