On a l’habitude de les voir se préparer en montagne, au bord de la mer ou encore à l’étranger. Pourtant, ils ont décidé d’établir leurs quartiers d’été en région parisienne et plus précisément en Essonne. Décidé ? Oui, car c’est bien là le sens de l’aventure : «  Il faut de la volonté pour venir, ce n’est pas toujours évident, car il faut accepter d’être sans club, au chômage, avant de s’en servir pour rebondir, confirme Pascal Bollini. Le plus difficile c’est finalement de venir ». Directeur des stages proposés par l’Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP), le syndicat des joueurs, il aide depuis douze ans les footballeurs sans contrat qui viennent toquer à sa porte, à la recherche d’un club pour la saison suivante. Avec un seul objectif : les maintenir en forme pour leur permettre de poursuivre leur carrière au plus haut niveau : « On compte environ 1 000 joueurs professionnels en France, pour environ 130 fins de contrat par saison réparties entre la Ligue 1, la Ligue 2 et le National, précise Pascal Bollini. Là-dessus, certains vont signer ailleurs, une quarantaine va ramer pour retrouver un club, et les autres vont se tourner vers nous ».

Les pensionnaires du stage évoluent sur les terrains impeccablement tondus de l'Espace Léonard de Vinci (MB/EI)

Les pensionnaires du stage évoluent sur les terrains impeccablement tondus de l’Espace Léonard de Vinci (MB/EI)

Installée depuis sept étés au sein de l’Espace Léonard de Vinci à Lisses, l’UNFP FC accueille donc chaque année environ 45 joueurs sur six semaines de stage, avec un groupe constant de 23 à 24 garçons car certains ne font pas l’intégralité de la préparation. Là-bas, pas de caméras, mais des installations dernier cri, où les anciens de la Ligue 1 côtoient les jeunes de CFA. Sur l’un des trois terrains du complexe, une silhouette affûtée se détache. Des « Zub ! Zub ! » fusent au gré des consignes du staff technique.

Zub, c’est Ronald Zubar, l’ancien défenseur du Stade Malherbe de Caen, de l’AC Ajaccio ou encore de l’Olympique de Marseille avec qui il a joué la Ligue des champions entre 2007 et 2009. Avec Paul Alo’o Efoulou (ex-Al Sailiya, Qatar)Guirane N’Daw (ex-RC Lens) et Larsen Touré (ex-Ipswich Town, Angleterre), il fait partie des rares joueurs de Ligue 1 à s’être inscrits au stage. À bientôt 32 ans, il sort d’une expérience difficile outre-Atlantique avec les New-York Red Bulls, puis d’une demi-saison au Red Star avortée après une opération des adducteurs. C’est donc avec l’envie de rebondir qu’il a rejoint la ville essonnienne : « J’ai reçu des offres mais je préférais prendre mon temps pour revenir à mon rythme, confie-t-il. J’ai hésité car on entend tout et n’importe quoi sur l’UNFP, mais mon frère a fait le stage l’an dernier, ça m’a rassuré. Quand on y est, on se rend compte de la chance qu’on a de pouvoir bénéficier de tout ça. La cohésion est bonne, l’encadrement aussi. On peut enchaîner les matchs amicaux et les installations sont meilleures que ce qu’on trouve dans certains clubs ».

« Le travail paiera forcément »

Car c’est bien là l’atout du stage, permettre aux joueurs-chômeurs de retrouver une dynamique, de la confiance, ce qu’ils n’ont pas toujours lorsqu’ils se préparent seuls dans leur coin. Au programme : hôtel trois étoiles, musculation, balnéothérapie, travail athlétique, jeu avec et sans ballon et bien sûr rencontres amicales. Tout est fait pour les mettre dans les meilleures conditions possibles, le tout exclusivement pris en charge par l’UNFP. 

Sur le terrain, les garçons sont encadrés par des coachs professionnels qui se relaient durant le stage. Ainsi, les trois premières semaines ont été animées par l’ancien entraîneur du Sporting Club de Bastia, Ghislain Printant, et par l’ex-international marocain Aziz Ben Askar. La fin de stage est, elle, coordonnée par Serge Romano, ancien coach de Sedan, Dijon et Amiens, et Grégory Vignal, passé par Liverpool, le Stade Rennais, l’Espanyol Barcelone ou encore les Écossais des Glasgow Rangers : « L’idée est de proposer plusieurs méthodes de travail et varier les séances », expose Pascal Bollini. Ronald Zubar confirme : « Chacun a pu apporter sa vision des choses, cela évite de tomber dans la routine, c’est important car malgré tout, ce n’est pas toujours facile d’être là pendant un mois ».

Facile, ça l’est d’autant moins lorsque les derniers jours de stage arrivent. Avec à l’horizon les débuts des différents championnats (ce 28 juillet pour la Ligue 2, les 4–5 et 6 août pour la Ligue 1 et le National). Passé par Amiens et Clermont-Ferrand après avoir été formé à l’AS Monaco, Franck L’Hostis le reconnaît : « Plus le mercato passe, plus l’aspect psychologique entre en jeu, admet le gardien. Les dernières semaines de juillet sont les plus dures car on a tendance à se demander ‘pourquoi ? ’. Mais il faut s’accrocher, se dire que le travail paiera forcément un jour ». À ses côtés, comme à ceux des quatre autres portiers qui ont pris part à ce stage, Laurent Denis travaille d’arrache pied pour que ses poulains ne perdent pas la main. D’autant que le poste nécessite une confiance à toute épreuve : « On y va progressivement, il n’y a pas de secret, ça vient en travaillant », explique celui qui fut entraîneur des gardiens de l’AS Nancy et Valenciennes. 

Ils étaient cinq, ils ne sont plus que deux. Les gardiens Benjamin Bertrand (sur la photo, ex-Young Lions,Hong Kong) et Franck L'Hostis n'ont malheureusement pas encore trouvé de club. Landry Bonnefois a de son côté rejoint le RC Strasbourg (L1) et Clément Maury et Léonard Aggoune sont respectivement à l'essai à Brest (L2) et Hyères (National 2) (MB/EI)

Ils étaient cinq, ils ne sont plus que deux. Les gardiens Benjamin Bertrand (sur la photo, ex-Young Lions,Hong Kong) et Franck L’Hostis n’ont malheureusement pas encore trouvé de club. Landry Bonnefois a de son côté rejoint le RC Strasbourg (L1) et Clément Maury et Léonard Aggoune sont respectivement à l’essai à Brest (L2) et Hyères (National 2) (MB/EI)

Et le travail semble porter ses fruits. Sur ses sept matchs de préparation disputés, l’UNFP FC s’est payé le luxe de faire match nul contre Clermont (L2) et AS Nancy (L2), mais surtout de s‘imposer devant Amiens (L1), Troyes (L1) et Grenoble (Nat). « Pour éviter de gamberger durant les derniers jours de stage, il faut se focaliser sur le travail et les résultats, appuie Serge Romano. J’ai été agréablement surpris, l’adhésion est forte et les résultats suivent ». 

Après une séance d’une petite heure qui s’est conclue par une opposition sur terrain réduit et une séance de tirs au but, les 24 pensionnaires du stage ont regagné leur chambre d’hôtel, surveillant leur téléphone dans l’attente du coup de fil libérateur.

Cet été, Pape Paye (Bourg-en-Bresse, L2) et Bilel El Hamzaoui (Boulogne-sur-Mer, National), on eu la chance d’être recrutés. Dimanche 30 juillet, à l’occasion de la rencontre amicale de clôture du stage face au RC Strasbourg (L1), les joueurs de l’UNFP FC retrouveront également une vieille connaissance, le gardien Landry Bonnefois (ex-SC Bastia et RC Strasbourg, L2), que le club alsacien avait choisi de ne pas conserver avant finalement de le reprendre.

« D’autres sont actuellement en période d’essai comme le gardien Clément Maury (ex-Gazélec Ajaccio, L2ndlr) au Stade Brestois (L2) et son homologue de 19 ans Léonard Aggoune (ex-réserve du PSG) du côté de Hyères (National 2), ajoute Pascal Bollini. D’une manière générale, 60 % des joueurs passés par le stage retrouvent un club, mais il ne faut pas oublier que nous sommes obligés de refuser du monde. Cette année, une vingtaine de personnes étaient sur liste d’attente, dans un contexte où les clubs, notamment dans les petites divisions, ont tendance à réduire le nombre de leurs contrats ».

« On est chômeur, il faut l’accepter pour rebondir »

Reste que l’UNFP doit encore valoriser son image de marque et sa visibilité qui pâtit encore trop souvent de son étiquette de « stage pour footeux chômeurs » : « Depuis deux ans, on parle d’UNFP FC, pour ‘Football club’, pour rappeler qu’il s’agit avant tout d’une équipe, d’un groupe qui vit, mange et s’entraîne ensemble, dévoile Laurent Denis. On évite également de parler de chômeurs, on préfère le terme d’attente de contrat. Non pas que ce ne soit pas vrai, mais parce que les gens ne retiennent que ça ». Ronald Zubar, qui a plusieurs contacts en France comme à l’étranger, n’hésite pas, lui, à mettre les pieds dans le plat : « On est chômeur, il faut l’accepter, on est en phase de transition pour rebondir et toute aide est bonne à prendre. Je n’arrive pas à concevoir quelqu’un qui reste seul s’entraîner. La vie collective n’a pas de prix. C’est vrai que certains ne veulent pas venir car ils éprouvent sans doute une certaine honte. Mais tous les joueurs au chômage sont répertoriés par l’UNFP donc on les connaît, je ne vois pas l’utilité de se cacher !  »

"Je recommande vivement ce stage, notamment aux plus jeunes" - Ronald Zubar (n°15), ancien défenseur du Stade Malherbe de Caen et l'Olympique de Marseille (MB/EI)

« Je recommande vivement ce stage, notamment aux plus jeunes » – Ronald Zubar (n°15), ancien défenseur du Stade Malherbe de Caen et l’Olympique de Marseille (MB/EI)

De son côté, Franck L’Hostis a lui aussi quelques contacts. Mais, qu’il trouve un club ou pas, le stage lui aura permis de grandir : « On relativise, on savoure d’avantage des moments qui nous semblaient anodins à l’époque, avoue-t-il. Même si on s’est donné les moyens d’exercer ce métier, c’est dos au mur qu’on se rend compte du privilège que ça représente ».

Pour ceux qui ne retrouveraient pas de club, l’UNFP leur assure un suivi, et un nouveau stage pourrait être ouvert début septembre : « Lorsque les clubs vont débuter les championnats, ils vont se rendre compte de ce qui leur manque ou pas. Il y aura donc des opportunités », prévient Pascal Bollini. Avant de mettre le doigt sur quelque chose d’essentiel : « On parle souvent des grands joueurs, des grands clubs car ça fait vendre. Mais ce n’est qu’un tiers des joueurs professionnels. Tous ne gagnent pas des millions, tous n’ont pas de carrière stable. Il faut donc être là pour les aider quand ils en ont besoin ». « Je recommande vivement ce stageconclut pour sa part Ronald Zubar, notamment aux plus jeunes. Les sessions sont en constante amélioration, j’espère qu’il y aura plus de respect pour l’institution à l’avenir ».

En attendant, tous espèrent connaître le même destin que le Niçois Arnaud Souquet, passé par l’ UNFP à l’été 2014. Après être reparti de CFA (l’équivalent de la 4e division), il disputait cette semaine le tour préliminaire de la Ligue des champions avec les Aiglons. De quoi en faire rêver plus d’un.