Dimanche 20 août dernier, aux alentours de 11 heures du matin, c’est la stupeur dans l’une des tours du quartier de Grigny 2. Au numéro 6 de la rue Vlaminck, un incendie vient de prendre dans l’un des appartements de l’immeuble haut de quatorze étages. Du fait de « l’encombrement de certains balcons », le feu va connaître une « propagation rapide », rapportait alors les services de secours, si bien que plusieurs appartements sont en proie aux flammes. L’arrivée rapide des pompiers a permis à l’ensemble des habitants de la tour de sortir indemnes de cette fournaise. « Il y avait un vieil homme aveugle dans les derniers étages. Les pompiers ont dû aller le chercher eux-mêmes », relate Habiba Dehbi, une riveraine du quartier présente au moment de l’incendie. Même si l’immeuble n’était pas totalement occupé au moment de l’incendie – quelques familles étaient en vacances –, certains ont vu leur appartement se faire littéralement dévorer par les flammes. C’est le cas d’une mère de famille qui se rappelle avoir vécu l’un des moments « les plus difficiles » de sa vie. « J’ai entendu une agitation dans les couloirs des parties communes. Des personnes courraient, d’autres criaient. C’est là que j’ai compris qu’il se passait quelque chose d’anormal et de dangereux ». Arrivée en bas sur la bande de gazon, cette femme a assisté impuissante, à l’instar de nombreux habitants, à la destruction de son domicile. « J’ai quasiment tout perdu, souffle-t-elle. Encore heureux qu’au niveau de la santé, nous n’avons rien », tente de relativiser cette dernière.

Au total, les tours 4, 6 et 8 ont été évacuées pour permettre aux sauveteurs d’intervenir contre le feu et de garantir la sécurité des habitants. Finalement, ce sont 252 personnes qui se sont retrouvées sans logement ce dimanche après-midi. Certains ont bénéficié de l’aide de tiers qui ont pu prendre leur hébergement en charge. D’autres ont obtenu des nuitées d’hôtel grâce au travail fait par les assurances et par les services de la préfecture. Enfin, ceux qui n’ont pas pu profiter d’une prise en charge rapide ont pu rejoindre le gymnase de la ZAC que la municipalité avait aménagé pour recueillir les sinistrés. « Nous avons hébergé des gens jusqu’au mercredi », explique Yveline Le Briand, maire-adjointe de la commune de Grigny, en charge de la vie de quartier.

La moitié des habitants devrait revenir la semaine prochaine

Près de deux semaines après l’incendie, aucun habitant n’a été autorisé à revenir vivre dans son domicile, car le bilan matériel est tout de même lourd. Une société de surveillance monte ainsi la garde devant les entrées du bâtiment pour faire en sorte qu’aucune personne ne puisse entrer. Afin d’éviter les vols, certaines fenêtres ont été barricadées et des portes anti-squat ont été posées. « On voit parfois des gens qui inspectent les lieux et parfois ce sont des habitants qui souhaitent rentrer, mais nous ne pouvons pas les faire rentrer », indique l’un des gardiens.

Près de 25 logements sont totalement détruits (JL/EI)

Près de 25 logements sont totalement détruits (JL/EI)

Pourtant, une visite se fait attendre, car cette dernière pourrait bien faire changer le quotidien d’une centaine de sinistrés. « Une visite avec un architecte doit être faite ce lundi. Son avis déterminera de la levée ou non de l’arrêté interdisant le retour des riverains sur site, révèle Monsieur Baptista, gérant du cabinet Gestion capital partners qui gère notamment le syndic. Sur la soixantaine de logements évacués, au moins 25 sont aujourd’hui inhabitables. Les raisons sont multiples. Soit il s’agit d’une destruction totale à cause des flammes, de dégradations à cause de la forte chaleur ou encore à cause de l’intervention des secours ». Avant ce retour tant attendu, plusieurs corps de métier ont dû intervenir sur place comme les électriciens, ou encore une entreprise qui devait pomper l’eau de la cage d’ascenseur notamment. « A priori, plus de moitié des sinistrés pourra revenir à son domicile à l’issue de cette visite », affirme Monsieur Baptista.

Ce n’est donc plus qu’une question de jours pour une grosse centaine de personnes avant de retrouver « une vie normale ». Mais pour ceux dont l’appartement figure dans la liste des domiciles inhabitables, la galère va se poursuivre encore plusieurs semaines. Rencontré ce mercredi 30 août, un père de famille de trois enfants témoigne de la situation dans laquelle il se trouve encore aujourd’hui. « J’ai vraiment tout perdu dans cet incendie. A la suite de mon évacuation, nous avons passé une nuit au gymnase, avant d’être dirigé vers un hôtel en périphérie de la commune. Seulement, nous devons quitter cette chambre le 1er septembre. On doit nous en trouver une sur Viry. Le problème, c’est que n’ayant pas de voiture, je ne pourrai pas conduire mes jeunes enfants aussi facilement à l’école. Si je compte le faire, il faudrait que j’arrête mon travail. Sincèrement, je ne sais pas quoi faire », avance ce père désespéré par la situation.

Nombreux sont ceux dans cette situation. Plusieurs familles ont été logées dans des appartements à Fleury-Mérogis, Evry et même à la Queue-en-Brie (94). Pour tenter de remédier au plus vite à la problématique de la scolarisation des enfants, la municipalité assure faire le maximum pour « regrouper les enfants sur le secteur de Grigny pour le jour de la rentrée. C’est notre grande priorité », confirme-t-on du côté de la mairie.

Une partie des dons faits après l'incendie (JL/EI)

Une partie des dons faits après l’incendie (JL/EI)

Une chaîne de solidarité sans précédent

Quand on a tout perdu, la question du logement est évidemment cruciale. Toutefois, bénéficier d’une chambre d’hôtel ne suffit naturellement pas. « Nos vêtements ont brûlé dans l’incendie. Nous n’avons vraiment plus rien », reprend ce père de trois enfants. Dans les heures qui ont suivi l’évacuation des tours, un mouvement de solidarité s’est mis en place. Plusieurs centaines de voisins et de Grignois ont fait le choix d’apporter des sacs de vêtements pour que les sinistrés puissent s’en servir. L’ensemble de ces dons est centralisé sous le gymnase de la ZAC depuis les premiers jours. Près de deux semaines après l’incendie, l’espace regorge encore de vêtement pour femme, homme, enfant, nourrisson, auxquels il faut ajouter des produits d’hygiène, des jouets pour enfants ou encore du linge de maison. « Des bénévoles et du personnel de la mairie se chargent de tout trier et d’aiguiller les sinistrés pour qu’ils puissent trouver ce dont ils ont besoin, commente Yveline Le Briand. Chaque sinistré possède un numéro à présenter à l’entrée, lui permettant de venir chercher les affaires qu’il veut ». Hommes, femmes et enfants remplissent ainsi d’immenses sacs entourés par des bénévoles. « C’est important de les aider, car parfois quand on est encore chamboulé de ce qui arrive, on peut oublier des choses. C’est aussi notre rôle de les orienter aux bons endroits et qu’ils n’oublient rien d’important », indique l’une des bénévoles.

L'entrée du Gymnase de la ZAC de Grigny (JL/EI)

L’entrée du Gymnase de la ZAC de Grigny (JL/EI)

Aujourd’hui encore, les sacs affluent de tout côté. « Des gens qui reviennent de vacances et qui découvrent ce qu’il s’est passé arrivent avec des sacs chaque jour ou presque et pas que de Grigny. Certains sont venus de Draveil, Massy ou autres », souligne Yveline Le Briand. « Une douzaine de sacs de vêtements doit encore arriver », lance un autre bénévole.

Après un premier appel aux dons lancé par la municipalité samedi dernier, c’est maintenant aux associations d’assurer la prise de relai. La présidente de l’association Saberines, Habiba Dehbi, qui possède un local à deux pas des lieux de l’incendie à Grigny 2 recueille chaque jour des dons en vêtements, en alimentation non périssable et en meubles. « Tout le monde fait ça naturellement et on le fait main dans la main. C’est une belle image de voir l’envergure de la solidarité grignoise, et même plus largement, que des gens qui ne sont pas du coin ne laissent pas tomber les sinistrés », se félicite cette dernière. Ce samedi, c’est au tour de l’association No Joke Training d’en faire autant. L’association effectue à son tour une récolte de dons ce samedi 2 septembre avec pour objectif de recueillir un maximum de fournitures scolaires. « La veille de l’incendie, nous avions fait les achats de fournitures scolaires. Tout a brûlé aussi, soupire le père de trois enfants. C’est vraiment très beau ce que font ces gens pour nous tous ».

Des sinistrés, aidés par des bénévoles remplissant leurs sacs (JL/EI)

Des sinistrés, aidés par des bénévoles remplissant leurs sacs (JL/EI)

Toutefois, un problème persistera sans doute un petit bout de temps pour ses familles logées dans des hôtels : comment faire pour ranger l’ensemble des affaires qu’ils ramènent du gymnase de la ZAC. « Dans ma chambre d’hôtel, il n’y a pas beaucoup de place. Donc nous ne pouvons pas prendre tout ce dont nous aurions réellement besoin », avoue ce même homme. Le souci se pose aussi pour des familles hébergées dans des hôtels situés à plusieurs kilomètres de Grigny. Assis sur des sacs de vêtements pleins à ras bord dans le fond du gymnase, un père et son fils attendent de pouvoir rentrer dans leur chambre d’hôtel des Ulis. Le long retour jusqu’à leur hôtel, chargés à ce point s’annonçait comme un véritable chemin de croix. « Nous allons essayer de vous trouver une voiture pour rentrer », lançait ainsi le personnel de la mairie. « Quoiqu’il arrive, nous serons là pour vous tant qu’il le faudra », surenchérit un bénévole. Un soutien qui s’inscrira visiblement sur le long terme.