Un jeudi d’été à l’Assemblée nationale. Ce sont les ultimes séances de la semaine, réunions de commission et de groupe pour les députés. Le vendredi étant réservé pour une présence en circonscription, les élus vaquent à leurs occupations parlementaires, avec notamment une dernière séance publique consacrée au débat d’orientation des finances publiques 2018. Dans les sous-sols du complexe de l’Assemblée, se réunit pendant ce temps la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Avec au programme, l’audition de la secrétaire d’État Marlène Schiappa.

Et la séance est présidée par la nouvelle présidente de cette délégation, la députée de la 4ème circonscription de l’Essonne, Marie-Pierre Rixain. Soutien du président Emmanuel Macron, celle qui exerçait jusque-là comme consultante et enseignante fait partie de ces nouvelles têtes arrivées à l’Assemblée il y a un mois (lire notre article). Comme chacun des 10 élus issus de l’Essonne, elle s’est d’abord inscrite dans une commission permanente, les Affaires culturelles et l’éducation pour elle, avec son collègue de la 10ème circonscription Pierre-Alain Raphan. Puis elle a décidé de s’investir également dans cette délégation, « pour faire suite à mes engagements en matière de lutte contre les violences faites aux femmes » explique-t-elle, précisant qu’elle travaillait précédemment sur ces questions dans le monde professionnel.

Si elle ajoute qu’elle n’a « pas vocation » à s’investir sur d’autres fonctions parlementaires, Marie-Pierre Rixain va pourtant connaître ce jour un certain ‘baptême du feu’, relatif aux annonces de coupes dans le budget alloué aux Droits des femmes. Tandis que la ministre tente de temporiser et rassurer, devant des députés qui la questionnent sur la nature et les conséquences des arbitrages budgétaires, la présidente de la délégation passe la parole aux uns et aux autres. Chargée de la bonne tenue du débat, et que sa délégation réponde à la fonction parlementaire « de préconisation et d’évaluation », elle n’en demeure pas moins convaincue du bien-fondé des choix du gouvernement. Celui-ci confirmera plus tard le rabot de 7 millions d’euros de crédits pour les Droits des femmes sur 2017.

Les Droits des femmes « sacrifiés »?

« Je ne découvre pas les contraintes budgétaires fortes, il est normal que le secrétariat d’Etat de Marlène Schiappa participe à l’effort » justifie la députée essonnienne au sortir de la réunion. Selon elle, le gouvernement doit faire preuve « d’efficacité et d’efficience » dans l’utilisation des deniers publics, même si « il n’y a aucune remise en question des subventions aux associations » assure-t-elle. Concernant le prochain budget en préparation, sa délégation n’est pas là pour « arbitrer » indique-t-elle, se voyant plutôt garante « que les promesses de campagne soient tenues ». Elle confirme les propos de la ministre sur le fait que les subventions dédiées aux Droits des femmes « ne seront pas automatiques » en 2018, et met en avant « la grande cause nationale » de l’égalité femmes/hommes qui amènera selon elle à des crédits en « interministerialité ».

Pas de quoi pourtant calmer les ardeurs de plusieurs associations et militantes féministes, qui ont interpellé le gouvernement et les députés ces dernières semaines. Elles accusent le gouvernement de « sacrifier » cette grande cause sur l’autel de la rigueur budgétaire : « Des moyens en moins, c’est l’égalité qui recule. Des moyens en moins, ce sont des femmes victimes en plus » s’alarme une pétition en ligne pour le rétablissement du budget. « Il n’y a pas de polémique avec les associations féministes » rétorque Marie-Pierre Rixain, en insistant : « les crédits pour la lutte contre les violences sexuelles et sexistes ont été reconduits ». Ces questions budgétaires sont bien parties pour susciter de nombreuses frictions et polémiques durant ce mandat, le gouvernement d’Edouard Philippe s’étant fixé comme priorité de réduire les déficits et de réaliser des économies. Comme nous le confirme la députée de la 6ème circonscription de l’Essonne Amélie de Montchalin, croisée dans la salle des quatre colonnes, qui a pris place dans la commission des finances de l’Assemblée nationale.

Dans cette instance qui passe au crible les grandes masses budgétaires de l’Etat, l’ancienne cadre à la direction de l’assureur Axa y anime la discussion budgétaire « avec pour objectif d’arriver au seuil de 3% d’équilibre pour fin 2017 » présente-t-elle d’emblée. « Mon rôle est d’aider le gouvernement à proposer un bon budget avec des objectifs atteignables » précise-t-elle. Elle a ainsi interrogé en ce sens le ministre de l’action et des comptes publics Gérald Darmanin lors d’une séance de questions au gouvernement. « Il faut envisager le passé sans regret, le présent sans faiblesse et le futur sans illusion » cite la députée en référence à des mots prononcés dans l’hémicycle en 1801 par Louis-Philippe de Segure, en précisant sa pensée personnelle : « cette phrase s’applique parfaitement à la situation de nos comptes publics, l’heure n’est pas au regret mais à la lucidité », en listant ensuite ce qu’elle reproche à la structure budgétaire de l’Etat français, « record de dépenses publiques, record de prélèvements obligatoires ».  

Villani et les 331 millions de coupes dans l’ESR

Ses maîtres mots vont bien être de « réduire le déficit et les impôts et rationaliser les dépenses » résume-t-elle à Essonne Info. Enfin, si il est un député essonnien pris dans la nasse parlementaire, c’est bien Cédric Villani. Le député de la 5ème circonscription de l’Essonne fait partie des quelques visages identifiés En marche au sein de la nouvelle Assemblée, son statut de mathématicien renommé l’ayant précédé (lire notre article). Il a également été élu à la tête de l’office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, une commission de travail qui regroupe députés et sénateurs au sujet des politiques publiques liées à la recherche, les investissements d’Etat et les universités.

Toujours au sujet des annonces de coupes budgétaires, celui-ci se voit propulser en première ligne pour justifier la suppression de 331 millions d’euros de crédits pour le budget de l’Enseignement supérieur et de la Recherche sur 2017, annoncée mi-juillet par le gouvernement. Syndicats, chercheurs et représentants de communautés scientifiques lui sont tombés dessus suite à cette décision, appelant pour certains à la mobilisation dès la rentrée. Il est ainsi accusé par une partie du monde académique de faire volte-face, au regard de ses anciennes prises de position publiques. L’an dernier en effet, il faisait partie des leaders de la fronde des chercheurs, à l’annonce d’un gel de 256 millions par le précédent gouvernement, et signait une tribune en ce sens dans Le Monde. « Ce que l’on détruit brutalement, d’un simple trait de plume budgétaire, ne se reconstruit pas en un jour. Les organismes nationaux de recherche vont devoir arrêter des opérations en cours et notamment limiter les embauches de chercheurs et de personnels techniques. Ce coup d’arrêt laissera des traces, et pour de longues années » assumait-il alors, préférant cette année mettre en avant un budget de l’ESR « meilleur qu’en 2016 » comme il l’écrit sur son blog, et répondant aux interpellations : « une action forte ne me semble pas justifiée cette fois ; il est important de garder son énergie pour les combats à venir ! »

Il est aussi intervenu en séance pour tenter de justifier le maintien du « verrou de Bercy » dans le cadre de la discussion sur le projet de loi de confiance dans l’action publique. Ce dispositif décrié permet au ministère des Finances de choisir quels dossiers de fraude fiscale sont transmis à la justice, ou bien réglés directement par ses services. « Ce n’est pas si simple » a-t-il avancé, devant les prises de position des autres groupes politiques. Ce qui lui a valu une nouvelle saillie de critiques, notamment sur les réseaux sociaux. Comme désormais à son accoutumée, il a publié un article sur son blog pour détailler sa position, et ainsi botter en touche en préférant attendre avant de se positionner : « je ne suis pas opposé par principe ni à l’aménagement, ni à la suppression du Verrou de Bercy, et je suis prêt à examiner toutes les options plus tard ».

Localement, les députés nouvellement élus prennent aussi leurs marques. Certains se saisissent de dossiers essonniens, à l’image d’Amélie de Montchalin qui décrit son « soutien à l’expo universelle et à la venue de la ligne 18 du métro ». Elle a récemment été reçue avec le maire de Palaiseau par le secrétaire d’Etat aux transports pour faire le point sur ce dossier. La plupart de ces nouveaux députés vont aussi se doter d’une permanence parlementaire, un lieu situé dans leur circonscription pour recevoir les habitants et y organiser des rendez-vous. Marie-Pierre Rixain est par exemple « toujours à la recherche du lieu adéquat », qui soit « accessible » aux personnes à mobilité réduite et par les transports. « J’y serai chaque fin de semaine, et je souhaite aussi aller de manière plus informelle à la rencontre des citoyens » indique-t-elle, en prévoyant par exemple des permanences mobiles sur les marchés, « afin de maintenir, comme pour la campagne, une notion de proximité ».

Article réalisé avec Jérôme Lemonnier