Justice/détenus, les rapports sont rarement au beau fixe entre ces deux parties. En général, l’un juge du sort de l’autre, sans que ce dernier ne puisse réellement changer le verdict. Difficile alors d’imaginer une quelconque sorte de collaboration entre ces protagonistes. C’est pourtant ce qu’est plus ou moins parvenu à mettre en place le Service de l’Emploi Pénitentiaire – Régie Industrielle des Etablissement Pénitentiaire (SEP-RIEP). S’il ne s’agit pas là d’une collaboration directe, disons simplement que chacun apporte à l’autre.

Créé en 1950, bien que connu sous un autre nom jusqu’en 1998, le SEP est chargé d ‘assurer la gestion et le développement d ‘activités de travail et de formation dans les établissements pénitentiaires, ainsi que la gestion de la Régie Industrielle des Établissements Pénitentiaires. Reconnu comme un organisme de formation professionnelle continue depuis 2010, ce service est placé sous l’autorité du directeur de l’administration pénitentiaire. Son siège, situé à Tulle, a rapidement laissé place à la création de multiples ateliers à travers l’hexagone. « Ces ateliers ont pour vocation à participer à la réinsertion, à la formation, à la préparation à la sortie et à la lutte contre la récidive des détenus », explique Arnaud Bétoule, directeur adjoint du SEP-RIEP.

Une collaboration SEP-RIEP/Direction des achats de l’Etat

Aujourd’hui, ces ateliers sont au nombre de 47, répartis sur 24 établissements pénitentiaires français. « Le principe de ces ateliers, c’est d’accueillir les détenus, qu’on appelle des opérateurs. Ces opérateurs rentrent ensuite dans un principe d’entreprise, on les met en place dans la formation et ils apprennent un métier », détaille-t-il. Le bois, le cuir, le métal, l’agriculture, la confection, le façonnage… les activités sont nombreuses pour les 2334 opérateurs de moyenne par an, affiliés aux quelques 1178 postes de travail au sein des ateliers. « Grâce à la rémunération qu’ils perçoivent, soit 45% du SMIC, ils peuvent indemniser les parties civiles ou encore verser des mandats à leur famille. On essaie de coller au maximum à ce qu’ils vont retrouver dans une entreprise privée en sortant ».

Parmi les collaborateurs du SEP-RIEP, on retrouve de plus en plus de clients privés, d’associations, ou encore des collectivités territoriales. Le Crous de Créteil et les 157 chambres de la cité universitaire de Montreuil profitent par exemple de ce mois d’août pour installer les 1500 éléments fabriqués par le centre de détention de Riom (63) et la maison centrale de Saint-Maur (94). Reste que les plus fidèles collaborateurs du SEP-RIEP sont toujours les services du ministère de la justice ou encore de la défense. La direction des achats de l’état a d’ailleurs un peu plus mis l’accent sur cette fidélité avec sa stratégie d’achat sur le mobilier validée le 29 mars 2015. Celle-ci vise à « mettre en oeuvre une politique d’achat socialement responsable, au bénéfice notamment de la RIEP », alors que « la dépense de l’Etat en matière de mobilier de bureau représente un montant de 33,4 M€ TTC annuel répartis sur l’ensemble des ministères ». Une stratégie qui stipule par ailleurs « la consultation obligatoire et systématique, préalable à toute commande unitaire supérieure ou égale à 50 000€ HT, de la SEP-RIEP dont la mission vise à la réinsertion sociale et économique des détenus », comme l’indique la lettre trimestrielle de la Direction des achats de l’Etat, datant du 15 décembre 2015.

Marché gagnant/gagnant

Et si la Cours des Comptes vient tout juste de recevoir ses mobiliers (13 juillet), elle succède notamment au Tribunal de Grande Instance (TGI) d’Evry, livré à la fin du mois de juin dernier. « Pour ce site, environ 80 postes de travail composés principalement de bureaux, armoires, caissons … ont été livrés, représentant au total près de 400 meubles », énumère David Doublet, de la communication du SEP-RIEP. « Ce projet, réalisé sous la conduite de la sous-direction de l’immobilier du ministère de la justice, a généré 1 700 heures d’insertion dans les ateliers SEP-RIEP des centres de détention de Muret (31), Melun (77), Toul (54) et Val de Reuil (27) ».

Bien conscient de l’utilité des actions menées par le SEP-RIEP, le TGI d’Evry a donc pu réaménager tout un service grâce à l’activité des détenus. « Le département mobilier de Paris nous a proposé de rencontrer les chefs du SEP. Les meubles nous ont ensuite été présentés, et ils nous ont convenu », affirme le secrétariat général de la présidence. « Ça permet de former des gens dans des métiers manuels pour ensuite faciliter leur réinsertion ». Des propos appuyés par Arnaud Bétoule qui justifie les bienfaits de cette collaboration. « C’est un peu un marché gagnant/gagnant. Le SEP-RIEP, acquiert une réelle visibilité interministérielle qui lui permet de développer des marchés supports de formation et d’insertion, les services de l’Etat sont quant à eux équipés avec un mobilier de qualité, et ça leur permet de respecter une politique d’achat sociale », conclut-il.