87 000. Voici le nombre d’étudiants et de bacheliers français qui se sont retrouvés sans aucune proposition de formation à l’issue de la troisième phase d’admission dans l’enseignement supérieur, mi-juillet. Parmi eux, près de 10 000 n’ont pas obtenu la place qu’ils demandaient à l’université, filière d’ordinaire ouverte à tous. Alors, avant de partir en vacances, les étudiants malchanceux se ruent aux portes des universités pour tenter de décrocher une affectation avant la rentrée. C’est le cas notamment à l’Université d’Evry Val d’Essonne : « C’est vrai qu’il y a plus de monde que les années précédentes, confirme l’établissement, qui refuse néanmoins de se hasarder à donner des chiffres provisoires. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’à septembre, on verra à ce moment-là ».

Sur place, les couloirs ne sont pas forcément bondés, car c’est en coulisses que tout se joue. Alors que certains bacheliers viennent faire vérifier leurs dossiers au compte-goutte, d’autres contactent désespérément les organisations étudiantes pour avoir de l’aide : « Nous avons reçu une cinquantaine de mails et d’appels de personnes qui n’ont été reçues à aucun de leurs vœux ou qui sont encore en attente d’une réponse, témoigne Quentin Bourgeon, ancien président de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) d’Evry et élu à la Commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU). Cela concerne aussi bien les personnes qui ont postulé à Evry sans succès, que ceux qui souhaiteraient s’y inscrire en dernier recours. C’est énorme, c’est la première fois que je vois ça en cinq ans ». L’étudiant, qui ressource les besoins et les témoignages des jeunes en difficultés d’orientation pour le compte de la campagne #SOSinscription lancée par le syndicat étudiant, craint même que ces chiffres ne soient que la face visible de l’iceberg : « Ceux qui sont encore en attente au niveau de la plate-forme d’Administration post-bac (APB, ndlr)  ne sont pas visibles par les établissements, poursuit-il. S’ils ne se sont pas encore manifestés, on ne sait pas où ils sont  ». Plusieurs centaines d’étudiants essonniens pourraient ainsi être concernés.

« 10 000 heures de cours ont été supprimées »

Avec l’arrivée des enfants du boom de l’an 2000, le nombre d’étudiants ne cesse en effet d’augmenter. Au niveau national, ils étaient par exemple 2 449 439 en 2014, contre 2 558 000 en 2016. « Cela représente 4,9 % d’étudiants en plus cette année, précise Mélanie Luce, responsable de la commission universitaire à l’UNEF, soit environ 40 000 personnes, l’équivalent d’une grande fac. À partir de ce constat, on observe que la région parisienne est la plus touchée, c’est là qu’on y a le plus souvent recours au tirage au sort lorsque certaines filières sont trop demandées  ». À l’inverse, les moyens des universités diminuent avec une moyenne de 740 € en moins alloué 
aux établissements d’enseignement supérieur pour chaque étudiant entre 2011 et aujourd’hui : « Les capacités d’accueil s’en retrouvent donc réduites, confirme Quentin Bourgeon. À Evry, 10 000 heures de cours ont été supprimées il y a quatre ans, ça laisse des traces. Aujourd’hui, au vu de la demande, il faudrait pouvoir accueillir 15 000 à 17 000 étudiants au lieu des 11 000 actuels ».

Dans un dossier de presse intitulé « #SOS Inscription : il est urgent d’ouvrir les portes de l’enseignement supérieur » publié mercredi 19 juillet, l’UNEF avance même quelques chiffres. Principalement touchées, les filières déjà sous tension comme les Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS), le Droit ou encore la Biologie sont logiquement pointées du doigt. Selon le syndicat, la capacité d’accueil de l’université d’Evry pour sa filière STAPS aurait été réduite de 70 places entre la rentrée 2016 et la rentrée 2017, passant de 200 à 130 étudiants. Idem en Droit, où la filière aurait perdu 90 places sur la même période (de 500 à 410 places). Une réalité que confirme à demi-mot l’université : « Aujourd’hui, à l’UEVE, les filières les plus demandées sont le STAPS et le Droit, correspondant aux filières dites en tension, admet l’établissement.  STAPS et Droit étant des vœux groupés. Maintenant, l’objectif de ces vœux est d’optimiser les chances d’intégrer la filière visée, quel que soit l’établissement d’accueil. En revanche, nous n’avons aucune vision sur les filières complètes ou non, les données statistiques évoluant chaque jour ».

( dossier de presse UNEF-p.)

Selon les chiffres de l’UNEF, la filière STAPS d’Evry aurait réduit ses effectifs pour la rentrée prochaine (extrait dossier de presse UNEF-p.9).

Les filières « pastille verte » impactées

Car cette année, contrairement aux précédentes, les filières « sous tensions » ne semblent plus être les seules concernées par le trop-plein d’étudiants. Les filières à « pastille verte », censées garantir une place à chacun, sont elles aussi désormais touchées : « Nous n’avons pas de chiffres précis, mais d’après les retours que nous avons des UFR, toutes les filières de l’université seraient impactées, explique Quentin Bourgeon. Effectivement, des branches comme AES, en pastille verte, n’échappent plus à la règle ».
Enzo, 18 ans, l’a appris à ses dépens. Après avoir obtenu un bac ES avec mention assez-bien au lycée Léonard de Vinci de Saint-Michel-sur-Orge, il a vu ses neuf vœux recalés par le logiciel de la discorde. Alors qu’il était persuadé depuis la classe de première de pouvoir entrer à l’université, son avenir est aujourd’hui incertain : « Mon premier vœu était l’IUT d’Evry en Techniques de commercialisation. J’en ai aussi déposé un pour la licence Administration économique et sociale (AES, ndlr), également à Evry, confie-t-il. Mais on m’a répondu qu’il n’y avait plus de place pour la licence et je suis actuellement en 33e position sur la liste d’attente de l’IUT. Pourtant, lors des portes ouvertes, on m ‘avait assuré que je pouvais y rentrer avec 12 de moyenne. Or, j’ai obtenu 13,50 de moyenne sur mes années de première et terminale  ».

Actuellement en vacances en Corse, il passe donc deux heures par jour à passer des coups de fil pour démarcher écoles et universités, avec un mot d’ordre : patienter. En parallèle, il a eu pour consigne de s’inscrire sur la procédure complémentaire, c’est-à-dire dans les filières où il reste de la place, qu’elles correspondent ou non au projet professionnel de l’étudiant : « Je crains de ne pas avoir de réponse avant septembre, car les facs et les IUT vont fermer fin juillet, s’inquiète-t-il. Tout se passe par APB et lorsque j’appelle les établissements, on m’explique que ça ne sert à rien que je me déplace. J’ai même envoyé un message à APB qui m’a répondu que j’aurais dû mettre plus de vœux en pastille verte… ».

Rendez-vous en septembre ?

Accoudée au guichet de la scolarité, Ghada, elle, ne vient pas pour s’inscrire mais pour se réinscrire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle connaît plus que personne les dysfonctionnements d’APB. Et pour cause. À 21 ans, elle s’est déjà vu refuser ses neuf vœux, et ce, trois ans d’affilés : « Après avoir obtenu un bac S en Seine-Saint-Denis, j’ai voulu m’orienter vers un Diplôme de technicien supérieur (DTS, ndlr) en radiologie médicale, expose-t-elle. Mais j’ai n’ai jamais obtenu mes vœux ». Poissy, la Salpêtrière, lycée Jean Monet et Pierre-Gilles de Gennes, Versailles… Autant d’admissions post-bac refusées sans aucune explication. Alors, elle s’est tournée vers l’université d’Evry, par défaut : « Je me suis inscrit en L1 Physique-Chimie, dans une filière qui ne me plaît pas, tout en sachant pertinemment que je ne validerais pas mon année », concède-t-elle. Deuxième sur la liste d’attente du Centre hospitalier Sud-francilien de Corbeil-Essonnes, elle espère toujours une bonne nouvelle : « Dans le doute, et comme j’ai un droit de réinscription automatique à Evry, je vais quand même me réinscrire, histoire d’avoir un parachute ».

(MB/EI).

Ne vous fiez pas aux apparences. En coulisses, les services de l’université d’Evry font face à une explosion du nombre d’étudiants souhaitant s’inscrire pour la rentrée prochaine (MB/EI).

Pour Ghada, Enzo et les autres, la lueur d’espoir réside peut-être dans ceux qu’on appelle « les oui, mais », ces étudiants retenus dans plusieurs établissements ou plusieurs filières mais n’ayant pas encore tranché. Ces derniers, une fois leur choix fait, devraient libérer quelques places en septembre : « Oui, il va sans doute falloir attendre fin septembre pour voir si des places vont se libérer, estime un parent d’élèves membre de la FCPE. Certains sont pris à Evry, mais sont sur des listes d’attente dans d’autres endroits. Certains d’entre eux seront sûrement pris ailleurs et libéreront des places pour d’autres ». Enzo, lui, a déjà prévu un plan B : « Je voulais faire une licence AES ou un IUT pour pouvoir ensuite intégrer une école de commerce. Cela m’aurait évité une prépa. Si jamais je n’ai rien, je passerai les concours des écoles privées. Mais ce sera 5 500 € par an…  ».

Plus de 70 élèves de Corot sans affectation post-bac

Reste que chacun redoute à l’avenir la généralisation de la sélection à l’entrée de l’université, comme c’est le cas depuis décembre 2016 pour les masters : « Ce ne sera pas la solution, prévient Quentin Bourgeon. On ne réglera le problème qu’en augmentant les moyens des universités pour créer plus de places. Le cas échéant, la situation risque de s’aggraver dans les années qui viennent  ».

Si Frédérique Vidal, la ministre de l’enseignement supérieur, a promis un soutien financier aux universités disposant « d’ultimes marges de manœuvre » pour augmenter leur capacité, les 331 millions de coupes budgétaires par ailleurs annoncées pour 2017 n’incitent pas à l’optimisme. En attendant, à Evry, l’université a augmenté ses capacités d’accueil en master pour la rentrée prochaine, conformément à la réforme de l’admission en master mettant en place un droit automatique à la poursuite d’études entre la licence 3 et master 1 pour les étudiants diplômés qui n’auraient aucune proposition d’admission répondant à leurs candidatures. Dans ce cas, ils pourront faire valoir leur droit à la poursuite d’études puisque l’Etat leur garantira le droit à trois propositions d’inscriptions dans des masters compatibles avec leur parcours de formation. « Le Service académique information orientation a salué les efforts de l’Université d’Evry Val d’Essonne concernant les différentes phases d’APB  », rappelle de son côté l’université d’Evry. Rendez-vous en septembre, donc.

(capture d'écran dossier de presse UNEF-p.23).

Pour la rentrée 2017, l’université d’Evry a augmenté ses capacités d’accueil en master (extrait dossier de presse UNEF-p.23).

Pour accompagner les étudiants qui rencontrent des difficultés dorientation, lUNEF a mis en place depuis le mois de juin la campagne #SOSinscription à destination des nouveaux bachelier-ère-s. Pour en savoir plus : 0 806 079 0609 ou contact@unef.fr sos-inscription.fr