Au matin du 1er juillet 1903, soixante courageux se sont inscrits à une toute nouvelle compétition sortie de l’imaginaire de quelques personnes, dont le journaliste Henri Desgranges. Au programme de cette épreuve, pas moins de 2 428 km étaient à parcourir. À raison de 400 km journaliers, ces forçats de la route devaient avaler la distance totale en six jours afin de boucler ce tour de la France. Au bout de nombreux efforts et 39 abandons plus tard, le Français Maurice Garin remporte cette première édition dans les rues de la capitale. Une légende est en train de naître.

Au fur et à mesure, la course va pousser les portes de la célébrité en écrivant avec les plus grands noms du cyclisme des pages de la grande histoire du vélo. Le Tour de France jouit aujourd’hui d’une renommée internationale. Cependant, de nombreuses personnes oublient que le départ de la toute première des presque 1 900 étapes qui ont été courues durant les 104 éditions a été donné en Essonne. Il y a 110 ans, l’ensemble des participants s’était donné rendez-vous devant un petit café de la banlieue parisienne, le Réveil-Matin. Ainsi, c’est donc dans cette petite brasserie de Montgeron que s’est écrite la première des pages de la grande histoire du Tour de France.

Un lieu qui renaît de ses cendres

Après avoir traversé les décennies du XXe siècle, le Réveil-Matin recroise la route du Tour en 2003, en accueillant le départ de la première étape du Tour du centenaire. Des festivités avaient été organisées à l’époque, avec notamment la venue de nombreux coureurs ayant marqué la course comme Bernard Hinault ou encore le Hollandais Joop Zoetemelk. Une sculpture monumentale a également été érigée sur le rond-point qui jouxte le café, et même, la zone commerciale a été rebaptisée Maurice Garin, du nom du vainqueur du premier Tour de France.

Côté déco, le propriétaire du lieu a naturellement axé sur la Grande boucle (JL/EI)

Côté déco, le propriétaire du lieu a naturellement axé sur la Grande boucle (JL/EI)

Seulement, quelques années après cette période faste, le café devenu entre-temps un restaurant a été victime d’un incendie en 2007. Entièrement détruit, l’établissement avait finalement été sauvé de l’abandon par un fan de cyclisme. Ce dernier, c’est Luciano Mantovani. Toujours propriétaire aujourd’hui, nous l’avions rencontré en 2013, dans le cadre du centième Tour de France de l’histoire. « Quand je suis passé devant le restaurant incendié, je me suis tout de suite renseigné pour connaître son prix, expliquait-il. C’est ainsi que j’en suis devenu le gérant et que je l’ai remis sur pied ». Ce Brésilien d’origine italienne a acquis « ce symbole » en 2008. Comme pour entretenir la mémoire, celui qui se définissait comme « un grand fan du Tour de France » a opté pour une décoration sur le thème du… cyclisme. Dans ce restaurant truffé de références à la Grande Boucle, « il est impossible de passer à côté de l’histoire du site » ironisent les clients. Un choix clairement assumé par la direction du restaurant. « J’ai délibérément axé ma décoration sur l’histoire du lieu, car il représente quelque chose d’important pour de nombreux fans, assurait le gérant. Souvent, des cyclistes amateurs viennent prendre des photos du café ou prendre un verre afin de découvrir l’endroit où est né le Tour ».

Un endroit prisé des fans

Depuis cinq ans, le Réveil-Matin a ainsi retrouvé son identité et une clientèle de fans et d’anciens professionnels. « Assez souvent, nous organisons des repas avec d’anciens coureurs voire des séances de dédicaces, précisait Luciano Mantovani. Nous avons d’ailleurs reçu Raymond Poulidor à de multiples reprises ». Outre ces rendez-vous, le restaurant accueille de nouveau des départs de courses amateurs.

Les fans sont très nombreux à franchir la porte du bar-restaurant, venir siroter un verre et même prendre des photos souvenirs. Une popularité qui poussait le gérant brésilien de l’établissement à réfléchir à un projet de musée du cyclisme. Et celui-ci risque d’être très prisé ce dimanche 23 juillet. En effet, les rescapés de la 104e édition du Tour de France s’élanceront de Montgeron avant de rallier la capitale et s’expliquer sur les Champs-Elysées. L’histoire d’amour entre la course la plus célèbre du monde et le café essonnien ne semble pas encore terminée…