Yannick Wezet-John n’a pas la langue dans sa poche. Quand quelque chose le touche ou le révolte, il n’hésite pas ‎à écrire. Chroniques, coups de gueule, et désormais deux ouvrages à son compteur. Le trentenaire, consultant en jeunesse et éducation populaire a grandi à Evry, et s’est investi sur le territoire, dans le monde associatif puis professionnellement. Il y a 4 ans, il sortait un premier ouvrage, pour s’élever contre les nouvelles formes de haine et de racisme, ‘La France multicolore mécanique’, sorte de pamphlet contre le repli sur soi. Il nous expliquait alors sa démarche dans un entretien (à lire dans nos archives).

Entre temps, il a diversifié ses expériences, et est devenu un temps directeur du service jeunesse de Savigny-le-Temple (77), avant de partir avec fracas, en dénonçant des propos d’une élue à son encontre. D’origine gabonaise, il s’est aussi impliqué l’an dernier du côté de l’opposition lors du scrutin présidentiel du pays dont il a suivi les rebondissements, et la réélection contestée du fils d’Omar Bongo, Ali Bongo. S’il a toujours suivi de près la politique française, il n’a eu que des engagements éparses aux côtés d’élus de gauche.

Et l’on ressent dès les premiers chapitres de ‘Malvo’, ces multiples expériences connues par Yannick Wezet-John. Son héros est un avocat brillant, obsédé par le tout contrôle, qui évolue dans un monde aux références parisiennes, banlieusardes comme internationales. L’auteur justifie ses influences personnelles dans la construction de son personnage : « ça se base sur du vécu, pour Savigny, en effet je le mets dans le livre, car j’ai fait le choix de partir, ce sont des expériences qui forgent un homme, ça compte dans mon parcours ».

Un polar haletant

« Je ne suis pas qu’un avocat. Je règle les problèmes, je facilite les rencontres, je permets la gestion et la sortie de crise, j’enterre les scandales, des plus classiques aux plus sombres » : Malvo, ce personnage très brillant, et sombre à la fois, fait de complexité, est animé d’un besoin de tout contrôler. Sa vie amoureuse comme les événements géopolitiques. Avocat reconnu, comme homme de l’ombre sur des dossiers mêlant des personnalités controversées, il évolue dans l’histoire tel un Ray Donovan‎ du milieu parisien. Ce personnage de Malvo parle à la première personne, tel un dédoublement de personnalité de Yannick Wezet-John.

« Le but était de partir du réel, en lisant Malvo, on peut faire des analogies évidentes avec le réel, ou on peut en faire ce qu’on veut » explique son créateur, qui n’hésite pas à mettre en relief certains scandales politico-médiatiques, comme l’affaire Baupin : « pour cette affaire comme d’autres, j’estime que le véritable changement est incarné par Malvo, un personnage qui arrive à bousculer la table. On a besoin de se retrouver derrière un nouvel imaginaire » approfondit l’écrivain. Sur les hommes politiques, dont certains peuvent se reconnaître dans certains traits ou patronymes du livre, Yannick W.J. Nambo a « mélangé des défauts que j’ai pu retrouver entre les uns et les autres », une manière, explique-t-il, « de dénoncer les politiciens qui se font une identité locale sur rien ».

Ce besoin de contrôler, Malvo le matérialise en réajustant continuellement son nœud de cravate, comme une obsession, montrant la dose de folie propre à un personnage gérant des dossiers plus que brûlants. Avec ce polar, Yannick Wezet-John Nambo signe en tout cas une histoire insolite et prenante, au cœur des malversations connues ou supposées d’une certaine élite.

  • Malvo, de Yannick W.J. Nambo, aux éditions Fauves (18€)
Yannick Wezet-John Nambo, lors de la présentation de son livre 'Malvo' à la Fnac d'Evry

Yannick Wezet-John Nambo, lors de la présentation de son livre ‘Malvo’ à la Fnac d’Evry (JM/EI)