Le Plateau de Saclay accueillera-t-il le village global de l’Exposition universelle de 2025, et ses 50 millions de visiteurs annoncés ? Avec les Jeux Olympiques de 2024 pour lesquels Paris est en lice, face à Los Angeles, la France aimerait être choisie pour ce rendez-vous international majeur. Pour cela, elle s’est dotée d’un comité de pilotage de la candidature, regroupant dans un GIP l’Etat et les collectivités franciliennes en soutien à l’Expo 2025.

Parmi les missions attribuées à ce comité : retenir le site à proximité de Paris qui fera office de lieu principal de ce rendez-vous mondial, en plus des villages thématiques prévus en province. Quatre territoires sont sur la ligne de départ pour l’accueil de ce village global : Marne-la-Vallée Val d’Europe (77), Le Triangle de Gonesse (95), les friches du Canal de l’Ourcq (93), et donc Paris-Saclay (91–78).

Les collectivités essonniennes proposent ainsi de bâtir un site de 110 hectares sur le Plateau de Saclay, plus particulièrement dans le secteur de Corbeville, à proximité de la 118, et au milieu des 2 ZAC qui composent actuellement le projet d’aménagement (Le Moulon et Polytechnique). Après un oral de présentation le 20 mai, les porteurs du projet Expo Saclay ont accueilli les membres du comité de sélection sur place pour une visite le 1er juin dernier. Il s’agit d’un groupement d’interet public composé de l’Etat, la mairie de la Paris, la Métropole et la Région.

C’est ce mercredi 12 juillet qu’il annoncera le site retenu, sachant que le thème choisi par la France en vue de l’Expo 2025 est « la connaissance à partager, la planète à protéger ». Le pays concoure face à la Russie, l’Azerbaïdjan et ‎le Japon pour accueillir l’Exposition universelle de mai à octobre 2025. Concernant la possibilité de voir se construire le village global dans le département, les chances de Saclay semblent élevées, le dossier étant notamment soutenu par la présidente de la Région Valérie Pécresse.

23 milliards de retombées annoncées

Et les porteurs de l’idée ont mis ces dernières semaines tous leurs arguments dans la balance, pour convaincre le jury de retenir la candidature essonnienne. Pour les promoteurs du projet, Saclay est « le site qui va faire gagner la France ». Ses qualités et le potentiel du site sont mis en avant par ses soutiens. « Fort de son héritage culturel et historique, notre territoire est pleinement tourné vers l’avenir et ouvert sur le monde » annonce fièrement Michel Bournat, le maire de Gif et président de l’agglo, en référence au fait que se constitue sur place le ‘cluster’ scientifique et technologique, « il est doté d’un potentiel qui mérite d’être exploré par des millions de visiteurs attendus pour une expérience unique ».

Les atouts du projet Paris-Saclay pour l'Expo 2025 présentés par le Département

Les atouts du projet Paris-Saclay présentés par le Département (DR)

Le site de Saclay affiche la diversité de ses soutiens, du monde scientifique comme des grandes entreprises présentes sur place. Le monde économique s’est ainsi prononcé en faveur du projet. Les CCI de l’Essonne et des Yvelines se réjouissent déjà du potentiel de retombées locales qu’amènerait un projet de cette ampleur. Les chiffres annoncés ont en effet de quoi donner le tournis : « 23 milliards d’euros de retombées directes, 160 000 emplois pérennes » sont annoncés, dans les secteurs du développement durable, des énergies propres, des nouvelles mobilités et plus globalement de « l’économie de demain ».

Une tribune a été signée dans ce sens dans le JDD par le président du Conseil départemental François Durovray, celui de l’agglo de Saclay (CPS) Michel Bournat, avec les maires d’Orsay et Palaiseau David Ros et Grégoire de Lasteyrie, auquel s’est joint le directeur de l’Etablissement public d’aménagement ‎Philippe Van de Maele. Ils promettent ainsi aux 50 millions de visiteurs attendus sur le village global qu’ils vivront « une expérience exceptionnelle à l’avant-garde de l’innovation et à la croisée des cultures » sur le Plateau de Saclay, territoire « symbole d’une nation qui cultive son héritage en se tournant vers l’avenir ».

Une campagne pour populariser cette candidature sur les territoires a été menée par les collectivités concernées, souhaitant inscrire la possible venue de l’Expo 2025 comme aboutissement de la constitution de cette « Silicon valley » à la française : « au sein du cluster de Paris-Saclay, parmi les huit principaux au monde, dialoguent chaque jour chercheurs, entrepreneurs, étudiants et citoyens. De leurs échanges fructueux naissent des projets qui concourent au dynamisme du territoire et catalysent sa capacité d’innovation » se réjouissent les élus. Ils mettent ainsi en avant plusieurs de leurs soutiens comme Valérie Masson-Delmote, coordonatrice au Giec, ou encore le chef Thierry Marx.

« Aucune légitimité » pour Saclay selon les associations

Mais l’enthousiasme montré par ces acteurs locaux est loin de convaincre tout le monde, notamment sur le territoire concerné. L’avènement du ‘cluster’ sur la frange sud du Plateau de Saclay et son urbanisation font l’objet de controverses sur place. Plusieurs collectifs et associations militent contre les nouvelles constructions et le rognage des terres agricoles. Ses initiateurs réclament même un « moratoire » sur le projet, plusieurs recours étant instruits, et interpellaient dans ce sens les candidats aux dernières legislatives (lire notre article).

Un collectif récent, ‘Urgence Saclay’, ‎a souhaité faire entendre sa voix et affirmer que le projet « ne fait pas l’unanimité » sur les communes concernées. « Après les 400 hectares de l’operation Paris-Saclay, ce seront 100 nou‎veaux hectares promis au bétonnage » grondent les militants associatifs, bien décidés à faire capoter le projet : « c’est une nouvelle fuite en avant dans l’artificialisation des sols et la création d’un nouveau point d’affluence en région proche Paris qui entraînera aussi son surplus de circulation automobiles et camions ». Le collectif s’en prend également aux élus locaux favorables au projet, qui « demandent le soutien des habitants. Pour cela, ils ont lancé une campagne de communication très appuyée, (…), pourtant, malgré l’ampleur des moyens mobilisés, il semble que le support des populations soit resté modeste ».

La fronde contre l'Expo 2025 est menée par les collectifs associatifs du Plateau de Saclay

La fronde est menée par les collectifs associatifs du Plateau (JM/EI)

Ils ont ainsi écrit aux responsables d’Expo France pour leur faire part de leurs doutes, notamment sur les gains économiques escomptés, « des promesses mirifiques » selon eux, alors que pendant ce temps, « la qualité de vie des populations proches du plateau de Saclay serait très directement et négativement impactée par cette exposition universelle ». ‘Urgence Saclay’, comme les différents groupements opposés à l’urbanisation du Plateau et la venue du Métro laissent également entendre qu’ils s’opposeront « par tous les moyens qui seront à notre disposition » à l’Expo 2025.

Quid de la ZPNAF ?

Une récente tribune dans Le Monde signée par un économiste et un militant associatif local tacle même un site « qui n’est pas à la hauteur des enjeux qu’il prétend relever ». Le collectif Moulon 2020 a aussi écrit au président d’Expo France, pour lui signaler que le secteur désigné, la zone de Corbeville, se trouvait à moins de 2,5 kms du CEA Saclay et entrait ainsi dans le champs de son Plan particulier d’intervention (PPI), ce qui engendrerait de nombreuses contraintes à cause des risques nucléaires. « Le site de Paris-Saclay n’a aucune légitimité à recevoir l’exposition universelle de 2025 » clame de son côté le groupe local des écologistes, qui se dit par contre favorable à l’accueil par la France de l’Expo 2025, mais sur le site du Canal de l’Ourcq, qui s’inscrit dans une « renaturation » d’anciennes fiches industrielles : « ce site est plus proche de Paris et est desservi par de nombreux transports existants. Il permettrait une transition écologique de tout un quartier et mettrait avantageusement en application la thématique retenue pour l’Expo 2025 ».

Mais la conseillère départementale écologiste Anne Launay est fataliste et pense que les dés sont jetés : « tout nous pousse à croire que ce site est bien placé pour être choisi pour la candidature de la France. La proximité politique entre Michel Bournat, François Durovray,, Valérie Pécresse et Jean-Christophe Fromentin (Président d’ExpoFrance2025), semble être le premier atout de cette candidature. Valérie Pécresse ayant même déclaré que Paris-Saclay avait sa préférence. Par ailleurs l’exposition universelle serait pour eux le coup de projecteur idéal pour relancer le projet d’université Paris-Saclay qui est au point mort et de s’assurer la construction de la ligne 18 dont le rapport coût/fréquentation n’a pas été démontré ». Du côté du néo-député de la 5ème circonscription, Cédric Villani, pas de positionnement, en revanche, sur la candidature de Paris-Saclay : « je suis porte-parole d’Expo France au niveau national, je ne mélange pas les genres » confie-t-il. Reste que ce dernier avait indiqué être prêt à signer « un moratoire pour la ZPNAF », zone protégée qui ne le restera peut-être pas complètement en cas de construction du village global de l’Expo 2025 sur place. Tic, tac, tic, tac..