« Malgré eux », c’est l’intitulé du prochain court-métrage de Djigui Diarra. Son deuxième professionnel après « Na tout pour elle », et l’objectif de mettre en lumière les relations souvent complexes entre les forces de l’ordre et les jeunes de banlieue. « Je connais cette institution qu’est la police depuis mes 10 ans. Je connais leur compassion, leur clémence, leur colère, leur haine… Rien de plus légitime et de crédible qu’un jeune de cité pour raconter tout ça », explique le cinéaste de tout juste 26 ans.

Du travail sans relâche

Né à Juvisy, et Grignois depuis ses premières heures, Djigui Diarra faisait partie de l’un de ces jeunes de cité à qui l’on prédisait un avenir bien loin des strass et paillettes. D’origine malienne, et aîné d’une famille nombreuse, il parvient pourtant à se démarquer de clichés qui lui ont longtemps collé à la peau. « Quand mes profs me disaient que je n’arriverais à rien, je faisais toujours de mon mieux pour leur prouver le contraire », se souvient-il. Son parcours au collège Jean Vilar de la Grande Borne, il s’en souvient très bien, tout comme son arrivée au lycée après des années difficiles. « Au collège le niveau était bas. A un moment c’était même l’avant dernier collège de France. Donc quand tu arrives en seconde générale, tu prends une grosse claque, il faut bosser deux fois plus ».

Après un bac L finalement obtenu au lycée de Savigny-sur-Orge, il tente une filière de droit à l’université d’Evry. Mais sa vraie passion, c’est bel et bien déjà le cinéma. « J’éprouve un intérêt pour le cinéma depuis ma plus tendre enfance », avoue-t-il. « Cet intérêt m’a été inculqué sans faire exprès par mon père, avec qui je regardais des films de Kung Fu dès mes 6 ans. C’était ça pour moi le cinéma ! », raconte Djigui alors que sa mère ne voyait pas vraiment ça d’un très bon oeil. « Quand j’ai eu l’opportunité d’entrer à la Fémis, je n’ai pas hésité ». S’en suit alors 1 an et demi de travail dans cette école de prestige, et ce fameux court-métrage « Na tout pour elle », par la suite racheté par deux chaînes de télévision.

Djigui Diarra sur le tournage de "Na tout pour elle" (DR).

Djigui Diarra sur le tournage de « Na tout pour elle » (DR).

S’il apparaît notamment dans le téléfilm « Julie Lescaut », ou encore dans « L’école de la cité » de Luc Besson, c’est surtout dans le thriller « K.O » de Patrice Gobert, sorti le 21 juin dernier, que son talent est dévoilé au grand public. « Juste après la Fémis, je passais des castings à droite à gauche et une amie a vu ce casting avec un profil auquel je pouvais correspondre », résume-t-il. « Au début je me disais que ce n’était pas pour moi. Je doutais. Puis d’un coup je me suis dit que je n’avais rien à perdre. J’ai répété à fond, et ils m’ont pris ». Djigui a alors l’honneur de jouer aux côtés de grands noms du cinéma français comme Pio Marmaï ou encore Laurent Lafitte. « Quand des gens de cette trempe me complimentent, je me dis que je ne suis pas si nul que ça », plaisante-t-il. « Je me suis quand même demandé ce que je faisais là. C’est un point culminant de ma vie. En plus mon rôle va plus loin que le mec de banlieue qui tient une porte ou qui vend du shit. Je suis quasiment le double de Lafitte dans le film ».

Déterminé pour lui, mais pas que

S’il se considère encore comme un oisillon dans le monde du cinéma, Dijigui est déjà fier du parcours accompli. Un parcours parsemé d’embûches qu’il dit avoir gravi comme un « soldat », notamment grâce à l’apport de ses parents. « Quand je les regarde, quand je vois leur force, leur détermination, quand je vois leur motivation pour nous donner une bonne éducation, je me dis que je ne peux pas me morfondre et abandonner », résume le Grignois dont le prénom signifie « espoir » en mandingue (langue parlée notamment au Mali).

Désormais bien connu localement, Djigui est devenu une sorte d’exemple pour la jeunesse issue des quartiers. Ce nouveau rôle il le ressent au quotidien, notamment de par les nombreux messages qu’il reçoit, et il l’assume. « Quand des gens un peu perdus te disent que tu es leur exemple, quand les petits te disent que tu es leur exemple, tu ne peux que aller de l’avant », explique-t-il avant de pointer du doigt ses ambitions. « Je suis un cinéaste. Un acteur, un réalisateur, un jour je serai aussi producteur. Le cinéma c’est un moyen de faire passer des messages. Vu l’état du cinéma français, qui a du mal à donner des rôles mélioratifs à des acteurs issus des minorités alors qu’il les donne facilement à d’autres, je ne veux pas quémander. Je propose et je fais ».

Initialement prévu pour ce mois d’août, le tournage de « Malgré eux », a pris un peu de retard et débutera le mois prochain pour une durée d’environ cinq jours. Un tournage qui permettra de revoir Djigui Diarra sur les écrans, lui qui a décidé de se mettre en scène pour montrer, son monde à lui, celui qu’il connaît sur le bout des doigts. Mais en attendant la sortie de ce deuxième court-métrage, ce cinéaste passionné retrouvera les bancs de l’école pour continuer sa formation en journalisme. « Je suis content de pouvoir montrer aux gens que c’est possible, quand on est passionné et qu’on met toutes les chances de son côté. Il faut taffer, moins parler ». A bon entendeur !