« A 6h du matin, j’étais sur le marché de Rungis, on m’appelle pour me dire que la police et les huissiers étaient en train d’enlever mes affaires ». C’est par ces mots francs que M. Amoussou fait le point sur sa situation, une semaine après son expulsion. Commerçant depuis 6 ans au cœur du centre commercial principal de la ville, Christian Amoussou a été contraint de fermer son magasin « Promo exo », la faute à un projet de rénovation urbaine dont il ne fait pas partie. « Ce pilier de la communauté, s’est vu refuser par M. Georges Pujals, Maire de la commune, le prolongement de sa convention d’occupation précaire et donc, le maintien de son activité malgré le fait qu’elle réponde à un besoin évident pour la population », lançait alors Nathalie Delaunay, conseillère municipale d’opposition. Pétition et marche de protestation n’ont cependant rien pu faire contre la décision de justice rendue le 11 mai dernier. « Monsieur Amoussou a été condamné pour diverses raisons. Tout a été fait dans les règles », ajoute la mairie qui souhaitait déjà voir partir le commerçant il y a de ça un an (lire notre article).

Une semaine après la fermeture de son épicerie, plusieurs questions se bousculent dans l’esprit de Christian Amoussou. S’il s’interroge d’une part sur le devenir de sa marchandise saisie, il s’interroge aussi sur son propre devenir. Lui qui a décidé de faire appel de la décision, reste persuadé que, plus qu’un manque de place, c’est bien sa présence qui pose problème. « Ils vont installer une supérette avec des rayons exotiques. Ils ne veulent plus de moi », lance l’ancien locataire qui affirme n’avoir reçu aucun courrier de convocation pour son jugement, seul un courrier d’expulsion datant du 30 juin dernier lui aurait alors été adressé. Des propos en grande partie réfutés par la municipalité qui assure par ailleurs avoir proposé à Monsieur Amoussou de récupérer ses denrées périssables lors d’une réunion avec le maire, Georges Pujals, le 20 juillet dernier. « Ce n’est pas du tout une affaire personnelle. C’est dans le cadre de l’ANRU (ndlr : Agence Nationale pour la Rénovation urbaine) qui copilote le projet avec nous. De l’argent a été débloqué par l’état ».

Et après ?

Désormais dans l’attente, Christian Amoussou compte sur l’aide de la mairie pour s’en sortir, et notamment pour trouver un nouveau local. « Il n’y a rien de concret. Ils essaient de me faire croire qu’ils m’ont tendu la main mais que je ne l’ai pas saisie. Je n’ai jamais reçu de lettre, rien du tout », regrette-t-il rappelant des supposées « malfaçons » de la part de la municipalité. « Quand c’est pour réclamer le loyer ils savent me trouver ». S’il ne semble pour l’heure pas satisfait de l’engagement de la mairie, cette dernière assure « tout mettre en oeuvre » pour l’aider sans pour autant parvenir à trouver une solution. « On tente de l’aider depuis plus d’un an. Mais tout notre centre-ville est en pleine rénovation urbaine, on n’a pas d’autres endroits à Epinay même pour le reloger », rétorque-t-elle. « Le maire a même contacté les autres communes et même les bailleurs d’immeubles pour tenter de le reloger, on espère qu’il va retrouver quelque chose ».

Et si les chances de revoir Christian Amoussou et son magasin « Promo exo » au cœur d’Epinay-sous-Sénart sont pour le moins faibles, reste à savoir si ce commerçant parviendra, ou non, à rouvrir un jour alors que d’autres magasins du centre commercial devraient à leur tour fermer. « Si le projet s’inscrit dans la volonté de ramener du service public en centre-ville, ce qui en soit est une bonne initiative, il n’est pas acceptable que les commerçants présents sur le centre commercial principal depuis très longtemps soient traités par la Municipalité, avec le mépris et la défiance la plus totale », conclut alors Nathalie Delaunay.