105, voici le nombre de communes qui vont effectuer un retour à la semaine de quatre jours dès la rentrée de septembre. Comment en sommes-nous arrivés là ? Souvenez-vous. En mai 2012, peu de temps après l’arrivée de François Hollande à la tête de l’Etat, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault annonçait la mise en place de ses futures réformes. Parmi elles, une refait surface dans l’actualité ces derniers jours. Il s’agit des fameux rythmes scolaires. Portée par le ministre de l’Éducation de l’époque, Vincent Peillon, avant d’être publiée le 24 janvier 2013 sous la forme d’un décret, cette réforme était applicable dès la rentrée 2013. Une poignée de communes avait alors osé franchir le cap cette même année. Parmi elles, seules dix communes essonniennes avaient fait ce choix dont Évry, Courcouronnes, Epinay-sous-Sénart, Etiolles, Palaiseau, Chilly-Mazarin, Boussy-Saint-Antoine, Ris-Orangis, Ballainvilliers et Morangis. Les 170 autres communes du département possédant une école dans leur périmètre les avaient rejointes avec plus ou moins de facilité. Pour rappel, certains maires s’étaient battus durant plus d’un mois contre l’application de ces rythmes, laissant les écoles fermées le mercredi. Ce fut le cas à Montgeron, Janvry, Yerres ou encore Savigny-sur-Orge.

Mais avec l’élection d’Emmanuel Macron, les cartes au niveau de la gestion des rythmes scolaires ont été rebattues. En effet, le nouveau ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer laissait sous-entendre que des « expérimentations avec le soutien des institutions de l’Education nationale » allaient être menées. En clair, ce dernier laissait la porte ouverte à un retour à la semaine de quatre jours. Finalement, un décret officiel est venu autoriser ce que certains appellent « le retour aux sources » le 28 juin dernier. Ce décret permet ainsi au directeur académique des services de l’éducation nationale, sur proposition conjointe d’une commune ou d’un établissement public de coopération intercommunale et d’un ou plusieurs conseils d’école, d’autoriser des adaptations à l’organisation de la semaine scolaire ayant pour effet de répartir les heures d’enseignement hebdomadaires sur huit demi-journées réparties sur quatre jours. 105 communes du département en ont ainsi profité pour s’engouffrer dans la brèche.

La liste des 105 communes qui repassent à la semaine des quatre jours

Aucun dossier retoqué

Bien qu’intervenu tardivement, le décret du 28 juin a donc permis aux communes le désirant de déposer un dossier à l’inspection académique pour un retour à la semaine de quatre jours. Du côté du directeur académique de l’Essonne (Dasen) Lionel Tarlet, on rappelle que pour obtenir un droit au retour à la semaine de quatre jours, il fallait présenter un dossier justifié. « J’ai tenu à ce que les choses soient argumentées. Il fallait que cette décision fasse l’objet d’un consensus large notamment auprès des conseils d’écoles qui devaient tous rendre un avis », confirmait Lionel Tarlet.

Interrogé ce jeudi soir, le Dasen dévoilait un nombre de dossiers obtenus supérieur à la centaine. « Nos services ont étudié les dossiers minutieusement. Aucun dossier n’a été retoqué », expliquait ainsi ce dernier. Au final, sur les 180 communes de l’Essonne possédant une école, 105 autorisations ont été délivrées par l’inspection académique.

Quel est le profil de ces communes ? Quelles sont les raisons évoquées par ces dernières pour demander ce retour à la semaine des quatre jours ? « Essentiellement, il s’agissait de difficultés économiques et organisationnelles », résume Lionel Tarlet. La plupart des autorisations concerne d’ailleurs des communes rurales du Sud-Essonne comme Authon-la-Plaine, le Plessis-Saint-Benoist, Bois-Herpin ou encore Vayres-sur-Essonne pour ne noter qu’elles. D’autres communes plus peuplées avancent pourtant les mêmes arguments. « Cela représentait pas moins de 60 000 euros nets pour la commune pour des intervenants qui ne venaient que trois quarts d’heure par jour », analyse Karl Dirat, le maire de Villabé. Ce dernier avait d’ailleurs fait voter une motion le 30 juin dernier en conseil municipal pour signifier l’envie de la majorité de revenir à la semaine des quatre jours.

Plus au sud, à Ballancourt, un questionnaire avait été envoyé aux familles. « Deux tiers ont répondu, se félicite Jacques Mione, le maire de la commune. 89% d’entre elles avaient opté pour un retour aux quatre jours », lance ce dernier qui notait un surcoût pour la commune à hauteur de 70 000 euros par ans, ainsi qu’une « fatigue plus accrue pour les enfants scolarisés en maternelle ». Ces deux communes changeront ainsi de rythmes scolaires dès la rentrée 2017.

Et du côté des professeurs des écoles, on semble se satisfaire en partie de ce retour à la semaine de 4 jours. « Nous avons interrogé les professeurs de l’Essonne et ce qui ressort de ce sondage est sans appel. 62% d’entre eux voulaient un retour à la semaine de quatre jours. Un total auquel il faut ajouter 22% qui voulaient ce retour avec un raccourcissement des vacances scolaires », récapitule Emmanuel Cabiran, secrétaire départemental du Snuipp 91, qui enregistrait aussi « une fatigue des enfants en fin de semaine » et qui regrettait la mise en place « catastrophique » de la réforme.

Quelques communes avaient posé des cadenas en 2014. (MM/EI)

Quelques communes avaient posé des cadenas en 2014. (MM/EI)

D’autres franchiront le pas en 2018

D’un côté, il y a donc ceux qui se réjouissent de ce retour rapide « à la normale » comme certains aiment le dire, à l’image de Christian Schœttl, le maire de Janvry, l’un des porte-parole du mouvement des maires réfractaires en 2014 et 2015. « La désobéissance civile a fini par payer », s’est-il vanté. D’un autre côté, il y a ceux qui ont préféré s’accorder plus de temps, à l’image de Jean-Marie Vilain, maire de Viry-Châtillon. « De la même façon que nous avions pesté en 2014 contre l’imposition de ces rythmes scolaires, nous allons prendre le temps pour effectuer ou non ce retour. Prendre une décision rapidement n’aurait pas de sens ». L’édile castelvirois assure que des réunions seront organisées dès la rentrée prochaine et la concertation durera plusieurs semaines. En cas de changement de rythmes, celui-ci interviendra à la rentrée 2018. « Selon les premiers retours des gens, c’est ce vers quoi nous pourrions aller », révèle Jean-Marie Vilain.

Même cas de figure pour son homologue de Savigny-sur-Orge, Eric Mehlhorn. « Nous allons attendre aussi, lâche ce dernier. À l’inverse des petites communes qui n’ont qu’un ou deux groupes scolaires, j’en possède 17 sur ma commune. Le timing était trop juste pour agir pour le mieux pour la rentrée de septembre ». En tout cas, une chose semble sûre pour le maire de Savigny, le retour à la semaine de quatre jours interviendra. « Cela coûte 300 000 euros à la commune par an, et les enfants sont fatigués. Nous changerons en septembre 2018. Pour autant, si une fenêtre de tir s’ouvre avant, nous pourrions faire le changement en cours d’année, au retour des vacances de Noël par exemple ». Une possibilité que tient à balayer le Dasen. « Il est hors de question de changer les rythmes en cours d’année, rétorque Lionel Tarlet. Si on tient à respecter à minima les enfants, il faut attendre septembre 2018 ».

Même les communes plutôt satisfaites des 5 jours passeront à la concertation

Parmi les 180 communes qui possèdent au moins une école, certaines semblent plutôt satisfaites des rythmes scolaires instaurés sous le quinquennat de François Hollande. C’est notamment le cas à Evry. « L’application des rythmes à Evry s’est plutôt bien déroulée et nous avons encore de bons retours, explique Francis Chouat. Mais personne ne peut nier le fait que la greffe de cette réforme n’a pas pris ». Bien que le bilan soit plutôt positif selon lui, le maire d’Evry ne se refuse rien. « Je vais ouvrir une concertation dans la commune, assure ce dernier, dont le dispositif des rythmes scolaires coûte un demi-million d’euros à la commune. Je me plierai au choix des conseils d’école ».

Même cas de figure du côté d’Orsay. Malgré une enquête de satisfaction « jugée très convenable » par son maire David Ros, on ne s’interdit pas non plus un retour aux quatre jours. « Pour le moment, nous restons sur cinq jours. On reste vigilant à ce qui se fera au niveau national. Quoiqu’il arrive, nous ne sommes pas bloqués sur la semaine des 5 jours ».

Enfin, Nil Gobron la présidente de la FCPE 91, la fédération des parents d’élèves, tape du poing sur la table. « Beaucoup de communes essonniennes étaient réfractaires à la réforme, elles se sont donc empressées d’y revenir. La réforme des rythmes scolaire n’était pas une mauvaise chose, mais elle a été faite à la va-vite. Concernant le projet du gouvernement actuel, c’est trop facile de se décharger de la question sur les maires. C’est à l’Etat et à l’Education nationale de faire ce boulot. C’est scandaleux de laisser tout le monde dépendre du maire ». Dans tout ça, certains professeurs se demandent même si « on n’a pas oublié de prendre l’avis des enfants en compte, car ce sont eux les premiers touchés ». À méditer sans doute…

La liste des 105 communes qui repassent à la semaine des quatre jours