L’élection n’a lieu que dans plus d’un mois, et malgré un certain silence médiatique, les initiés et acteurs politiques s’affolent en coulisse pour désigner les candidats et tenter d’accéder au Palais du Luxembourg. Les élections sénatoriales sont les plus discrètes élections à une assemblée, puisqu’elles ne concernent que les grands électeurs. En Essonne par exemple, près de 2 700 personnes doivent voter le dimanche 24 septembre pour une des listes qui se présenteront dans le département. L’objectif : faire élire les 5 Essonniens qui siégeront au Sénat lors de la nouvelle mandature. Et le temps presse, d’où une accélération des tractations ces derniers jours, à mesure que s’approche le mois de septembre, et la période fatidique du 4 au 8 septembre, durant laquelle les listes doivent être déposées.

Pour rappel, les sénateurs sortants, élus en 2011, appartenaient à diverses forces politiques, 2 à droite avec Serge Dassault (LR) et Vincent Delahaye (UDI), et 3 à gauche avec Michel Berson (DVG, EM), Claire-Lise Campion (PS) et Jean-Vincent Placé (EELV), remplacé par Bernard Vera (PCF) lors de son passage au gouvernement. Seul Vincent Delahaye, par ailleurs maire de Massy est candidat déclaré à sa succession. Il devra quitter son mandat local en cas de réélection avec l’application du non-cumul.

Cette année, la donne a changé au niveau politique, et la droite part désormais favorite, avec le basculement de nombreuses municipalités aux dernières municipales puis la prise du Conseil départemental en 2015. Mais dans ce scrutin où l’aspect local, les réseaux tissés au fil des mandats, ainsi que les personnalités, jouent un rôle central, difficile de faire des pronostics, notamment car toutes les pièces du puzzle ne sont pas encore connues. Entre entrée en campagne des uns, déclaration de candidature en attente de ralliement des autres, et une déconfiture prévisible de certains partis, de multiples manoeuvres peuvent encore avoir lieu et des surprises venir.

Droite et gauche en mode divisés

Le premier rebondissement est arrivé mi-juillet, lorsque le sénateur sortant LR et industriel Serge Dassault annonçait qu’il ne briguerait pas de nouveau mandat. Selon nos confrères de Mediapart, il avait pourtant tenté quelques temps auparavant de bénéficier de l’investiture ‘En marche’, se voyant rétorquer une fin de non recevoir : « il ne correspond pas à nos critères ».

Plusieurs prétendants de la droite et du centre sont dans les starting-blocks pour constituer une liste en septembre, et tenter de se faire élire. Sénateur sortant (UDI), le maire de Massy Vincent Delahaye est parti en campagne pour sa réélection. Il s’est accompagné dans cette quête de la maire de Saint-Chéron, Jocelyne Guidez, annoncée comme numéro 2 de sa liste. Il s’affiche également avec plusieurs maires centristes ou divers-droite dans son document de campagne, comme Jean-Philippe Dugoin-Clément (Mennecy), Michael Damiati (Crosne) et annonce totaliser plus de 60 maires derrière lui. De quoi lui conférer l’étiquette de favori? « Je ne sais pas si je suis favori » temporise-t-il, « je pense que j’ai une bonne quote de sympathie, beaucoup d’élus me font confiance mais je fais campagne pour en convaincre le maximum ». Le maire de Massy se situe comme « libre et indépendant » et indique vouloir un « quinquennat utile », en attendant de juger le gouvernement « aux actes ».

Du côté des Républicains, en l’absence de Serge Dassault, la tête de liste a été confiée à Jean-Raymond Hugonet, le maire (DVD) de Limours, avec la conseillère départementale du canton de Gif-sur-Yvette Laure Darcos comme numéro 2. Celle-ci, défaite aux législatives sur la 5ème circonscription, a « été sollicitée » par les élus locaux et les instances nationales, pour suppléer le président de l’Union des maires de l’Essonne. « Avec l’organisation des primaires, j’ai mobilisé beaucoup d’élus, militants et sympathisants » explique celle qui souhaite incarner « le renouvellement », tout en saluant le soutien de Serge Dassault, « qui a été très fair-play et a passé la main ».

Car Jean-Raymond Hugonet n’est pas membre des Républicains, comme ne manque pas de le rappeler Laurent Béteille, qui annonce vouloir constituer sa propre liste : « j’ai du mal à comprendre comment se sont passées les investitures LR » s’agace-t-il, « et je ne comprends pas pourquoi le tête de liste n’est pas encarté ». « C’est une figure très importante à l’UME et est dans la majorité de Valérie Pécresse à la Région » le défend Laure Darcos. Qu’importe, le risque de liste « dissidente » se profile à droite, si Laurent Béteille parvient à réunir suffisamment de soutiens. Pour le moment, il a « désigné un mandataire financier » et assure être « en train de composer » sa liste, en ne donnant pas encore de noms. Défait de quelques voix en 2011 (285 voix), l’ancien maire de Brunoy et ex-sénateur aimerait bien faire son retour au Sénat, mais les ralliements tardent à se déclarer, et celui-ci s’en offusque même sur les réseaux, quitte à se fâcher avec le président de la fédération LR Stéphane Beaudet, soutien de la liste Hugonet. « J’ai juste fait une petite remarque, qui apparemment l’a froissé » se justifie-t-il, après avoir reproché au maire de Courcouronnes de ne pas l’appuyer dans sa course au Sénat.

Equation à plusieurs inconnues

Reste à savoir si d’autres listes peuvent se constituer d’ici la rentrée. Nicolas Dupont-Aignan dispose d’un certain ancrage sur l’Essonne et il peut décider de se positionner sur ce scrutin avec Debout la France. A droite toujours, l’ancien maire de Mennecy Xavier Dugoin, avait réalisé 199 voix aux élections sénatoriales de 2011 (Serge Dassault étant élu avec 294). Si il s’affiche régulièrement sur le terrain, c’est en tant que président du Siredom, le syndicat de traitement et valorisation des ordures ménagères, et du Siarce, syndicat de gestion de l’eau et l’assainissement de la rivière Essonne. En cette période d’été, nul ne sait si il pourrait être tenté de se présenter. Autre personnalité et candidat en 2004, Christian Schoettl n’y va en tout cas pas cette année. « Non, je ne suis dans une aucune liste » lâche le maire de Janvry, pas disposé non plus à soutenir un autre candidat.

Dans nos archives : les résultats des sénatoriales 2011

A gauche, plusieurs listes sont en préparation ou annoncées. Et le premier à se positionner dans le paysage n’est autre que l’ancien député suppléant de Manuel Valls, Carlos Da Silva. Aujourd’hui chef de l’opposition à la Région IDF, celui qui est également le premier fédéral du Parti socialiste en Essonne se présente sous la bannière du parti au poing et à la rose. Conscient de l’état dans lequel se trouve le PS, ce dernier indique qu’il a choisi « le camp de la reconstruction patiente de [sa] formation politique ». « Je ne veux tromper personne : nos lendemains ne chanteront pas immédiatement. […] Dans notre fédération, je sais que nous serons nombreux à vouloir nous retrousser les manches pour bâtir un avenir pour notre formation politique », a-t-il écrit dans une missive adressée aux militants socialistes le 25 juillet dernier. Ainsi la recomposition passe par une liste de rassemblement de différents courants du PS, allant de proches de Manuel Valls dont Carlos Da Silva fait partie, à des proches de Benoît Hamon, plus à gauche, comme Olivier Thomas (maire de Marcoussis) ou encore Maryvonne Boquet (Dourdan). Mais le score de 2011 (733 voix, 2 élus) parait loin et l’époque de la gauche unie révolue.

A l’heure actuelle, elle apparait même bien divisée. Le Parti communiste a également positionné ses pions en ce début août. Fort de son sénateur sortant, Bernard Véra, le PC la joue rassembleur. « Chacun connaît mes convictions et mes engagements ancrés à gauche. C’est dans cet esprit que j’ai décidé d’être candidat, disponible pour conduire une liste de large rassemblement de gauche, celle qui n’a pas renoncé à ses valeurs, cette gauche vivace qui affiche sa volonté de transformation sociale, communistes, insoumis, écologistes, divers gauches et socialistes qui ont su dire « non » à la politique du quinquennat précédent et qui s’opposent à celui qui commence », lance ainsi Bernard Véra.

Les représentants de la France insoumise ne veulent pas de leur côté entendre parler des Sénatoriales. Conseillère municipale de Juvisy, Mounia Benaili l’affirme d’emblée : « notre mouvement s’est constitué pour la présidentielle et les législatives, nous n’avons pas de mandat pour nous présenter ou soutenir qui que ce soit à cette élection ». Bien qu’une liste PC se profile, « pas de consigne de vote » pour l’instant. Enfin, du côté des Verts, on s’apprête à faire une liste. « La décision est venue de l’échelon régional. Désormais, nous en discutons au niveau du département pour confectionner cette liste, indique Vincent Hulin, le secrétaire départemental d’EELV 91. Il s’agira d’une liste autonome qui devrait voir le jour de manière officielle d’ici fin août ». Le patron des écologistes du département n’a pas encore de nom à communiquer, mais celui-ci l’affirme, « nous avons déjà plus de noms que de postes ». A l’autre bout de l’échiquier, le Front national devrait également constituer sa liste, et comme en 2011, se compter.

Quelqu’un aura-t-il les faveurs d’En marche ?

Du côté du mouvement d’Emmanuel Macron, nombreux sont ceux qui tentent de décrocher l’investiture. Quelques candidats sont donc sur la ligne de départ, parmi lesquels figurent un certain Olivier Léonhardt. Le maire de Sainte-Geneviève-des-Bois, pourtant membre du PS, aimerait obtenir les faveurs du mouvement macroniste. « Depuis trois mois, une nouvelle période s’ouvre. Elle doit conduire chacun à prendre ses responsabilités. Pour ma part, je m’inscris dans le seule logique qui vaille : porter des exigences auprès de la majorité pour permettre à notre pays et au Président de réussir dans les cinq prochaines années« , s’est-il justifié. Soutenu entre autres par le sénateur En Marche sortant Michel Berson, Olivier Léonhardt voit débarquer sur sa liste un renfort de marque, en la personne du maire – PS lui aussi – d’Evry, Francis Chouat.

Un billard à plusieurs bandes auquel se dit prêt à participer le Modem, si la seconde place dévolue à une femme lui est attribuée. « J’ai proposé cette liste conduite par Olivier Leonhardt, avec en numéro 2 le Modem et en numéro 3 Francis Chouat » confirme le sénateur sortant Michel Berson (élu avec 460 voix en 2011). Il s’agit pour lui « d’éviter que la droite fasse le grand chelem », en proposant une liste « qui soit majorité présidentielle ». La confirmation du soutien d’élus PS à cette liste en constitution affaiblirait mécaniquement la dynamique de liste de Carlos Da Silva, ce qui ne dérange pas outre mesure Michel Berson, pour qui « il y a trop de divisions, et le PS ne fait pas campagne » en vue de ce scrutin.

Cette investiture ‘En marche’, d’autres la convoitent. Un Génovéfain l’avait fait savoir fin juin, en la personne du centriste Jean Pouch, qui n’a pour l’instant pas donné suite. Un autre élu fait aussi connaître ses intentions. Il s’agit du conseiller régional d’opposition François Damerval (Cap 21). « J’ai composé une liste au sein de laquelle figurent des personnes de la société civile, dont la plupart sont du Sud-Essonne. Il y a aussi un scientifique pour représenter le côté de Saclay », souligne celui qui en est la tête de liste. Ce dernier regrette cependant le « forcing fait par certains pour soutenir la candidature d’Olivier Léonhardt », révèle-t-il, avant d’avouer que selon lui, « il sera difficile de faire entrer quelqu’un d’En Marche au Sénat en Essonne« . La commission d’investiture s’est déjà réunie, mais la décision n’a pas encore été prise. Si chacun aimerait voir son nom sortir du chapeau, François Damerval estime qu’il est « tout à fait plausible que la commission n’investisse personne sur le territoire », comme cela avait été le cas sur la 1ère circonscription du département (Evry-Corbeil) lors des élections législatives. Réponse à la rentrée.

Article de Jérôme Lemonnier et Julien Monier