Le projet de ligne 18 du métro, inclus dans le chantier de la double boucle du Grand Paris express, ‎bénéficie d’un coup de pouce, à peine deux mois après le choix du comité de pilotage d’ExpoFrance du Plateau de Saclay pour accueillir le village global. Si la France est choisie, en novembre 2018 par le Bureau international des expositions (BIE), le site principal de l’Exposition universelle 2025 s’installerait pour 6 mois sur le Plateau de Saclay.

Situé entre le Moulon et le quartier Polytechnique, le secteur de Corbeville est le site retenu pour accueillir les 110 hectares du projet, dans lequel s’installerait le globe monumental de l’exposition, ainsi que les pavillons des différents pays représentés. A cheval sur la N118, cette zone de la frange sud du Plateau de Saclay viendrait s’imbriquer dans le ‘campus urbain’ en construction, établissant ainsi un quartier en continu de Palaiseau à Saint-Aubin en passant par Orsay, Saclay et Gif.

La question de la desserte du site est d’emblée posée dans le cadre de la préparation de cette candidature. Avec des fréquentations journalières pouvant atteindre 300 000 personnes, et environ 50 millions de visiteurs au total sur les 6 mois, les infrastructures devront être à la hauteur si la France est choisie comme nation hôte de l’Expo 2025. Entre les bouchons de la 118 et les galères du RER B, difficile de se projeter à huit ans. C’est donc bien vers la Société du Grand Paris (SGP) et son projet de métro 18 que les regards se tournent.

Un métro.. plus vite !

Le conseil d’administration du syndicat des transports de la Région, le Stif, a adopté à une large majorité un rapport relatif à la desserte en transports en commun du site candidat. Et il place la construction du métro 18 au centre de cet « enjeu de taille » de la desserte du Plateau. Annoncée à l’horizon 2024, la première partie de la ligne reliera Orly au CEA, en passant par Massy et le Plateau, avec « la future station Orsay-Gif (Moulon) – qui – se trouve à proximité immédiate de l’entrée principale du site de l’exposition » rappelle le Stif dans son rapport.

Un rapport qui souligne également la nécessité de porter à « moins de 90 secondes » l’intervalle entre les rames durant la période de l’Expo, en anticipant l’achat des trains nécessaires. La seconde partie de la ligne prévue pour 2030, sur la partie ouest du Plateau jusqu’à Versailles avec le tracé en aérien, pourrait aussi être anticipée, se positionne le Stif, arguant qu’elle permettrait « une desserte du site plus optimale » et des « itinéraires alternatifs ». Le dossier de candidature n’intègre pas pour le moment cette anticipation.

Notre dossier sur le métro 18

Diverses pistes sont aussi évoquées en complément du métro, comme l’édification d’un téléphérique pour relier Le Guichet (RER B) et la zone de l’expo à Corbeville. Le Stif assurerait la maîtrise d’ouvrage de ce transport par cable, mais les financements restent à trouver et les représentants de l’instance des transports misent sur une implication de l’Etat à travers son Contrat de plan. Il faut dire que les premières estimations en terme de fréquentation d’une telle manifestation donnent le tournis. Plus de 180 000 personnes par jour pourraient être amenées à rejoindre le Plateau en transports en commun lors des pics de fréquentation.

Le RER B devra clairement être rénové si il entend être à la hauteur de l’évènement, aussi, les élus du Stif veulent garantir « les renforts d’offre nécessaire » sur la ligne, comme sur la ligne C, en finançant notamment de nouveaux trains. Ils entendent aussi prévoir des liaisons de bus supplémentaires le temps de l’expo, pour rejoindre le site depuis le Pont de Sèvres ou Saint-Quentin-en-Yvelines. Concernant les infrastructures routières, plusieurs projets sont aussi dans les cartons de l’aménageur. L’EPA Paris-Saclay prévoit déjà la restructuration de l’échangeur de Corbeville sur la 118, et de nouvelles passerelles de franchissement verraient le jour pour l’Expo. Des parkings seraient enfin confiés à des concessionnaires.

La DUP face aux recours

Les élus du Stif s’engagent donc à travers leur rapport dans la dynamique de candidature de l’Expo 2025. Un projet qui ne fait pourtant pas que des heureux sur place. Pour les écologistes, dont le représentant au Stif s’est opposé à la délibération, cela ne fait aucun pli : toutes les études sur les transports, concertations et projets alternatifs sont balayés d’une main, et le métro imposé à travers la candidature pour l’Exposition universelle. « Ce projet d’Expo va permettre d’accélérer les procédures, l’opération d’intérêt national est prioritaire, tout ce qu’on reproche à la ligne 18 va arriver, on aura une urbanisation massive du Plateau » rage un cacique local.

Car le combat contre le projet de métro sur le Plateau n’est pas terminé pour les militants et collectifs associatifs. Avant la confirmation de la Déclaration d’utilité publique de la ligne, les opposants avaient annoncé leur volonté d’aller en justice, et notamment quatre communes longées par le tracé en aérien, Saclay, Villiers-le-Bâcle, Châteaufort, et Magny-les-Hameaux (lire notre article). Deux recours ont été déposés à la suite de la publication de la DUP, l’un mené par les maires des quatre communes de l’Essonne et des Yvelines, l’autre par les associations du Plateau, réunies dans le collectif Saclay citoyen, avec le soutien de France nature environnement. Sur le terrain, un nouveau rassemblement des opposants à l’Expo et au métro 18 se déroule ce vendredi à l’occasion de l’inauguration du nouveau radar de Palaiseau (lire notre article).

« On ira jusqu’au bout » annonçait avant l’été le maire de Villiers-le-Bâcle Patrick Gilbon, donnant des détails sur la procédure qui s’ouvre. Le Conseil d’Etat examinera les recours « dans les 12 ou 18 mois » et d’ici là les travaux ne peuvent pas débuter. Une partie de leur argumentaire est basé sur le rapport du commissaire enquêteur, contesté, « surtout son interprétation, des avis ont été réputés favorables alors que non » affirme-t-il. De quoi perturber les projets de la Société du Grand Paris ? La SGP poursuit de son côté les études de sols et sondages, avec des installations de forage déployées sur le Plateau. Le dépôt des permis de construire interviendrait en 2018, pour un départ des travaux avec tunneliers prévus en 2019. Un calendrier qui devrait être respecté selon la SGP, qui compte bien, une fois l’orage des recours passé, surfer sur l’Expo 2025 et la présence indispensable de son ouvrage dans le dispositif.