C’est l’aboutissement d’un projet imaginé en 2000, sur lequel les équipes du CEA et de leurs partenaires se sont investies, à travers l’institut Neurospin. Spécialisé en neuro-imagerie, ce centre d’étude situé sur le site de Saclay utilise la résonance magnétique nucléaire, un mécanisme plus connu sous le nom d’IRM (Imagerie par résonance magnétique), pour ses recherches sur le cerveau humain. La recherche fondamentale du CEA est associée au projet sur ses expérimentations, avec l’implication de scientifiques en astrophysique, physique nucléaire et physique des particules.

Et le travail de recherche effectué dans ce centre s’apprête à prendre une autre envergure. D’ici 2020 doit entrer en fonction un nouveau scanner IRM, qui sera tout simplement le plus puissant du monde. Son champ magnétique doit atteindre 11,7 teslas, lui permettant de produire des images du cerveau 100 fois plus précises qu’avec les imageurs actuels. Ceux présents dans les hôpitaux atteignent ainsi 1,5 ou 3 teslas. Cette prouesse va voir le jour grâce à la construction d’un aimant hors norme, livré il y a peu au CEA, et dévoilé au public ce jeudi.

Fabriqué à Belfort, cet aimant de 132 tonnes a été conçu par les ingénieurs du CEA, qui ont du imaginer cette bobine géante, composée de 182 kilomètres de fil supraconducteur en alliage niobium-titane, ensuite enroulé sur 170 « double galettes ». Un système de blindage actif entoure l’aimant principal, afin de générer un contre-champ magnétique et ainsi limiter la zone d’exposition autour de l’IRM. Cette « très longue aventure humaine, technique et scientifique » a été saluée comme il se doit par les pontes du CEA et des représentants du gouvernement. Daniel Verwaerde, l’administrateur général de l’organisme public de recherche a décrit « un appareil qui deviendra le plus puissant au monde, nous offrant des perspectives immenses ».

La possibilité d’atteindre un champ magnétique jamais vu permettra ainsi de « mieux comprendre les connexions du cerveau », et pourrait faire avancer les recherches sur des maladies neurologiques ou psychiatriques (Alzheimer, épilepsie, schizophrénie..). Le projet dénommé Iseult associe également plusieurs industriels, comme General electric pour la fabrication de l’aimant, et Siemens pour le fonctionnement de l’IRM et l’introduction de gradients. Mais ce projet interdisciplinaire n’aurait pu voir le jour sans le Commissariat à l’énergie atomique, assurent ses responsables : « seul le CEA peut porter ce type de projet complexe et ambitieux, avec un besoin multiple de compétence, de biologistes, physiciens, mathématiciens ».

Ce défi scientifique et technologique va en tout cas renforcer l’institut de recherche et sa place mondiale dans le domaine des sciences cognitives. D’autant plus qu’à côté de Neurospin, se construit le nouvel institut Neuro-Psi, dont les travaux ont débuté l’an dernier.